jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2003690 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | VEAUVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 octobre 2020, et le 21 février 2022, la société Farman Invest SA, M. C B et Mme A B, représentés par Me Bardon, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 20 janvier 2020 par laquelle le conseil métropolitain de Tours Métropole Val-de-Loire a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Tours et la décision implicite rejetant leur recours gracieux;
2°) de mettre à la charge de Tours Métropole Val-de-Loire une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- il n'est pas établi que le débat d'orientation du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) aurait effectivement eu lieu au sein du conseil métropolitain de Tours Métropole Val de Loire ;
- il n'est pas établi que les modalités de la concertation fixées par la délibération du 28 mai 2015 ont été effectivement respectées ;
- il n'est pas établi que la délibération arrêtant le bilan de la concertation a été publiée et affichée ;
- le projet de PLU modifié après la concertation n'a pas été soumis à une nouvelle concertation ;
- il n'est pas établi que le projet de PLU a été communiqué à l'ensemble des personnes visées à l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme ;
- le projet de PLU modifié après l'avis des personnes publiques associées n'a pas été à nouveau soumis à l'avis de ces personnes ;
- la délibération du 20 janvier 2020 approuvant le plan n'a pas été précédée d'une note de synthèse en méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;
- aucun élément ne permet de s'assurer que le projet de délibération et ses annexes ont bien été joints à la convocation au moins 5 jours francs avant la séance du conseil métropolitain ;
- l'arrêté ouvrant et organisant l'enquête publique ne précise pas les coordonnées de l'autorité auprès de laquelle il était possible de demander des informations en application de l'article R. 123-9 du code de l'environnement ;
- la métropole ne justifie pas que l'avis d'enquête a effectivement été publié en ligne ;
- le rapport d'enquête publique et les conclusions du commissaire enquêteur sont entachés d'irrégularité en ce que ces éléments n'abordent pas suffisamment les questions environnementales ;
- la métropole ne justifie pas avoir mis en ligne le rapport d'enquête publique conformément aux dispositions de l'article R. 123-21 et R. 123-23 du code de l'environnement ;
- le classement en zone UP des parcelles composant l'îlot Farman est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2021, Tours Métropole Val-de-Loire, représentée par Me Cebron de Lisle, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 17 janvier 2022 la clôture d'instruction a été fixée le 21 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gasnier,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 20 janvier 2020, Tours Métropole Val-de-Loire a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Tours. Cette délibération classe les parcelles cadastrées AS 178, AR 433, AR 434, AR 435, AR 436 ainsi que les parcelles AR 448, AR 447, AR 437, AR 165, AR 449, AR 190, AR 450, AR 411, AR 598 et AR 599 situées sur le territoire de la commune de Tours, en zone UP. La société Farman Invest SA ainsi que M. et Mme B, propriétaires respectifs de ces parcelles, demandent au tribunal l'annulation de cette délibération et de la décision rejetant le recours gracieux formé par la société Farman Invest SA.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne les vices de procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme : " Un débat a lieu au sein de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale et des conseils municipaux ou du conseil municipal sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables mentionné à l'article L. 151-5, au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme. () Lorsque le plan local d'urbanisme est élaboré par un établissement public de coopération intercommunale, le débat prévu au premier alinéa du présent article au sein des conseils municipaux des communes membres est réputé tenu s'il n'a pas eu lieu au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme ".
3. Il ressort des termes-mêmes de la délibération du 25 juin 2018, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que le conseil métropolitain a délibéré sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) du PLU de la commune de Tours.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 103-4 du code de l'urbanisme : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article L. 103-6 du même code : " A l'issue de la concertation, l'autorité mentionnée à l'article L. 103-3 en arrête le bilan. / () ". Aux termes de l'article R. 153-3 de ce code : " La délibération qui arrête un projet de plan local d'urbanisme peut simultanément tirer le bilan de la concertation, en application de l'article L. 103-6. / () ".
