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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2003782

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2003782

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2003782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBOULLAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 octobre 2020 et 12 août 2021, M. A B, représenté par Me Boullay, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel le président du conseil départemental du Cher lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de quatre mois dont deux avec sursis ;

2°) de condamner le département du Cher à lui verser des dommages et intérêts dont le montant est laissé à l'appréciation du tribunal ;

3°) de mettre à la charge du département du Cher la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de sanction repose sur des faits dont l'exactitude matérielle n'est pas établie et qui, de surcroit, ne caractérisent pas une faute ;

- la sanction disciplinaire qui lui a été infligée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2021, le président du conseil départemental du Cher conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Palis De Koninck ;

- et les conclusions de M. Eric Gauthier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, adjoint technique principal de 1ère classe des établissements d'enseignement est affecté depuis 2004 au poste d'agent polyvalent de maintenance des espaces verts au collège Claude Debussy de la Guerche-sur-L'aubois. Le 15 juillet 2020, une procédure disciplinaire a été engagée à son encontre par le président du conseil départemental du Cher. Le conseil de discipline de la fonction publique territoriale du Cher a rendu un avis le 14 septembre 2020 dans lequel il se prononçait en faveur d'une exclusion temporaire de fonction de quatre mois dont deux avec sursis. Par l'arrêté attaqué du 12 octobre 2020, le président du conseil départemental du Cher a infligé à M. B la sanction d'exclusion temporaire proposée par le conseil de discipline.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe / : l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / la radiation du tableau d'avancement ; / l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : / la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à un échelon correspondant à un indice égal ou immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : / la mise à la retraite d'office ; / la révocation () ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent

des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

En ce qui concerne la matérialité des faits :

4. M. B soutient que les faits retenus ne sont pas matériellement établis et qu'ils ne sont pas constitutifs d'une faute.

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la sanction disciplinaire infligée à

M. B repose sur plusieurs séries de faits longuement détaillés : le refus d'exécuter les consignes données, le fait que l'intéressé ne rend pas compte de son activité, des comportements inadaptés à l'égard de sa hiérarchie, un non-respect de l'obligation de neutralité et un défaut de loyauté dans la gestion des incidents. M. B conteste points par points l'ensemble des faits qui lui sont reprochés.

6. En premier lieu, il est reproché à M. B de refuser d'exécuter les consignes qui lui sont données et, à ce titre, la décision attaquée liste plusieurs exemples liés à la non réalisation des travaux demandés dans le cahier de liaison mis en place pour le suivi, à l'absence de rangement des réserves, au refus d'assister à une réunion de service, au défaut de suivi depuis mars 2019 des systèmes d'incendie (extincteurs, bloc autonome et SSI), au défaut de relevés des compteurs électriques et au refus de contacter lui-même les entrepreneurs locaux pour faire réaliser les travaux nécessaires. Pour contester la réalité de ces manquements, M. B produit les réponses qu'il a apportées au conseil de discipline reprenant chaque demande de travail non exécutée pour le justifier, des courriers de soutien émanant du syndicat auquel il appartient, ses comptes rendus d'évaluation antérieurs à 2020, des attestations d'anciens collègues et de professeurs de l'établissement attestant de sa disponibilité, un devis qu'il aurait fait établir auprès d'une entreprise, des attestations de formation en électricité, les relevés de contrôles SSI et gaz, une page du cahier de liaison et l'attestation d'une collègue témoignant de la dégradation du climat de travail depuis l'arrivée de la nouvelle gestionnaire adjointe. Ces éléments permettent d'établir que M. B a effectivement réalisé une partie des contrôles et relevés qui lui incombaient. Ils attestent également d'une nette dégradation des relations de travail entre le requérant et sa hiérarchie à compter de 2018. En revanche, ils ne viennent pas contester la matérialité des autres manquements qui lui sont reprochés, au demeurant corroborée par les rapports et courriels établis par la gestionnaire adjointe du collègue et la copie de quelques pages du cahier de liaison produits en défense.

