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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2003001

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2003001

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2003001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL CARBONNIER LAMAZE RASLE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 août 2020, 24 septembre 2021 et 21 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Grand d'Esnon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2020 par lequel la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a refusé la prolongation de son activité de praticien hospitalier titulaire au sein du centre hospitalier de l'agglomération montargoise à compter du 18 juillet 2020 ;

2°) de mettre à la charge du CNG la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a pour effet de retirer au-delà du délai de quatre mois l'arrêté du 20 novembre 2019 par lequel la directrice générale du CNG lui a accordé une prolongation d'activité pour une durée de trois ans et dix mois ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est le seul praticien de la spécialité d'oncologie de l'établissement hospitalier et que l'intérêt public commandait de le maintenir en activité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lescanne, substituant Me Grand d'Esnon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 mars 2019, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise a informé M. B, praticien hospitalier titulaire exerçant ses fonctions dans l'établissement, qu'il atteindrait l'âge limite de la retraite le 18 juillet 2019. M. B a sollicité de son employeur la prolongation de son activité par courrier du 29 mars 2019. Par arrêté du 10 avril 2019, la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a refusé de prolonger l'activité de M. B et l'a admis à la retraite à compter du 18 juillet 2019. M. B a formé un recours contre cet arrêté devant le tribunal administratif d'Orléans le 3 juin 2019. L'intéressé a ensuite été recruté par le centre hospitalier de l'agglomération montargoise en qualité de praticien contractuel du 18 juillet 2019 au 17 janvier 2020. Par arrêté du 20 novembre 2019, la directrice générale du CNG a retiré l'arrêté du 10 avril 2019 refusant la prolongation d'activité de M. B et a prolongé l'activité de l'intéressé jusqu'au 17 janvier 2020. Le 13 janvier 2020, le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de renouveler le contrat de travail en tant que praticien hospitalier de l'intéressé et a refusé d'exécuter l'arrêté du 20 novembre 2019 de la directrice générale du CNG autorisant la prolongation d'activité de M. B en tant que praticien hospitalier titulaire au sein de l'établissement. Enfin, le 17 avril 2020, la directrice générale du CNG a refusé la prolongation de l'activité de M. B en tant que praticien hospitalier titulaire du centre hospitalier de l'agglomération montargoise à compter du 18 juillet 2020. Par la requête ci-dessus analysée, M. B demande l'annulation de ce dernier arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 7° refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

3. D'une part, la décision attaquée n'a pas pour objet, contrairement à ce que soutient M. B, de refuser une autorisation et n'est pas, par suite, au nombre des décisions qui ne peuvent intervenir qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter ses observations. D'autre part, la décision attaquée ne peut être regardée comme constituant une décision prise en considération de la personne au sens des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence de procédure contradictoire préalable doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". Aux termes de l'article R. 6152-330 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " La prolongation d'activité est renouvelée par tacite reconduction, sous réserve de la production par l'intéressé d'un certificat médical d'aptitude physique et mentale établi par un médecin agréé. Ce certificat est adressé au directeur général du Centre national de gestion et concomitamment au directeur de l'établissement d'affectation, au moins trois mois avant l'échéance de la période de prolongation en cours. ".

5. Par un jugement mis à disposition le même jour dans le dossier n° 2000289, le tribunal administratif d'Orléans a annulé l'arrêté du 20 novembre 2019 retirant l'arrêté du 10 avril 2019 refusant à l'intéressé la prolongation de son activité. Dès lors, cet acte ayant disparu de l'ordonnancement juridique, M. B ne peut s'en prévaloir. Par, suite M. B n'est pas fondé à soutenir que la directrice générale du CNG a abrogé une décision créatrice de droit.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 6152-329 du code de la santé publique : " Les praticiens hospitaliers régis par les sections 1 et 2 qui souhaitent bénéficier d'une prolongation d'activité doivent en faire la demande auprès du directeur général du Centre national de gestion et concomitamment auprès du directeur de l'établissement, six mois au moins avant la date à laquelle ils atteindront la limite d'âge. La demande précise l'établissement dans lequel ils souhaitent poursuivre leur activité / La prolongation est accordée par périodes de six mois ou un an sous réserve d'aptitude physique et mentale attestée par un certificat délivré par un médecin agréé. () ". Ces dispositions confèrent à l'autorité compétente un large pouvoir d'appréciation de l'intérêt, pour le service, d'autoriser un praticien hospitalier atteignant la limite d'âge à être maintenu en activité.

7. M. B soutient que la décision qu'il conteste est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il existait un intérêt public à son maintien en activité en raison de la pénurie de praticiens oncologues à laquelle était confronté le centre hospitalier de l'agglomération montargoise. Il précise qu'il fournissait un travail équivalent à celui de deux praticiens et que les patients dont il avait la charge ont été confiés à des médecins peu expérimentés ou non spécialistes de la cancérologie. Il se prévaut, enfin, d'un avis de recrutement d'un médecin oncologue publié par le centre hospitalier au mois d'août 2020, d'un courrier adressé par une organisation syndicale d'infirmiers à la direction de l'établissement faisant part de son inquiétude quant au départ de l'intéressé et de plusieurs articles de presse. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'organigramme du service oncologie, que d'autres praticiens hospitaliers exerçaient dans la spécialité d'oncologie au sein de l'hôpital. En outre, un praticien hospitalier a été recruté au mois de mars 2020 afin de succéder au requérant. Enfin, il ressort du courrier adressé le 17 avril 2020 par le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise à la directrice générale du CNG que le nombre d'entrées de patients en hôpital de jour ainsi que le nombre de consultations en oncologie n'a pas connu de baisse depuis le départ de l'intéressé et qu'ainsi, ce départ n'a eu aucune conséquence sur la prise en charge des patients au sein du service d'oncologie. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment du courrier de la présidente de la commission médicale du 14 avril 2020, que M. B a, malgré le refus de renouvellement de son contrat à durée déterminée ayant pris effet le 17 janvier 2020, continué de se rendre quotidiennement dans les locaux de l'établissement où il a critiqué ouvertement un médecin radiothérapeute exerçant à temps partiel puis l'a délogé de son bureau alors que ce dernier était en consultation avec un patient et, qu'ainsi, l'attitude de M. B entravait le fonctionnement du service d'oncologie. Par suite, la directrice générale du CNG n'a pas entaché son appréciation d'une erreur manifeste en considérant que la prolongation d'activité de M. B au-delà de la limite d'âge ne présentait pas un intérêt pour le service.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 avril 2020 de la directrice générale du CNG doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

Virgile A

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au ministre de la prévention et de la santé, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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