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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2003299

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2003299

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2003299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAIGNAN ARTIGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2020, Mme A D B, représentée par Me Gentilhomme, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire sur sa demande du 3 février 2020 tendant d'une part, à l'abrogation de sa fiche de poste du 5 novembre 2019 ainsi que du changement d'affectation afférent, d'autre part, à faire cesser la situation de harcèlement moral dont elle déclare être victime, enfin, à l'annulation de sa fiche de poste du 16 septembre 2020 et du changement d'affectation qu'elle implique ;

2°) d'enjoindre au président du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire, à titre principal, d'abroger la fiche de poste du 5 septembre 2019 et le changement de poste afférent, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 250 euros par jour de retard, de la réintégrer dans ses fonctions de directrice du pôle emploi public dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui accorder la protection fonctionnelle, et de faire cesser sans délai la situation de harcèlement moral dont elle est victime, sous les mêmes conditions d'astreinte, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de ses demandes dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des fiches de poste et du changement d'affectation afférent :

- la commission administrative paritaire aurait dû être consultée dès lors que ces nouvelles fiches de poste entrainent un changement d'affectation ;

- elle aurait dû être mise à même de consulter son dossier administratif préalablement à l'édiction de ces mesures ;

- le comité technique paritaire aurait dû être consulté sur le projet de réorganisation qu'elles impliquent ;

- ces changements d'affectation sont entachés d'erreur de droit et, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas établi qu'ils sont intervenus dans l'intérêt du service ;

- ces mesures sont constitutives d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il s'agit de sanctions déguisées, infligées en l'absence de mise en œuvre de la procédure disciplinaire préalable et entrainant sa " placardisation " ; elles sont constitutives de harcèlement moral dès lors qu'elles présentent un caractère vexatoire ;

S'agissant du refus de mettre fin à la situation de harcèlement moral :

- aucun motif tiré de l'intérêt général ne justifie le refus opposé sur sa demande alors qu'elle a subi pendant une période déterminée des faits répétés, constitutifs de harcèlement moral, de la part de personnes déterminées, lesquels ont eu pour effet d'altérer sa santé physique et mentale et de compromettre son avenir professionnel ;

- le refus d'y mettre fin méconnaît les dispositions des articles 6 quinquiès et 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 décembre 2020 et 20 octobre 2022, le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire, représenté par Me Maignan Artiga, conclut au rejet des conclusions dirigées contre la décision de refus d'abrogation de la fiche de poste du 5 novembre 2019 et le changement d'affectation afférent à titre principal comme irrecevables, à titre subsidiaire comme non fondées, au rejet des autres conclusions de la requête comme non fondées et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions de la requête dirigées contre la fiche de poste du 5 septembre 2019 et le changement d'affectation afférent sont irrecevables dès lors qu'à la date d'introduction de la requête, cette fiche de poste, qui présentait un caractère provisoire, n'était plus susceptible d'être appliquée et que cette fiche de poste constitue une mesure d'ordre intérieur, comme telle insusceptible de recours ;

- les conclusions dirigées contre la fiche de poste du 16 septembre 2020 ne sont pas fondées ;

- les conclusions dirigées contre la décision de refus de faire cesser la situation de harcèlement dénoncée et d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ne sont pas fondées dès lors que le harcèlement moral n'est pas établi ;

- les conclusions en injonction visant à la réintégration de la requérante au sein des services du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire doivent être rejetées dès lors qu'elle a obtenu sa mutation au sein des services du conseil départemental de la Nièvre en juin 2021.

Par ordonnance du 21 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gentilhomme, représentant Mme B, et de Me Maignan Artiga, représentant le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D B a été recrutée, par voie de mutation, en qualité de gestionnaire emploi, au grade de rédacteur, à compter du 11 juillet 2012, par le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire. Nommée attachée territoriale le 1er janvier 2014 suite à sa réussite au concours interne, elle a été titularisée dans ce grade au 1er janvier 2015. En juillet 2017 elle a été nommée directrice du " pôle de l'emploi public " nouvellement créé. Placée en arrêt de travail du 15 décembre 2018 au 31 octobre 2019, elle a été médicalement autorisée à reprendre ses fonctions dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique, sans encadrement de direction, à compter du 5 novembre 2019. Elle a été placée à titre provisoire sur des fonctions de chargée de mission pour la mise en œuvre des dispositions de la loi de transformation de la fonction publique en matière de coordination des centres de gestion. Victime, le 29 novembre 2019, d'un malaise dont elle a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service, ce qui lui a été refusé, elle a été placée en arrêt de travail sans discontinuité du 29 novembre 2019 au 10 septembre 2020. Par lettre du 1er septembre 2020 elle a demandé à reprendre ses fonctions, sur un poste à temps complet, dès le 11 septembre 2020. Par courrier du 3 septembre 2020 le président du centre départemental de gestion lui a indiqué attendre l'avis du comité médical, lequel devait se réunir le 8 octobre 2020. En vue de sa reprise d'activité, elle a été rendue destinataire, le 16 septembre 2020, d'une fiche de poste relative à sa nouvelle affectation sur les fonctions de " chargée de projet de documentation et information transversales ".