5. Si les requérants soutiennent que les modalités de la concertation préalable fixées par la délibération du 26 mai 2015 n'auraient pas été effectivement respectées, ils n'apportent au soutien de leurs allégations aucun élément de nature à remettre en cause le caractère probant des mentions de la délibération du 20 mai 2019 tirant le bilan de la concertation et arrêtant le projet de PLU, laquelle détaille précisément les modalités de concertation mises en œuvre.
6. En troisième lieu, il ressort des mentions portées sur la délibération du 20 mai 2019, lesquelles font foi jusqu'à preuve du contraire, que celle-ci a été publiée et transmise au représentant de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré du défaut de caractère exécutoire de cette délibération doit être écarté.
7. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que le projet de plan local d'urbanisme aurait dû faire l'objet d'une nouvelle concertation n'est, à défaut pour les requérants de préciser les modifications qui rendaient nécessaire la reprise d'une telle procédure, pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan arrêté est soumis pour avis : / 1° Aux personnes publiques associées à son élaboration mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9 ; / 2° A la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime lorsque le projet de plan local d'urbanisme couvre une commune ou un établissement public de coopération intercommunale situés en dehors du périmètre d'un schéma de cohérence territoriale approuvé et a pour conséquence une réduction des surfaces des espaces naturels, agricoles et forestiers ; / 3° Au comité régional de l'habitat et de l'hébergement prévu à l'article L. 364-1 du code de la construction et de l'habitation lorsque le projet de plan local d'urbanisme tient lieu de programme local de l'habitat ; / 4° A la formation spécialisée de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, lorsque le projet de plan local d'urbanisme prévoit la réalisation d'une ou plusieurs unités touristiques nouvelles locales dans les conditions prévues au II de l'article L. 151-7 du présent code. L'avis porte uniquement sur les unités touristiques locales ".
9. Par courriers du 24 mai 2019, le président de Tours Métropole Val-de-Loire a transmis pour avis le projet de PLU à la préfète d'Indre-et-Loire, au directeur départemental des territoires, au directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale, au président du conseil régional, au président du conseil départemental, au syndicat mixte de l'agglomération tourangelle, au syndicat des mobilités de Touraine à la chambre des métiers et de l'artisanat, à la chambre d'agriculture, à la chambre de commerce et d'industrie de Touraine, au service territorial de l'architecture et du patrimoine, à la direction régionale de l'environnement de l'aménagement et du logement, à la direction régionale des affaires culturelles, à l'agence régionale de santé, à la commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, à la délégation territoriale de l'institut national de l'origine et de la qualité, au syndicat mixte pour l'aménagement et le développement de l'Aéroport de Tours, à la mission Val de Loire, à la SNCF Réseau Centre Val-de-Loire, à la SNCF immobilier, à SNCF Mobilités, à Tours Habitat, à l'Université de Tours, à l'état-major de la zone de défense ouest et à la base aérienne 705 agissant respectivement dans le département d'Indre-et-Loire et dans la région Centre-Val-de-Loire. Il ressort en outre des pièces du dossier que par courriers du même jour, le projet de plan a été transmis pour avis aux communes limitrophes de la commune de Tours, en particulier aux communes de Saint-Pierre des Corps, Saint-Cyr-sur-Loire, Saint-Avertin, Rochecorbon, La Riche, Parçay-Meslay, Notre-Dame-d'Oé, Mettray, Joué-lès-Tours et Chambray-lès-Tours. En l'absence de contestation par les requérants de l'exhaustivité des saisines susvisées, le moyen tiré de l'absence de recueil des avis des personnes mentionnées à l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme doit être écarté.
10. En sixième lieu, il appartient à l'autorité compétente souhaitant modifier son projet de plan local d'urbanisme avant l'ouverture de l'enquête publique, notamment pour tenir compte de l'avis rendu par une personne publique associée à son élaboration, de consulter à nouveau l'ensemble des personnes publiques associées, afin que le dossier soumis à l'enquête publique comporte des avis correspondant au projet modifié. Toutefois, l'omission de cette nouvelle consultation n'est de nature à vicier la procédure et à entacher d'illégalité la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle a pu avoir pour effet de nuire à l'information du public ou si elle a été de nature à exercer une influence sur cette décision.