7. En deuxième lieu, la décision repose également sur le fait que M. B ne rend pas compte de son activité à sa hiérarchie. A ce titre, il lui est reproché d'être difficile à trouver dans l'établissement et de ne pas faire de retour sur des interventions extérieures importantes comme les contrôles sécurité ou les interventions sur le réseau électrique. La matérialité de ces faits n'est pas sérieusement remise en cause par les pièces produites par le requérant alors que, de son côté, le département en défense produit notamment un courrier adressé à M. B par le principal de l'établissement, et non la gestionnaire adjointe, lui reprochant de ne pas signaler où il intervient et, en conséquence, d'être difficile à trouver en cas de besoin.

8. En troisième lieu, la décision attaquée est fondée sur le comportement qualifié d'inapproprié de M. B à l'égard de sa hiérarchie. Il lui est en particulier reproché son attitude à l'égard de la gestionnaire adjointe et des propos déplacés concernant le principal de l'établissement. Si les pièces produites par le requérant permettent d'établir des conditions de travail compliquées et une mauvaise ambiance de travail au sein de l'établissement, avec une équipe divisée en deux, elles ne remettent toutefois pas en cause la réalité de son propre comportement. Les difficultés relationnelles existant entre M. B et sa hiérarchie ont été relevées dès l'entretien d'évaluation mené en 2018 et ont donné lieu à un entretien mené par la principale du collège. Le compte rendu de cet entretien précise que M. B reconnait refuser de serrer la main de ses supérieurs hiérarchiques et avoir eu une altercation avec la gestionnaire adjointe, au cours de laquelle il a fait référence à la principale de l'établissement en la nommant " la prioritaire " et en parlant de dictature, altercation survenue en présence d'un témoin dont l'attestation est produite en défense. La matérialité de ces faits est ainsi établie.

9. En quatrième lieu, il est reproché à M. B de ne pas respecter son obligation de neutralité au motif qu'il porte régulièrement un gilet aux couleurs du syndicat auquel il appartient. Le requérant ne conteste pas avoir porté ce gilet mais précise qu'il a cessé de le faire dès qu'il lui a été fait remarquer que ce n'était pas autorisé.

10. En cinquième lieu, la décision relève à l'encontre de M. B un défaut de loyauté dans la gestion des incidents. A ce titre, il lui est reproché d'avoir prétendu que le souffleur et la tondeuse ne fonctionnaient pas, alors que des agents remplaçants ont pu les utiliser, et d'avoir prétendu ne pas connaître l'origine d'un problème électrique ayant nécessité l'intervention d'une entreprise extérieure, alors qu'il a été en mesure de l'expliquer aux agents de cette même entreprise. Les explications apportées par M. B sur l'achat d'un nouveau souffleur ou la préservation de la batterie de la tondeuse sont insuffisantes pour contredire la matérialité des faits qui lui sont reprochés.

11. Enfin, il est relevé que M. B a installé un branchement " sauvage " dans l'atelier pour accéder au réseau internet de l'établissement. La présence de ce branchement est établie par des échanges de courriels produits en défense émanant du principal du collège à la suite d'un signalement de la part des agents techniques remplaçant M. B pendant un arrêt maladie.

12. Il résulte de ce qui précède que la matérialité des différents manquements reprochés à M. B est établie et qu'ils révèlent un comportement fautif de la part de celui-ci.

En ce qui concerne le caractère disproportionné de la sanction :

13. M. B soutient qu'alors qu'il a toujours donné entière satisfaction et n'a jamais reçu aucune sanction ou avertissement, la sanction qui lui a été infligée est manifestement disproportionnée. Cependant, eu égard à la multiplicité des manquements reprochés au requérant et à leur durée dans le temps, le président du conseil départemental du Cher, en prenant à son encontre une décision l'excluant de ses fonctions pour une durée de quatre mois dont deux avec sursis, n'a commis aucune erreur d'appréciation, la sanction édictée étant proportionnée à la gravité des fautes commises.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à la condamnation du département à lui verser des dommages et intérêts compte tenu de l'attitude adoptée à son égard et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département du Cher.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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