2. Mme B a saisi le président du centre départemental de gestion le 3 février 2020 en lui demandant d'abroger la fiche de poste du 5 septembre 2019, de la réaffecter sur ses fonctions de directrice du pôle de l'emploi public et de faire cesser la situation de harcèlement dont elle déclare être victime depuis plusieurs années. Il ne lui a pas été répondu. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la fiche de poste du 5 septembre 2019, de la fiche de poste du 16 septembre 2020 et de la décision implicite de rejet de l'ensemble de ses demandes.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la fiche de poste du 5 septembre 2019

3. Il ressort des pièces du dossier que, suite à son placement en congés de maladie du 15 décembre 2018 au 31 octobre 2019, Mme B a été autorisée, par son médecin traitant, aux termes d'un certificat du 4 octobre 2019, à reprendre ses fonctions dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique, pour une période de trois mois, en vue d'une réadaptation progressive à l'emploi. Pour tenir compte de ces conditions de reprise, une fiche de poste provisoire a été établie, l'affectant sur un poste de chargée de mission sans encadrement, conformément aux préconisations formulées par le médecin de prévention le 5 novembre 2019. Ainsi que le fait valoir le centre départemental de gestion dans ses observations en défense, à la date d'introduction de sa requête, le 18 septembre 2020, la fiche de poste du 5 septembre 2019 dont Mme B demande l'annulation, édictée pour répondre à une affectation temporaire, afin de lui permettre de reprendre ses activités dans le cadre du mi-temps thérapeutique préconisé par le corps médical, n'existait plus. Au demeurant, Mme B était affectée sur un autre poste, par une nouvelle fiche de poste ainsi qu'il vient d'être dit au point 1. Il s'ensuit que ses conclusions tendant à l'annulation de la fiche de poste du 5 septembre 2019 sont sans objet et, par suite, irrecevables, de même que ses conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande du 3 février 2020, en tant que ce rejet porte sur le refus d'abrogation de cette fiche de poste.

En ce qui concerne l'existence d'une situation de harcèlement

4. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droit et obligation des fonctionnaires dans ses dispositions applicables au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel./ Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ;/2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ;/ 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés./ Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. ".

5. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

6. Mme B, qui affirme avoir été victime pendant plusieurs années d'actes constitutifs de harcèlement de la part de la directrice générale des services du centre départemental de gestion, soutient que le refus opposé sur sa demande de faire cesser cette situation est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

7. La requérante indique tout d'abord ne pas avoir bénéficié du soutien de sa supérieure lorsqu'elle a été victime, lors de réunions, de réflexions désagréables de la directrice des ressources humaines et de la directrice du service juridique et également, lors de la réception d'un courriel malveillant à son encontre. Elle affirme en outre avoir été l'objet, à plusieurs reprises, de réflexions visant à la déstabiliser, formulées devant ses collègues, remettant en cause ses décisions et ses choix et la dénigrant, notamment concernant le recrutement du conseiller mobilité et concours et lorsqu'elle s'est fait l'écho des difficultés rencontrées par les agents placés sous ses ordres, difficultés enregistrées lors des évaluations de ces agents. Elle soutient que ce dénigrement, émanant de sa supérieure et portant sur la qualité de son travail et l'étendue de ses missions, a dégradé sa situation de travail et impacté ses relations avec ses collaborateurs. Elle affirme également que, par la suite, alors qu'elle était placée en congé de maladie à raison d'un syndrome d'épuisement professionnel, sa directrice a continué de la dénigrer devant ses collaborateurs et lui a adressé, à de nombreuses reprises, des documents de travail à son domicile, allant jusqu'à informer les supérieurs de son époux de sa situation médicale et faisant mention d'un projet de départ du couple. Elle indique ensuite qu'à son retour en novembre 2019, elle a vécu une situation humiliante et vexatoire, n'ayant pas été avertie de son changement d'affectation lequel en lui-même est constitutif de harcèlement, pas plus que son équipe, que les fonctions alors confiées, sans lien avec ses précédentes attributions, présentaient un caractère vexatoire d'autant qu'elle s'est trouvée privée de toutes responsabilités et de toutes fonctions d'encadrement et que, dans ce contexte, le 29 novembre 2019, lors d'une réunion organisée par la directrice générale, en présence de la directrice du pôle juridique, elle a été volontairement rabaissée et humiliée devant l'une de ses anciennes subordonnées, engendrant une crise d'angoisse, un malaise et des nausées. Emmenée à l'hôpital, au service des urgences, par le SAMU, elle a été placée en arrêt de travail jusqu'au 11 septembre 2020 pour anxiété réactionnelle et dépression. Elle ajoute qu'à la suite de cet incident, le centre départemental de gestion n'a eu de cesse que de multiplier les tracasseries à son encontre, en ne répondant pas à son conseil, en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de cet incident, en procédant à des saisies sur salaire au-delà de la quotité saisissable. Elle précise que depuis, elle est sous traitement médical et suivie par un psychiatre, soulignant que le lien entre la situation subie au travail et la dégradation de son état de santé est indiscutable et que cette situation a compromis son avenir professionnel au regard des postes proposés.