11. En l'espèce, il n'est pas contesté que, pour prendre en compte l'avis des personnes publiques associées, le projet de PLU a fait l'objet de modifications, non pas avant l'enquête publique mais à l'issue de celle-ci. Par suite, Tours Métropole Val-de-Loire n'était pas tenue de solliciter un nouvel avis des personnes publiques associées.
12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales rendu applicable aux métropoles par l'article L. 5211-1 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / Si la délibération concerne un contrat de service public, le projet de contrat ou de marché accompagné de l'ensemble des pièces peut, à sa demande, être consulté à la mairie par tout conseiller municipal dans les conditions fixées par le règlement intérieur. / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. / Le maire en rend compte dès l'ouverture de la séance au conseil municipal qui se prononce sur l'urgence et peut décider le renvoi de la discussion, pour tout ou partie, à l'ordre du jour d'une séance ultérieure.
13. Il résulte de ces dispositions que, dans les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), la convocation aux réunions de l'organe délibérant doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le président de l'EPCI n'ait fait parvenir aux membres de l'organe délibérant, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.
14. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, préalablement à la séance du 20 janvier 2020, les conseillers métropolitains ont été convoqués par lettre du 14 janvier 2020. D'autre part, il ressort de pièces du dossier, ainsi que l'atteste le président de Tours Métropole Val de Loire, qu'ont été joints à cette convocation le projet de délibération soumis au vote, le rapport et les conclusions du commissaire-enquêteur, la note de présentation du projet de révision du plan ainsi qu'un tableau détaillant les modifications apportées au projet de plan après la consultation des personnes publiques associées et le déroulement de l'enquête publique. Ces éléments, adaptés au projet de plan en cause, étaient suffisants pour permettre aux élus d'appréhender le contexte, de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Le moyen doit donc être écarté.
15. En huitième lieu, aux termes du 11° du I de l'article R. 123-9 du code de l'environnement, l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête précise par arrêté, quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et après concertation avec le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête " L'identité de la ou des personnes responsables du projet, plan ou programme ou de l'autorité auprès de laquelle des informations peuvent être demandées ".
16. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'arrêté du 2 juillet 2019 prescrivant l'ouverture et l'organisation de l'enquête publique précise les coordonnées de la mairie de Tours auprès de laquelle le public pouvait demander des informations. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.
17. En neuvième lieu, aux termes du II de l'article R. 123-9 du code de l'environnement : " Un dossier d'enquête publique est disponible en support papier au minimum au siège de l'enquête publique. / Ce dossier est également disponible depuis le site internet mentionné au II de l'article R. 123-11 ".
18. Si les requérants font valoir que la métropole ne justifie pas que le dossier d'enquête publique a été effectivement mis en ligne, il ressort du rapport du commissaire enquêteur (p.38) et du certificat d'affichage annexé à ce rapport établi par la directeur général des services de Tours Métropole Val-de-Loire, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que le dossier d'enquête publique a été mis en ligne du 7 septembre au 11 octobre 2019 sur les sites internet respectifs de la mairie de Tours et de Tours métropole Val-de-Loire.
19. En dixième lieu, aux termes de l'article R. 123-21 du code de l'environnement : " () L'autorité compétente pour organiser l'enquête publie le rapport et les conclusions du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête sur le site internet où a été publié l'avis mentionné au I de l'article R. 123-11 et le tient à la disposition du public pendant un an ".
