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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2002941

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2002941

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2002941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL ETHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 août 2020, le 16 août 2022 et le 21 octobre 2022, Mme A C, représentée par Me Gentilhomme, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 février 2020 par laquelle la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ainsi que sa réclamation indemnitaire visant à obtenir la réparation des préjudices subis du fait de la situation de harcèlement moral dont elle déclare avoir été victime ;

2°) à titre principal, de condamner l'Etat à lui verser dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir la somme de 50 000 euros au titre de son préjudice moral et 30 000 euros au titre de son préjudice matériel et financier, sommes augmentées des intérêts de droit à compter du 29 décembre 2019 et de la capitalisation de ces intérêts ;

3°) à titre subsidiaire, s'agissant de son préjudice financier, de la renvoyer devant le rectorat de l'académie d'Orléans-Tours afin que soit calculé le montant de l'indemnité qui lui est due, correspondant à la différence entre les rémunérations auxquelles elle avait droit, en cas de nomination à la hors-classe dès le 1er janvier 2017 et d'absence de congé maladie, et celles qu'elle a effectivement perçues, cette indemnité devant être calculée jusqu'à son départ en retraite et augmentée des intérêts de droit à compter du 29 décembre 2019 et de la capitalisation de ces intérêts et devant lui être versée dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours, à titre principal, de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral et de 2 500 euros en réparation de son préjudice matériel en raison des préjudices nés du refus de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, sommes augmentées des intérêts de droit à compter du 29 décembre 2019 et de la capitalisation de ces intérêts ;

6°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été victime d'actes constitutifs de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie à compter de l'année 2015, lesquels ont entrainés une dégradation de son état de santé et ont compromis son avenir professionnel ;

- la carence de son administration d'emploi à faire cesser cette situation malgré ses alertes constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration et à lui ouvrir droit à réparation des préjudices subis ;

- le refus de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle constitue également une faute de nature à engager la responsabilité de son administration d'emploi et à lui ouvrir droit à réparation des préjudices subis.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 juillet 2021, le 19 septembre 2022 et 23 novembre 2022, la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le harcèlement dénoncé n'est pas établi et que la responsabilité de l'administration ne saurait en conséquence être engagée à ce titre ;

- en l'absence de harcèlement, il n'y avait pas lieu d'accorder à la requérante le bénéfice de la protection fonctionnelle et les conclusions indemnitaires présentées à ce titre doivent dès lors être rejetées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gentilhomme, représentant Mme C, présente, et de M. B, représentant le recteur de l'académie d'Orléans-Tours.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, inspectrice de l'éducation nationale du 1er degré depuis 2009, précédemment en fonction dans l'académie de Lille a, sur sa demande, été nommée dans le département d'Indre-et-Loire, sur la circonscription de Saint-Cyr-sur-Loire, à compter de la rentrée scolaire de septembre 2013. En raison du redécoupage des circonscriptions, à la rentrée scolaire de l'année 2014/2015, elle a été nommée inspectrice sur la circonscription de Tours Nord Sud laquelle compte 40 écoles publiques, plus de 6 000 élèves et 345 enseignants. Dispensée, à sa demande, de mission transversale au cours de cette année scolaire, elle s'est vu attribuer par le nouvel inspecteur d'académie, à la rentrée scolaire de septembre 2015, en sus de ses fonctions d'inspectrice, la mission départementale de " maitrise de la langue ". Elle a alerté l'inspecteur d'académie sur les conséquences de cette charge de travail sur sa santé, laquelle a néanmoins été maintenue. Placée en arrêt de travail à compter du 4 janvier 2016, elle n'a repris ses fonctions que le 3 janvier 2017. Le 15 mai 2017, elle a saisi le ministère de l'éducation nationale d'une demande de protection fonctionnelle en indiquant être victime d'actes constitutifs de harcèlement de la part de ses supérieurs hiérarchiques au sein des services départementaux de l'éducation nationale d'Indre-et-Loire, faisant état de violences verbales, refus de formation, blocage de sa promotion à la hors classe, pressions pendant ses arrêts de travail, soulignant l'absence de réaction de son administration malgré plusieurs alertes et insistant sur la dégradation de son état de santé. A la demande de la rectrice, une mission d'évaluation a été diligentée afin de faire le point sur l'aptitude professionnelle de Mme C à l'exercice de ses fonctions et un rapport a été établi en décembre 2017. Le 29 décembre 2019, Mme C a présenté auprès de la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours une réclamation indemnitaire en vue d'obtenir réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait d'actes constitutifs de harcèlement dont elle déclare avoir été victime entre 2015 et 2019 de la part de sa hiérarchie au sein de l'inspection académique d'Indre-et-Loire et a également demandé le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par une décision du 24 février 2020 dont elle demande l'annulation, la rectrice a rejeté l'ensemble de ses demandes.