8. Toutefois, pour établir l'existence des réflexions désagréables et humiliantes dont elle déclare avoir été victime, notamment de la part de la directrice générale des services, Mme B ne produit que le témoignage de l'une de ses anciennes collaboratrices, lequel fait mention de nombreux ressentis et n'est corroboré par aucun autre document de nature à établir la réalité d'un comportement discriminatoire et harcelant de la directrice générale à son encontre. La circonstance que cette dernière n'aurait pas souhaité apporter une réponse à un courriel malveillant visant Mme B, émanant d'un candidat malheureux à un concours, n'est pas de nature à établir un tel comportement. De même, si la requérante affirme avoir été dénigrée par sa supérieure, laquelle aurait remis en cause ses compétences et qualités professionnelles, il ressort des entretiens d'évaluation produits par le centre départemental de gestion qu'à l'issue de sa première année d'exercice en qualité de directrice du pôle de l'emploi public, la directrice générale des services a formulé d'excellentes appréciations concernant Mme B et que si, en 2018, ces appréciations, qui restaient très bonnes, étaient plus nuancées c'est parce que des difficultés organisationnelles avaient été relevées. Un " coaching " individuel personnalisé a d'ailleurs alors été mis en place pour aider la requérante, notamment sur le plan de la communication interne, des difficultés managériales étant apparues ainsi que cela ressort des témoignages produits en défense, émanant de son assistante. Par ailleurs, l'attestation de l'époux de Mme B sur un comportement intrusif de la directrice des services est contredite par les mentions portées sur l'entretien d'évaluation de la requérante établi au titre de l'année 2018, lequel indique que l'intéressée envisage une mobilité si l'occasion se présente. Enfin, à la suite d'une altercation avec son assistante, Mme B s'est absentée et a, dans la suite immédiate, été placée en congé de maladie pour épuisement professionnel. Si elle affirme avoir été importunée par la directrice générale des services durant son congé de maladie, elle ne produit aucun élément de nature à corroborer ses dires alors que le centre de gestion produit des échanges de courriels, avec la directrice des ressources humaines et la directrice générale des services, lesquels contredisent ses allégations. Ainsi, si elle soutient que la directrice générale des services aurait, par un comportant humiliant et vexatoire, contribué à la dégradation de ses conditions de travail, elle ne l'établit pas.

9. Par ailleurs il ressort des pièces du dossier qu'en amont de sa reprise de fonctions, dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique demandé par son médecin traitant, la requérante a été rendue destinataire d'une fiche de poste provisoire, l'affectant temporairement, conformément aux préconisations du médecin de prévention, sur un poste sans encadrement. Si elle prétend ne pas avoir été informée de ce changement et ne pas avoir été accueillie à son retour, ses déclarations sont contredites par la lettre du président du centre départemental de gestion du 15 novembre 2019 qu'elle a elle-même produite, indiquant qu'en amont de sa reprise de fonctions elle a été reçue par celui-ci et la directrice générale des services. Le centre départemental de gestion produit en outre, une attestation de M. C, qui était alors président du centre départemental de gestion, indiquant avoir reçu Mme B le 24 octobre 2019 pour lui exposer les conditions de sa reprise, ses nouvelles fonctions et leur caractère temporaire, ainsi qu'un compte rendu d'entretien établi par la directrice des ressources humaines laquelle indique avoir confirmé à Mme B, à son retour, le caractère temporaire de cette affectation, lui rappelant son échange avec le président du centre départemental de gestion. Enfin, contrairement à ce que prétend la requérante, il ressort également des pièces du dossier que l'ensemble des agents avaient été informés de son retour par courriel interne.