20. Par une attestation établie le 20 juillet 2021, le directeur général adjoint à l'aménagement des territoires a certifié que les rapport, avis et conclusions du commissaire enquêteur ont été mis en ligne le lendemain de la remise de ces documents par le commissaire enquêteur sur le site internet de Tours Métropole Val de Loire du 9 novembre 2019 au 15 octobre 2020 et sur le site internet de la commune de Tours à compter du 9 novembre 2019. A défaut pour les requérants d'en apporter la preuve contraire, la mise en ligne de ces éléments doit être regardée comme établie conformément aux dispositions des articles R. 123-21 du code de l'environnement.
21. En dernier lieu aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement : " () Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage () ". Aux termes de l'article R. 123-19 du même code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet () ".
22. Si ces dispositions n'imposent pas au commissaire-enquêteur ou à la commission d'enquête de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.
23. Les requérants font valoir que le rapport d'enquête publique et les conclusions du commissaire enquêteur sont entachées d'irrégularité en ce que ces éléments n'abordent pas suffisamment les questions environnementales.
24. Il ressort des pièces du dossier que le commissaire enquêteur a présenté dans son rapport les enjeux environnementaux propres à la commune de Tours incluant une description de son contexte physique, des deux sites Natura 2000 ainsi que des risques naturels et technologiques auxquels celle-ci est confrontée. Ce rapport décrit également sommairement les orientations du projet d'aménagement et de développement durable relatives aux thématiques environnementales. Par ailleurs, le commissaire-enquêteur a énuméré et résumé les observations recueillies au cours de l'enquête publique relatives à des considérations environnementales, lesquelles ont en particulier porté sur la préservation du patrimoine sylvicole, et a émis un avis sur chacune de ces observations dont les différents thèmes abordés sont identifiables par un code couleur. Enfin, les conclusions du commissaire enquêteur émises le 8 novembre 2019 sont favorables et traduisent ainsi l'opinion du commissaire enquêteur y compris s'agissant des enjeux environnementaux. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le contenu du rapport et des conclusions du commissaire enquêteur est suffisant au regard des exigences des articles L. 123-15 et R. 123-19 du code de l'environnement.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation :
25. Par la délibération attaquée, Tours Métropole Val-de-Loire a classé un ensemble de parcelles cadastrées AS 178, AR 433, AR 434, AR 435, AR 436, AR 448, AR 447, AR 437, AR 165, AR 449, AR 190, AR 450, AR 411, AR 598 et AR 599 dénommée " îlot Farman " situées sur le territoire de la commune de Tours, en zone UP. Ce classement interdit en principe toute construction nouvelle à l'exception de celles qui constituent ou sont liées à des services publics ou d'intérêt collectif.
26. Les requérants soutiennent que ce classement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que les lieux sont privés, ne présentent aucun intérêt paysager ou patrimonial, et ne constitueraient pas un belvédère dès lors qu'ils n'offrent pas de vues sur la Loire.
27. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que les parcelles en cause, situées en zone urbaine, forment une unité foncière d'un seul tenant faiblement bâtie, d'une surface d'environ 4 hectares, majoritairement composée de parcs et de jardins d'agrément ainsi que de boisements qui font l'objet pour certains d'un classement comme espace boisé classé ou comme élément de paysage remarquable sur le fondement de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. Il ressort également des pièces du dossier que, si l'ilot concerné n'offre pas de vues directes sur la Loire, sa configuration en pente et sa localisation sur le versant Sud du coteau à moins de 350 mètres de ce fleuve en fait un élément caractéristique du paysage ligérien. Compte tenu du caractère des lieux et de sa localisation, l'îlot Farman revêt ainsi un intérêt paysager et patrimonial certain. D'autre part, le classement de ces parcelles est justifié par la volonté des auteurs du PLU exprimée dans le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) de renforcer l'écologie et la trame végétale ligérienne (orientation 1.3.) en particulier par " la mise en valeur de la trame végétale ", de garder les spécificités et la variété des paysages ligériens (orientation 1.4.) en préservant la " lisibilité de la trame paysagère des vallons ", de renforcer la place occupée par la nature en ville (orientation 6.1) en protégeant notamment les " cœurs d'ilots végétalisés " y compris privatifs, et enfin de conforter le cadre de vie (orientation 6.4.) par la mise en place d'" espaces tampons " entre les sources de bruits et les bâtiments. Il en résulte que le classement en zone UP et les prescriptions restrictives de constructions qui en découlent, sont justifiées par le parti d'aménagement de Tours Métropole Val-de-Loire, peu important à ce titre la circonstance que les lieux ne constitueraient pas un " belvédère ". Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté.