Sur l'existence d'actes constitutifs de harcèlement moral :

2. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans ses dispositions applicables au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel./ Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ;/ 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ;/ 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés./ Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus.".

3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Mme C soutient avoir été victime d'actes constitutifs de harcèlement moral de la part de l'inspecteur d'académie, son adjoint et le secrétaire général, ses supérieurs hiérarchiques au sein de la direction académique des services départementaux de l'éducation nationale d'Indre-et-Loire entre 2015 et 2019.

5. En premier lieu, Mme C fait valoir qu'elle avait, à la rentrée scolaire de septembre 2014, fait état d'une dégradation de son état de santé consécutive à ce que dès sa prise de fonctions à la rentrée scolaire de septembre 2013, elle avait dû faire face à des difficultés avec un directeur d'école, par ailleurs frère de l'inspecteur d'académie adjoint, s'était vu affecter une secrétaire à l'encontre de laquelle elle a dû faire un signalement, et avait appris, peu après son arrivée, que la circonscription allait être redécoupée, ce redécoupage entrainant une modification structurelle et une extension géographique importante de cette circonscription. Elle indique également que cette dégradation est liée à sa mise en cause personnelle par un représentant syndical, lors du décès au printemps 2014 d'une enseignante, qu'elle a très mal vécue et qui l'a conduite à envisager une reconversion professionnelle. Elle soutient qu'au regard de cet état de santé elle avait demandé et obtenu d'être déchargée de la mission " langue vivante " et de ne pas assurer de mission départementale transversale en sus de ses missions d'inspectrice mais qu'à la rentrée scolaire de septembre 2015, le nouvel inspecteur d'académie lui a, lors du conseil des inspecteurs, en présence de l'ensemble de ses collègues, confié la mission transversale " maitrise de la langue " en soulignant à cette occasion que tous ses collègues s'étaient vu attribuer une mission départementale. Mme C indique qu'elle a alors protesté, en soulignant d'une part, le caractère stigmatisant du procédé, et d'autre part, que cette charge de travail supplémentaire n'était pas compatible avec son état de santé.

6. Toutefois, si les conditions dans lesquelles elle s'est vue publiquement réattribuer une mission départementale transversale ont pu présenter pour la requérante un caractère brutal, d'une part, il est constant que chaque inspecteur de la circonscription devait en remplir une, d'autre part, ainsi que le fait valoir la rectrice, aucun élément médical n'était produit pour établir la nécessité de la dispense obtenue l'année précédente par la requérante, ni sa prolongation. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que cette attribution ne peut être regardée comme constitutive de harcèlement, l'inspecteur d'académie étant resté dans le cadre de l'exercice normal de son pouvoir hiérarchique.

7. En deuxième lieu, Mme C se plaint des conditions dans lesquelles elle a dû exercer ses fonctions, indiquant s'être vu attribuer, en son absence, suite au déménagement du service, un bureau particulièrement sombre et précise que, si elle a finalement obtenu un autre bureau, c'est au détriment de son conjoint lequel s'est trouvé privé de bureau individuel. Toutefois, la rectrice fait valoir sans être contredite que l'attribution des bureaux s'est faite par tirage au sort lors de ce déménagement, en l'absence d'accord entre les agents et que, suite aux plaintes de l'intéressée, un contrôle de luminosité a été effectué dans son bureau lequel a montré que les dispositions légales applicables en la matière étaient respectées. Le rapport de la mission d'évaluation mentionne que l'inspecteur d'académie, interrogé sur ce point, a précisé que la requérante souhaitait un bureau précédemment occupé par trois personnes mais qu'il se refusait à octroyer un tel bureau à un seul agent. En janvier 2017, la requérante a obtenu un bureau plus lumineux mais cependant moins grand, ce qu'elle ne conteste pas. Si la requérante met en parallèle le fait que son conjoint, qui est DSI, aurait été privé de bureau individuel à cette même période, il ressort du rapport d'évaluation que la réorganisation opérée début 2017 a permis à l'ensemble des inspecteurs d'être installé sur un même niveau et a rapproché le DSI de son service, au rez-de-chaussée, même s'il s'est vu attribuer un bureau plus petit. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que les faits dénoncés ne caractérisent aucunement l'existence de harcèlement moral à l'encontre de la requérante.