10. En outre, si la requérante soutient avoir été conviée le 29 novembre 2019 à une réunion organisée par la directrice générale, en présence de la directrice du pôle juridique, destinée à la mettre en situation difficile et à l'humilier devant l'une de ses anciennes subordonnées, lui réclamant un travail qu'elle était dans l'incapacité d'exécuter en l'absence de connaissance précises et d'informations sur le sujet, il ressort des pièces du dossier que la thématique évoquée faisait partie des attributions traitées dans la direction dont elle avait précédemment la charge, que les informations nécessaires se trouvaient à sa disposition chez une collègue et que cette réunion était destinée à faire un point d'étape sur l'avancement de la mission confiée. La circonstance qu'elle a été, dans la suite de cette réunion, victime d'une crise d'angoisse et dû être emmenée à l'hôpital, où le médecin psychiatre du service des urgences a diagnostiqué, sur ses déclarations, une " symptomatologie anxieuse aigue réactionnelle à son vécu professionnel " n'est pas de nature à établir ses allégations, lesquelles relèvent d'un ressenti et de préjugés à l'encontre de la directrice générale et de sa collègue du service juridique. De même, si elle a par la suite été placée en arrêt de travail jusqu'au 11 septembre 2020 pour anxiété réactionnelle et dépression, cette circonstance n'est pas, à elle seule, de nature à établir la réalité du harcèlement moral dénoncé.

11. Enfin, Mme B affirme également avoir, à son retour, été victime de tracasseries retardant sa reprise de fonctions et d'un refus de la replacer sur son poste de directrice du pôle emploi public dès le 11 septembre 2020, et soutient que son affectation d'office, à son retour de congé de maladie, sur le poste nouvellement créé de " chargée de projet documentation et information transversales ", alors qu'elle n'était pas candidate et avait été déclarée apte à la reprise de ses fonctions par le psychiatre qui la suivait et son médecin traitant, doit être retenue au nombre des agissements répétés, excédant les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, dont elle a été victime de la part de la directrice générale des service et qui ont eu pour effet d'altérer sa santé, constitutive à ce titre du harcèlement moral qu'elle dénonce. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, qu'une expertise était sollicitée et une réunion du comité médical prévue en amont de sa reprise de fonctions, eu égard à la durée de son absence, d'autre part, qu'à la suite d'un audit réalisé en 2019/2020, une réorganisation des services a eu lieu et le poste qu'elle occupait précédemment a été modifié, une partie des fonctions étant confiée à un attaché recruté aux fins de mettre en place les préconisations de cet audit. Dès lors, quand bien même elle a été affectée d'office, à son retour de congé de maladie, sur le poste nouvellement créé de " chargée de projet documentation et information transversales ", alors qu'elle n'était pas candidate et avait été déclarée apte à la reprise de ses fonctions par le psychiatre qui la suivait et son médecin traitant, il ressort des pièces du dossier que le changement d'affectation dont la requérante se plaint ne présente pas, dans les conditions où il est intervenu, à savoir à la suite d'une réorganisation des services en conséquence des résultats d'un audit interne, le caractère d'une mesure discriminatoire, quand bien même la circonstance que cette nouvelle affectation ne comporte plus de fonction d'encadrement. Par ailleurs, ni la circonstance qu'il n'a pas été répondu à son conseil lors de sa demande d'abrogation de la fiche de poste temporaire du 5 septembre 2019, ni les retenues opérées sur son traitement, lesquelles lui ont été intégralement reversées dès sa réclamation, ne révèlent une intention de lui nuire.

12. Il résulte des points 5 à 11 que le harcèlement moral dénoncé par la requérante n'est pas établi. Par suite, c'est sans erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation que le président du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit sa demande du 3 février 2020 visant à faire cesser le harcèlement dont elle s'est déclarée victime.

En ce qui concerne la fiche de poste du 16 septembre 2020

13. Ainsi qu'il a été dit au point 11, le changement d'affectation dont la requérante se plaint ne présente pas, dans les conditions où il est intervenu, à savoir à la suite d'une réorganisation des services en conséquence des résultats d'un audit interne, le caractère d'une mesure discriminatoire, quand bien même cette nouvelle affectation ne comporte plus de fonction d'encadrement. Par suite, et alors qu'il est constant que la requérante n'a en conséquence subi aucune perte de rémunération ni aucune atteinte à ses droits et avantages, cette nouvelle fiche de poste et le changement d'affectation qu'elle induit constituent une mesure d'ordre intérieur, insusceptible de recours pour excès de pouvoir.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'ensemble des décisions contestées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 500 euros au titre des frais exposés par centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera au centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B et au centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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