En ce qui concerne l'incompatibilité du classement des parcelles en zone UP avec le SCoT :
28. Aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ".
29. Il appartient aux auteurs des plans locaux d'urbanisme, qui déterminent les partis d'aménagement à retenir en prenant en compte la situation existante et les perspectives d'avenir, d'assurer, non leur conformité aux énonciations des schémas de cohérence territoriale, mais leur compatibilité avec les orientations générales et les objectifs qu'ils définissent. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un schéma de cohérence territoriale, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.
30. Le schéma de cohérence territoriale (SCoT) de l'agglomération tourangelle approuvé le 27 septembre 2013 entend, aux termes de son axe premier ," Affirmer la valeur emblématique des paysages ". L'orientation n°1 de cette axe prévoit de " conforter la valeur universelle du Val de Loire patrimoine mondial de l'Unesco en fixant comme objectifs de " valoriser toutes les composantes du paysage à l'intérieur du périmètre Unesco " et notamment de " préserver la cohérence de chacune des séquences paysagères bâties ou non bâties en renforçant leurs caractéristiques " et " garder perceptible le patrimoine végétal (boisement des coteaux, arbres remarquables) " ainsi que l'identité ligérienne marquée par le front de Loire et les coteaux. L'orientation n°2 de ce même axe entend " faire du paysage la matrice des projets " et prévoit à ce titre comme objectif de " respecter les lignes forces du grand paysage " telles que les abords de la vallée pour les garder lisibles dans les actes d'aménagement. L'orientation n°3 " protéger et valoriser les paysages naturels et ruraux " fixe comme objectif la protection de la trame végétale structurante, notamment des espaces boisés. Aux termes de l'axe 2 de ce schéma intitulé " Assurer la vitalité de la trame verte et bleue à toutes les échelles ", l'orientation n°2 entend " amener et valoriser la nature en ville " et prévoit à ce titre comme objectif d'" offrir un maillage d'espaces de nature dans le tissu urbain () ".
31. Les requérants soutiennent que la qualification de " belvédère " retenue pour l'îlot Farman par le plan serait incompatible avec le SCoT. Ils soutiennent également qu'en prescrivant des règles restrictives de construction, le règlement de la zone UP applicables aux parcelles en litige ferait obstacle à la mise en œuvre des orientations du SCoT tendant à promouvoir " la ville de toutes les mixités ", l'intensification de la ville existante, la promotion des modes de déplacements alternatifs et la réduction des coupures urbaines.
32. Toutefois, compte tenu des caractéristiques des lieux rappelées au point 27, le classement de la zone UP est de nature à répondre aux orientations et objectifs du SCoT énumérées au point 30 du présent jugement et ne peut être regardé comme contrariant ses orientations. Par suite, eu égard à l'appréciation globale à laquelle doit s'attacher le juge et quelle que soit la qualification des lieux retenue par le plan, les prescriptions de la zone UP applicables aux parcelles en litige ne sont pas incompatibles avec les orientations du SCoT prises dans leur ensemble. Le moyen doit par suite être écarté.
33. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation des requérants doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Tours Métropole Val-de-Loire, la somme demandée par les requérants au titre des frais non-compris dans les dépens qu'ils ont exposés.
35. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Farman SA et autres est rejetée.
Article 2 : La société Farman Invest SA, M. B et Mme B verseront solidairement à Tours Métropole Val-de-Loire une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Farman Invest SA et à Tours Métropole Val-de-Loire.
Copie en sera adressée, pour information, au président de la commission d'enquête publique.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
Paul GASNIER
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026