8. En troisième lieu, la requérante soutient avoir été mise à l'écart et " placardisée " au sein de l'inspection académique, en faisant valoir que sa messagerie a été redirigée vers la circonscription, au 4ème jour d'un arrêt de travail survenu début septembre 2015, qu'elle a été victime d'attaques personnelles non sanctionnées de la part de représentants syndicaux et que ses demandes de changement de bureau n'ont pas été prises en compte. Toutefois, s'agissant de la redirection de l'intégralité de sa messagerie, elle ne conteste pas qu'elle avait demandé à ne plus recevoir de courriels professionnels durant ses congés de maladie et que, dès qu'elle a signalé cette anomalie au service informatique, la situation a été rectifiée. Elle ne conteste pas davantage avoir été destinataire d'un message d'excuse de l'adjoint à l'inspecteur d'académie dans les suites de cet incident. S'agissant du comportement des représentants syndicaux, il ressort des pièces du dossier que la requérante avait établi des fiches d'alerte en vue de la saisine du CHSCT, se plaignant du comportement de deux d'entre eux à son égard. Toutefois, déposées le 26 janvier 2016, elles n'ont pu être examinées le 28 janvier, compte tenu du délai trop bref avant la réunion de cette instance et l'ont finalement été lors du CHSCT du 10 mai. Des courriers invitants les deux représentants syndicaux a plus de retenue dans leurs échanges leur ont été adressés par l'inspecteur d'académie le 19 mai. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que du fait de relations tendues avec les représentants syndicaux, la requérante a été dispensée de présence aux commissions paritaires départementales. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 6, il ressort des pièces du dossier que si certaines des demandes de bureau formulées par la requérante n'ont pas été satisfaites, c'est pour des motifs justifiés. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que les faits dénoncés ne caractérisent aucunement l'existence de harcèlement moral à l'encontre de la requérante.

9. En quatrième lieu, la requérante soutient avoir été privée des moyens humains nécessaires à l'exercice de ses fonctions, soulignant la rotation importante des personnels sur son secrétariat, caractérisée par l'affectation de cinq personnes en trois ans, l'absence de conseiller pédagogique pour l'assister dans ses missions et son absence d'intégration dans le processus de recrutement sur ce poste, affirmant que cette situation traduit une volonté délibérée de lui nuire. Cependant, la rectrice fait valoir dans ses écritures en défense que, suite au départ en retraite de la secrétaire titulaire du poste, des contraintes de gestion ont conduit dans un premier temps à la nomination d'un agent contractuel, aucun agent titulaire ne pouvant être nommé en cours d'année en dehors du mouvement de nomination annuel. Par la suite, du fait de la nomination d'un agent en congé de longue maladie fractionné, le service a été complété par l'affectation d'un agent contractuel, lequel a occupé seul le poste suite au départ de la titulaire. A la rentrée 2019, un nouvel agent contractuel a dû être recruté, le précédent ayant, à sa demande, changé de fonctions. Si la requérante affirme qu'un agent titulaire était intéressé pour occuper ce poste mais n'a jamais pu y être nommé, ses allégations ne sont nullement établies. Par ailleurs, s'agissant du recrutement du conseiller pédagogique, le rapport de la mission d'évaluation indique qu'il a été reproché à la requérante un manque d'anticipation sur les recrutements à réaliser d'une part, et que les deux personnes qui ont occupé ce poste en 2016/2017 ont souhaité retourner sur des fonctions d'enseignement, d'autre part, ce qui a conduit à ce que le poste soit occupé par deux personnes faisant fonction. Là encore, alors que les faits dénoncés semblent davantage relever de problème de gestion courante que d'une quelconque volonté de nuire, le harcèlement dénoncé n'est pas établi.

10. En cinquième lieu, la requérante soutient que ses congés de maladie n'ont pas été respectés indiquant avoir reçu durant ses périodes d'arrêt de travail, en 2016 et 2018, des courriels lui réclamant la réalisation de travaux. Si ces communications réalisées pendant que l'intéressée était en congé de maladie témoignent d'une certaine maladresse de la part des différents expéditeurs, l'examen des documents communiqués fait cependant apparaître qu'à l'exception de deux d'entre eux, aucun autre ne lui demande de réponse en lui fixant un délai pour ce faire. La rectrice fait en outre valoir, sans être contredite, d'une part, que le courriel du 10 février lui a été adressé alors que l'administration n'était pas encore informée de la prolongation de son arrêt de travail et, d'autre part, que s'il lui avait été demandé de participer à la CAPD du 3 juillet, en tant qu'experte, il lui avait été indiqué par la rectrice en réponse à son refus d'y assister, que son temps partiel, justifié par des raisons médicales, serait respecté " à la lettre ", la rectrice soulignant néanmoins la nécessité d'un entretien à l'issue de son congé de maladie pour concilier les charges qui lui incombent et les contraintes médicales. Au regard du contexte dans lequel ces messages sont intervenus et de leur teneur, il ressort des pièces du dossier que les faits dénoncés ne caractérisent aucunement l'existence de harcèlement moral à l'encontre de la requérante.

