jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2003712 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ROUSSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Capexre Blois, représentée par Me Roussel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 août 2020 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) Centre-Val de Loire lui a infligé une amende administrative d'un montant total de 16 500 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;
- la procédure est irrégulière dès lors que le courrier d'information a été signé par subdélégation ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les droits de la défense dès lors qu'elle n'a pas été informée de la possibilité de recourir à un conseil durant la procédure contradictoire ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'agent de contrôle a pris part à la fixation de la sanction en méconnaissance du principe d'impartialité ;
- la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que la plupart des faits reprochés étaient prescrits à la date de son édiction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2021, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) Centre-Val de Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nehring ;
- et les conclusions de M. Eric Gauthier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle d'un établissement de la société Capexre Blois réalisé par les services de l'inspection du travail les 10 et 20 septembre 2018, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Centre-Val de Loire a prononcé, le 21 août 2020 à l'encontre de cette société, une amende administrative d'un montant total de 16 500 euros. Par la requête analysée ci-dessus, la société Capexre Blois demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la régularité de la sanction :
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme A D, directrice régionale adjointe, responsable du pôle " politique du travail " de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Centre-Val de Loire, qui disposait d'une délégation de signature accordée par M. C B, directeur régional, par un arrêté du 3 décembre 2019 publié le 6 décembre 2019 au recueil des actes administratifs spécial, à l'effet de signer toutes les décisions relevant du pouvoir propre du directeur régional dans le domaine des relations et conditions de travail. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".
4. En l'espèce la décision contestée mentionne les articles L. 3121-18 à L. 3121-25, les articles L. 3131-1 à L. 3131-3 et l'article L. 3132-2 du code du travail ainsi que les articles L. 8115-1 à L. 8115-7 du même code. En outre, elle rend compte du contrôle qui s'est déroulé les 10 et 20 septembre 2018 dans les locaux de la société Capexre Blois et liste de manière détaillée chaque infraction retenue à l'encontre de la société requérante ainsi que les salariés concernés. Par suite, la décision contestée est suffisamment motivée en droit et en fait.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 8115-2 du code du travail : " Lorsque le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi décide de prononcer une amende administrative, il indique à l'intéressé par l'intermédiaire du représentant de l'employeur mentionné au II de l'article L. 1262-2-1 ou, à défaut, directement à l'employeur, le montant de l'amende envisagée et l'invite à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. () ".
6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
7. D'une part, s'il est constant que le courrier du 30 juillet 2019 informant la société requérante de l'intention du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Centre-Val de Loire de prononcer à son encontre une amende administrative au titre de l'article L. 8115-1 du code du travail, a été signé par M. E, lequel ne disposait pas d'une délégation de signature du directeur régional à effet de signer un tel courrier, ce vice n'a pas eu pour effet de priver la société Caplexre Blois d'une garantie. Par suite, cette première branche du moyen doit être écartée.
8. D'autre part, si ce courrier du 30 juillet 2019 ne mentionnait pas la possibilité, pour la société requérante, de se faire assister par un conseil ou de se faire représenter par un mandataire de son choix dans le cadre de la procédure de sanction, il résulte de l'instruction que par courrier du 3 février 2020, le directeur régional a informé la société de cette possibilité, soit plus de six mois avant de prononcer la sanction. Par suite, l'absence de cette mention dans le courrier du 30 juillet 2019 n'a pas eu pour effet de priver la société Caplexre Blois d'une garantie. Par suite, cette branche du moyen doit également être écartée.
9. Enfin, si la société requérante se prévaut des stipulations de l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ces stipulations ne sont applicables, en principe, qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions lorsqu'elles statuent sur des droits et obligations de caractère civil ou sur des accusations en matière pénale et ne peuvent être invoquées pour critiquer une procédure administrative, alors même qu'elle conduirait au prononcé d'une sanction. Il ne peut en aller autrement que dans l'hypothèse où la procédure d'établissement de cette sanction pourrait, eu égard à ses particularités, emporter des conséquences de nature à porter atteinte de manière irréversible au caractère équitable d'une procédure ultérieurement engagée devant le juge. En l'espèce, la société Capexre Blois ne justifie ni même ne soutient que l'omission de la mention prévoyant la possibilité de se faire assister par un conseil ou de se faire représenter par un mandataire de son choix dans le cadre de la procédure de sanction emporterait de telles conséquences. Par suite, et en tout état de cause, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auraient été méconnues.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 100-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration agit dans l'intérêt général et respecte le principe de légalité. Elle est tenue à l'obligation de neutralité et au respect du principe de laïcité. Elle se conforme au principe d'égalité et garantit à chacun un traitement impartial ". Aux termes de l'article R. 8115-1 du code du travail : " Lorsqu'un agent de contrôle de l'inspection du travail constate l'un des manquements aux obligations mentionnées à la section 2 du présent chapitre, il transmet au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi un rapport sur le fondement duquel ce dernier peut décider de prononcer une amende administrative. ".
11. La société requérante soutient que les agents de contrôle de l'unité territoriale de Loir-et-Cher ont pris part à la fixation de la sanction par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, en méconnaissance du principe d'impartialité. Toutefois, cette circonstance, au demeurant non établie, est sans incidence dès lors que la compétence dont dispose la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Centre-Val de Loire pour, d'une part, constater les infractions et manquements des professionnels aux obligations posées par diverses législations et, d'autre part, prononcer les amendes administratives sanctionnant les manquements relevés, ne méconnait pas le principe d'impartialité.
Sur le bien-fondé de la sanction :
12. Aux termes de l'article L. 8115-1 du code du travail : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : /1° Aux dispositions relatives aux durées maximales du travail fixées aux articles L. 3121-18 à L. 3121-25 et aux mesures réglementaires prises pour leur application () ". Selon l'article L. 8115-5 du même code : " () Le délai de prescription de l'action de l'autorité administrative pour la sanction du manquement par une amende administrative est de deux années révolues à compter du jour où le manquement a été commis. ".
13. Il résulte de l'instruction que l'agent de contrôle de l'inspection du travail a relevé un total de cinquante et un manquements qui ont été commis entre le 1er juin 2018 et le 30 août 2018. Il résulte également de l'instruction que deux courriers, l'un daté du 30 juillet 2019, remis le 31 juillet 2019 et l'autre daté du 3 février 2020, notifié le 5 février 2020, ont informé la société requérante de l'ouverture d'une procédure administrative à son encontre. Ces lettres, qui mentionnaient les faits à l'origine du manquement et le montant de l'amende encourue, l'invitaient à présenter ses observations écrites ou orales dans un délai de quinze jours ainsi qu'à communiquer les ressources et charges de l'entreprise. La société requérante a ainsi été informée de la possibilité de présenter ses observations, ce qu'elle a d'ailleurs fait par courrier du 12 février 2020. Ces lettres, en application des dispositions précitées du code du travail, constituent dès lors un préalable obligatoire au prononcé d'une amende administrative, de nature à interrompre le délai de prescription de l'action administrative. Il s'ensuit qu'au 3 février 2020, un nouveau délai de prescription de deux ans avait recommencé à courir. Dans ces conditions, à la date du 21 août 2020 à laquelle l'amende administrative a été infligée à la société Capexre Blois par décision du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Centre-Val de Loire, l'action administrative n'était pas prescrite. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Capexre Blois doit être rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Capexre Blois est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Capexre Blois et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Centre-Val de Loire.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis De Koninck, première conseillère,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
Le rapporteur,
Virgile NEHRING
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne au ministre du travail en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026