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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2002910

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2002910

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2002910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantPUYENCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 août 2020 et le 8 juin 2022, M. A B demande au tribunal dans ses dernières écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2019 par lequel le maire de Lèves a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont il est atteint, ensemble la décision du 13 février 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Lèves, à titre principal, de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie à compter du 11 janvier 2016 et, à titre susbidiaire, de procéder à toutes les démarches pour la réparation de son invalidité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté du 14 octobre 2019 ainsi que la décision du 13 février 2020 sont insuffisamment motivés ;

- le refus opposé sur sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie est entaché d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 octobre 2020 et 20 juillet 2022, la commune de Lèves, représentée par Me Puyenchet, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 28 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du13 juillet 1983 modifiée ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 modifié ;

- l'arrêté du 4 août 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Adjoint technique de 2ème classe, M. A B est affecté à l'entretien des espaces verts et à la réparation du matériel au sein de la commune Lèves depuis février 1999. En 2016, il a bénéficié de plusieurs arrêts de travail à raison de douleurs dorsales récidivantes. Se fondant sur les diagnostics médicaux formulés par son médecin traitant et le service interprofessionnel de santé au travail, il a présenté en juin 2017 une demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie. Au vu d'un premier rapport d'expertise, la commission de réforme, dans sa séance du 31 octobre 2017, a émis un avis défavorable. M. B a contesté cet avis. Se fondant sur les conclusions de la seconde expertise diligentée, la commission de réforme, dans sa séance du 26 mars 2019, a émis un avis favorable. Par un arrêté du 14 octobre 2019, le maire de la commune de Lèves a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie déclarée par M. B. M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, expressément rejeté par le maire de Lèves par une décision du 13 février 2020. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2019, ensemble la décision du 13 février 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (.) ". La décision refusant à un fonctionnaire le bénéfice des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 doit être regardée comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens des dispositions qui viennent d'être rappelées. Elle est ainsi au nombre des décisions qui, en application de cet article, doivent être motivées.

3. Le requérant soutient qu'alors que le second avis rendu par la commission médicale lui était favorable, il ne peut, en l'absence de mention de toute considération d'ordre médical dans la décision contestée, comprendre ce qui a conduit la commune à faire prévaloir le premier avis, défavorable, sur le second. Toutefois, d'une part, alors que l'administration doit s'abstenir dans le cadre de la motivation de ses décisions de révéler des faits couverts par le secret médical, la commune ne pouvait, sans y porter atteinte, mentionner de tels éléments. D'autre part, l'arrêté contesté qui refuse la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie déclarée par M. B, vise les textes dont il a été fait application ainsi que les différents éléments pris en compte tels que les certificats médicaux produits par l'intéressé, les différents rapports d'expertise et avis de la commission de réforme et la décision rejetant son recours gracieux précise que l'affection déclarée ne trouve pas son origine dans l'activité professionnelle de l'agent, le caractère direct, certain et déterminant du lien entre la pathologie déclarée et les conditions d'exercice de ses fonctions n'étant pas établi. Dès lors ces décisions permettent à M. B de comprendre les motifs qui les fondent et de les contester et sont ainsi suffisamment motivées. Le moyen tiré de l'insuffisance motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, en vigueur à la date à laquelle la pathologie du requérant a été diagnostiquée et par suite applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : ()2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. (.) / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. / () ". En outre, en application de l'article 16 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, la commission de réforme est consultée dans tous les cas où un fonctionnaire demande le bénéfice des dispositions de l'article 57 (2°, 2e alinéa) de la loi du 26 janvier 1984. Dans cette hypothèse, l'administration peut, en tant que de besoin, consulter un médecin expert agréé. L'administration n'est pas liée par l'avis rendu par la commission de réforme.

5. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B qui souffrait de douleurs dorsales depuis plusieurs semaines s'est vu diagnostiquer en novembre 2016 une lombosciatique S1 gauche en rapport avec une hernie discale pouvant potentiellement, selon le médecin, être en lien avec son activité professionnelle. Un même avis a été formulé par le service interprofessionnel de santé au travail en juin 2017, lequel a suggéré la saisine pour avis de la commission de réforme, tout en le déclarant apte à l'exercice de ses fonctions. M. B a alors demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie et la saisine de la commission de réforme. Le médecin expert chargé de l'examiner a conclu à l'absence de lien entre la pathologie et le service, concluant à l'existence d'une pathologie indépendante, évoluant pour son propre compte. La commission de réforme chargée de rendre un avis sur la demande de l'intéressé a, dans sa séance du 31 octobre 2017, émis un avis défavorable suivant en cela les conclusions de cet expert. M. B a alors demandé que soit pratiquée une contre-expertise, laquelle a eu lieu en décembre 2018. Aux termes de son rapport, le second expert a conclu à l'existence d'un lien entre l'activité professionnelle du requérant et sa pathologie au motif que les travaux effectués l'exposent à des vibrations à l'origine de sa discopathie et de la hernie discale qui l'accompagne. Dans sa séance du 26 mars 2019, la commission de réforme, se fondant sur le rapport de ce second expert a émis un avis favorable, en indiquant que cette pathologie relève du tableau 97 annexé à l'article L.461-1 du code de la sécurité sociale. Au motif d'avis divergents entre les experts et de l'absence de lien direct, certain et déterminant entre la pathologie déclarée et les conditions de travail du requérant, le maire de la commune de Lèves a rejeté sa demande.

7. A l'appui de sa contestation, le requérant expose au tribunal que les fonctions d'agent d'entretien des espaces verts et de réparation des matériels qu'il exerce depuis plus de 24 ans l'ont conduit à porter des charges lourdes et utiliser des engins de type tracteurs, tondeuse, tracto-pelle, broyeur et l'ont ainsi exposé à des vibrations à l'origine de sa pathologie, à savoir une lombo sciatique en lien avec une hernie discale et soutient que la commune aurait dû prendre en compte le second avis émis par la commission de réforme, lequel lui est plus favorable. Toutefois, d'une part, ainsi qu'il a été dit au point 4, l'administration n'est pas liée par l'avis de la commission de réforme. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les médecins experts consultés ont émis des avis divergents quant à l'existence d'un lien entre la pathologie du requérant et le service. Ainsi, le premier expert, après avoir rappelé que l'intéressé " signale souffrir de lombalgies chroniques déjà anciennes, les lombalgies, épisodiques initialement, étant devenues plus marquées à partir de janvier 2016 ", indique que " les signes radio-cliniques ne sont pas concordants et les critères médicaux ne sont pas remplis " et conclut à une pathologie indépendante, évoluant pour son propre compte. Si le second expert mentionne l'existence d'épisodes de lombalgies depuis plusieurs années, épisodes qu'il impute au travail, il indique néanmoins, tout comme son collègue, la présence d'une discopathie dégénérative L5-S1. Enfin, si le requérant impute sa pathologie aux vibrations subies dans le cadre de ses activités de conduite d'engins, le tableau 97 annexé à l'article L.461-1 du code de la sécurité sociale, auquel la commission de réforme, dans son second avis, a relié sa pathologie, concerne les travaux exposant habituellement aux vibrations de basses et moyennes fréquences transmises au corps entier, et liste à ce titre une série d'activités ne comportant pas les travaux d'entretien des espaces verts. De même, le médecin du travail dans le cadre de la visite périodique a émis un avis d'aptitude au poste occupé, limitant ses recommandations au seul renouvellement des chaussures de sécurité et à une utilisation du broyeur en alternance avec d'autres tâches. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le caractère direct et déterminant du lien entre les activités exercées et la pathologie en cause n'étant pas formellement établi, c'est sans erreur d'appréciation que le maire de Lèves a pu refuser de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie déclarée par M. B.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2019 par lequel le maire de Lèves a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont il est atteint, ainsi que de la décision du 13 février 2020 rejetant son recours gracieux, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune de Lèves sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lèves sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Lèves.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

Hélène C

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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