11. En sixième lieu, la requérante se prévaut de ce qu'elle avait demandé, dans le cadre du droit individuel à la formation, à bénéficier d'une formation universitaire impliquant de s'absenter trois jours consécutifs par mois pendant huit mois, mais que cette formation lui a été refusée. Si elle affirme que l'ensemble des instances avaient validé cette formation, la rectrice fait valoir sans contredit que dès sa demande, il lui a été indiqué qu'elle ne pourrait y assister en l'absence de possibilité de remplacement durant ses absences, d'une part, et au motif qu'elle avait épuisé ses droits à congé de formation rémunérée, limités à un an sur l'ensemble de la carrière, d'autre part. Dans ces conditions, et alors qu'au demeurant il est constant que la possibilité de suivre cette formation lui a été accordée en 2017, il ressort des pièces du dossier que les faits dénoncés ne caractérisent aucunement l'existence de harcèlement moral à son encontre.

12. En septième lieu, la requérante prétend avoir subi un retard d'avancement dans sa promotion à la hors classe. Il ressort des pièces du dossier qu'ainsi qu'elle l'affirme elle bénéficiait d'appréciations tout à fait élogieuses quant à son implication, ses compétences et qualités professionnelles. Toutefois, outre le fait que cette promotion n'est pas de droit, contrairement à ce qu'elle soutient, il ressort des pièces du dossier que l'inspecteur d'académie l'a bien proposée en 2016 sur la fiche établie fin 2015, tout en sollicitant son implication dans la mission transversale confiée et que si elle s'étonne de ne pas avoir été proposée au titre de l'année 2017, l'inspecteur d'académie a justifié son avis négatif par le fait que la requérante a refusé la prise en charge de la mission transversale confiée en 2016 ce qui a conduit au report de cette tâche sur ses collègues. Dans ces conditions, et alors qu'au demeurant la requérante a été promue au titre de l'année 2018, il ressort des pièces du dossier que les faits dénoncés ne caractérisent aucunement l'existence de harcèlement moral à son encontre.

13. En dernier lieu, la requérante remet en cause la mission d'évaluation diligentée à la demande de la rectrice, qu'elle assimile à une mission d'inspection, soulignant qu'il s'agissait d'une manœuvre destinée à la déstabiliser, cette demande destinée à évaluer ses capacités professionnelles sur le poste occupé, pouvant en première lecture présenter un caractère vexatoire. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de leur mission les inspecteurs ont établi un rapport tout à fait mesuré, rédigé dans un esprit positif, qui souligne les qualités de la requérante, professionnelle reconnue par tous pour son implication, sa bienveillance et sa gestion des situations délicates. Ce rapport indique que le seul reproche formulé à son encontre tient dans le fait qu'elle a refusé d'assurer la mission transversale confiée, ce qui a conduit à un climat tendu, soulignant la surcharge de travail induite pour ses collègues par ses absences. S'il est fait état, au regard du contexte dans lequel il est intervenu, d'une situation dégradée et de relations difficiles entre la requérante et sa hiérarchie, les compétences professionnelles de la requérante ne sont nullement remises en cause. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que les faits dénoncés ne caractérisent aucunement l'existence de harcèlement moral à l'encontre de la requérante. Au demeurant, si ce rapport constate la réalité de la souffrance au travail dénoncée par Mme C et ses conséquences sur sa santé, souligne l'existence d'une situation de blocage fondée sur des malentendus et une absence d'écoute et suggère des pistes d'amélioration, notamment par un cadre de travail plus rigoureux et un dialogue apaisé, il conclut toutefois à l'absence de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie à l'encontre de la requérante.

14. Il résulte de ce qui vient d'être aux points 5 à 13 qu'aucun des faits invoqués par la requérante, qu'ils soient pris isolément ou dans leur ensemble, n'est de nature à faire présumer l'existence d'actes constitutifs de harcèlement moral à son encontre.

Sur la demande de protection fonctionnelle :

15. Aux termes de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans ses dispositions applicables au litige : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. (). ".

16. Les dispositions rappelées au point précédent établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

17. Ainsi qu'il est jugé au point 14, les faits de harcèlement moral dénoncés par Mme C ne sont pas établis. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la rectrice a pu lui refuser, par la décision contestée du 24 février 2020, le bénéfice de la protection fonctionnelle.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 24 février 2020 refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison des actes de harcèlement moral dénoncés doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions subséquentes à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

19. Il résulte de tout ce qui précède de l'ensemble que la responsabilité de l'Etat ne peut être engagée pour ne pas avoir mis en place des mesures de protection de la requérante contre les actes de harcèlement dont elle déclare avoir été victime de la part de sa hiérarchie, le harcèlement dénoncé n'étant pas établi. Par suite, aucune faute n'étant imputable à l'Etat, nonobstant la réalité de la souffrance au travail dénoncée, les conclusions indemnitaires présentées par Mme C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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