jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2003715 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2020, M. B A, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours administratif préalable formé à l'encontre de la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 10 juin 2020 par la commission de discipline du centre de détention de Châteaudun ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée est illégale dès lors que la fouille intégrale qui a conduit au constat d'infraction et à la sanction était elle-même irrégulière ;
- l'autorité ayant décidé des poursuites disciplinaires à son encontre ne disposait pas d'une délégation de signature ;
- la composition de la commission de discipline était irrégulière au regard des dispositions des articles R. 57-7-6, R. 57-7-15 et R. 57-7-8 du code de procédure pénale, dès lors qu'à défaut d'affichage dans l'établissement et en l'absence de mise à disposition dans le cadre de la procédure disciplinaire des désignations en qualité d'assesseur, il n'a pas été mis en mesure de vérifier la compétence et la désignation du premier assesseur, membre du corps d'encadrement ni de s'assurer que le second assesseur avait bien été choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire dûment habilitées ;
- la décision attaquée méconnaît les règles du procès équitable telle que définies par l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée compte tenu de son comportement général au sein du centre de détention de Châteaudun.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2020.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi pénitentiaire n°2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bernard,
- et les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a été incarcéré au centre de détention de Châteaudun le 20 janvier 2020. A la suite d'une fouille corporelle réalisée le 21 avril 2020 au cours de laquelle il a été retrouvé sur lui un téléphone portable, la commission de discipline de l'établissement, par une décision de son président du 10 juin 2020, lui a infligé une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire assortie d'un sursis actif de vingt jours pendant six mois. M. A a formé le 11 juin 2020 un recours administratif préalable devant le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon contre cette décision, qui a été rejeté le 15 juillet 2020. Par la requête ci-dessus analysée, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 57 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, alors en vigueur : " Les fouilles doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. () / Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation de moyens de détection électronique sont insuffisantes. ". Le code de procédure pénale prévoyait, dans son article R. 57-7-79 alors en vigueur que : " Les mesures de fouilles des personnes détenues, intégrales ou par palpation, sont mises en œuvre sur décision du chef d'établissement pour prévenir les risques mentionnés au premier alinéa de l'article 57 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009. Leur nature et leur fréquence sont décidées au vu de la personnalité des personnes intéressées, des circonstances de la vie en détention et de la spécificité de l'établissement. ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-80 du même code : " Les personnes détenues sont fouillées chaque fois qu'il existe des éléments permettant de suspecter un risque d'évasion, l'entrée, la sortie ou la circulation en détention d'objets ou substances prohibés ou dangereux pour la sécurité des personnes ou le bon ordre de l'établissement ".
3. La validité de la fouille n'est pas une condition de la régularité de la procédure disciplinaire. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de celle dont M. A a fait l'objet le 21 avril 2020 ne peut être utilement soulevé, par la voie de l'exception, pour contester la légalité de la sanction qui lui a été infligée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue ".
5. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 21 avril 2020 prise sur rapport d'enquête, Mme C, lieutenant responsable infrastructure et sécurité au centre de détention de Châteaudun, a décidé de lancer la procédure disciplinaire concernant les faits reprochés au requérant. Mme C est titulaire d'une délégation de signature accordée par décision du 30 septembre 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Eure-et-Loir le 21 octobre 2019, accordée par le directeur des services pénitentiaires, chef d'établissement du centre de détention de Châteaudun, et portant notamment sur les décisions d'engager des poursuites disciplinaires à l'encontre des personnes détenues. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tenant à l'incompétence de l'autorité ayant décidé des poursuites doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-8 du même code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal de grande instance ". Aux termes de l'article R. 57-7-12 dudit code : " Il est dressé par le chef d'établissement un tableau de roulement désignant pour une période déterminée les assesseurs extérieurs appelés à siéger à la commission de discipline. ".
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une attestation du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon, datée du 22 juin 2020, que le président de la commission était assisté d'un premier assesseur, membre de l'administration pénitentiaire, et d'une personne extérieure à l'administration pénitentiaire, dont aucun n'était le rédacteur du rapport. Par ailleurs, il ne résulte pas des dispositions précitées du code de procédure pénale applicables au litige, que l'acte désignant l'assesseur issu du corps d'encadrement doit être joint à la sanction disciplinaire, ni qu'il doit être affiché au sein de l'établissement. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la personne extérieure ayant siégé lors de la commission de discipline bénéficiait pour ce faire d'une habilitation accordée par une décision du 18 février 2014 de la présidente du tribunal de grande instance de Chartres. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté en toutes ses branches.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ".
9. D'une part, eu égard à la nature et au degré de gravité des sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues, qui n'ont, par elles-mêmes, pas d'incidence sur la durée des peines initialement prononcées, ces sanctions ne sauraient être regardées comme procédant d'accusations en matière pénale au sens du paragraphe 3 de l'article 6 de la convention. D'autre part, la nature administrative de l'autorité prononçant les sanctions disciplinaires fait obstacle à ce que le paragraphe 1 de ce même article 6 puisse être invoqué pour critiquer la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article doit, dès lors, être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, alors applicable : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / ()10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ;". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 57-7-33 du même code, alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () / 7° La mise en cellule disciplinaire. ", et aux termes de son article R. 57-7-47 : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt
jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. () ".
11. M. A a été sanctionné pour les faits commis de détention d'un téléphone portable, de vingt jours de cellule disciplinaire, dont vingt jours avec sursis actif pour une durée de six mois. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a reconnu les faits. La faute retenue relevant de celles du premier degré, la sanction prononcée correspond bien à la durée maximale de mise en cellule disciplinaire, mais elle a été assortie d'un sursis de la durée même de la sanction. Par suite, compte tenu de la nature des faits reprochés, et alors au surplus qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment des comptes rendus d'incidents produits par le ministre de la justice, que l'intéressé a fait l'objet de nombreuses procédures disciplinaires notamment pour violences verbales et détériorations, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation et n'apparaît pas davantage disproportionnée. Les moyens doivent, dès lors, être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 15 juillet 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours administratif préalable formé à l'encontre de la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 10 juin 2020 par la commission de discipline du centre de détention de Châteaudun doivent être rejetées.
Sur les frais de justice :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
M. Viéville, premier conseiller,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
La rapporteure,
Pauline BERNARD
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Nadine REUBRECHT
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.nr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026