jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2004003 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AUBRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 novembre 2020 et les 28 mai et 20 août 2021, Mme A B, représentée par Me Aubry, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 24 août 2020 par laquelle le maire de Blois a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie au titre de laquelle elle a bénéficié d'un congé de longue durée du 20 octobre 2017 au 19 février 2020 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Blois de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de saisir à nouveau la commission de réforme pour avis dans les mêmes conditions de délais ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Blois la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la consultation de la commission de réforme est entachée d'irrégularités dès lors que le délai de convocation de quinze jours n'a pas été respecté, que son droit à être entendue a été méconnu, et que la commission ne comportait qu'un seul représentant du personnel au lieu de deux en méconnaissance de l'article 12 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- l'avis de la commission de réforme est entaché d'erreur de droit ;
- la commune s'est senti liée par l'avis de la commission de réforme et ne s'est pas formellement prononcée sur sa demande ;
- la décision contestée est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation du lien entre sa pathologie et le service.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 janvier et 22 juin 2021, la commune de Blois, représentée par Me Saada Dusart, conclut au rejet de la requête à titre principal comme irrecevable, à titre subsidiaire comme infondée et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 20 août 2020 ne faisant que confirmer celle du 22 novembre 2019 devenue définitive, la requête est par suite irrecevable ;
- la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service est intervenue tardivement et ne pouvait qu'être rejetée ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 23 août 2021, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 23 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;
- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Aubry, représentant Mme B, de Mme B, et de Me Saada-Dusart, représentant la commune de Blois.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ingénieur territorial en fonction au sein des services de la commune de Blois depuis 2004, a bénéficié d'arrêts de travail renouvelés sans discontinuité entre le 17 octobre 2017 et le 19 février 2020 à raison d'une décompensation psychique. D'abord placée en congé de longue maladie, elle a par la suite bénéficié d'un congé de longue durée pour toute cette période. Par lettre du 18 octobre 2019 elle a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie et s'est vu opposer un refus par décision du 22 novembre 2019. Elle a contesté ce refus et demandé la saisine de la commission de réforme, laquelle s'est réunie le 1er juillet 2020 et a émis un avis défavorable sur sa demande. Par décision du 24 août 2020 dont Mme B demande l'annulation, le maire de Blois a de nouveau rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir
2. La commune de Blois fait valoir que la décision du 24 août 2020 dont l'annulation est demandée par la requérante n'est que la confirmation de la première décision rendue le 22 novembre 2019 sur sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, laquelle n'a pas été contestée devant le présent tribunal et est donc devenue définitive. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point précédent, entre la décision du 22 novembre 2019 et celle du 24 août 2020, la commune a saisi la commission de réforme, faisant ainsi application des dispositions de l'article 37-7 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux applicables. La commission de réforme a rendu un avis le 1er juillet 2020. La saisine et l'avis rendu constituant des circonstances de droit et de fait nouvelles, la décision du 24 août 2020 ne peut être regardée comme confirmative de la décision du 22 novembre 2019. La fin de non-recevoir opposée par la commune doit donc être écartée.
En ce qui concerne la date de la demande de reconnaissance
3. La commune soutient que la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie par la requérante serait intervenue tardivement. A ce titre, elle se prévaut des dispositions de l'article 37-3 II du décret du 30 juillet 1987 aux termes duquel : " II.-La déclaration de maladie professionnelle prévue à l'article 37-2 est adressée à l'autorité territoriale dans le délai de deux ans suivant la date de la première constatation médicale de la maladie ou, le cas échéant, de la date à laquelle le fonctionnaire est informé par un certificat médical du lien possible entre sa maladie et une activité professionnelle. ", soulignant qu'alors que la maladie a été constatée le 20 octobre 2017, la demande de reconnaissance de son imputabilité au service n'est parvenue en mairie que le 23 octobre 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B a effectué sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie le 18 octobre 2019, soit antérieurement à l'expiration du délai de deux ans fixé par les dispositions précitées de l'article 37-2 du décret du 30 juillet 1987. En outre, et alors qu'il résulte de ces mêmes dispositions que la demande peut être formulée, le cas échéant, dans un délai de deux ans à compter de la date à laquelle le fonctionnaire a été informé par un certificat médical du lien possible entre sa maladie et une activité professionnelle, le lien entre les manifestations dépressives dont souffrait Mme B et son activité professionnelle, n'a été formellement mentionné que dans le certificat médical établi par un médecin psychiatre le 14 décembre 2018. Dès lors, contrairement à ce que soutient la commune, la demande de reconnaissance n'est pas tardive.
En ce qui concerne la régularité de la procédure suivie
4. Aux termes de l'article 2 de l'ordonnance du 27 mars 2020 adaptant le droit applicable au fonctionnement des établissements publics et des instances collégiales administratives pendant l'état d'urgence sanitaire : " A l'exception des organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs groupements, peuvent procéder à des délibérations dans les conditions prévues par l'ordonnance du 6 novembre 2014 susvisée et ses mesures réglementaires d'application, à l'initiative de la personne chargée d'en convoquer les réunions, les conseils d'administration ou organes délibérants en tenant lieu, organes collégiaux de direction ou collèges des établissements publics, quel que soit leur statut, de la Banque de France, des groupements d'intérêt public, des autorités administratives indépendantes et des autorités publiques indépendantes, y compris notamment l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, et des organismes de droit privé chargés d'une mission de service public administratif. Il en va de même pour les commissions administratives et pour toute autre instance collégiale administrative ayant vocation à adopter des avis ou des décisions, notamment les instances de représentation des personnels, quels que soient leurs statuts, et les commissions mentionnées à l'article L. 441-2 du code de la construction et de l'habitation ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire : " I.- L'état d'urgence sanitaire déclaré par l'article 4 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 est prorogé jusqu'au 10 juillet 2020 inclus. ".
5. Par ailleurs, aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission de réforme convoque les membres titulaires et l'agent concerné au moins quinze jours avant la date de la réunion. /() ". En outre, aux termes de l'article 16 de ce même arrêté : " () / Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux./ La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, informée par lettre du 17 juin 2020 de ce que la commission de réforme se réunirait le 1er juillet 2020 et de la possibilité de prendre connaissance de son dossier, soit personnellement, soit par l'intermédiaire de son représentant au sein de la commission de réforme, ainsi que de la possibilité de formuler des observations par écrit et de communiquer d'éventuels certificats médicaux complémentaires a, par cette même correspondance, été informée de ce qu'elle ne pourrait participer à cette séance et a été invitée à laisser ses coordonnées téléphoniques pour pouvoir être contactée le jour de la séance. Si la requérante a pris connaissance de son dossier le 24 juin 2020, et a pu formuler, par elle-même et par l'intermédiaire de son conseil, des observations écrites, lesquelles ont adressées à la commission de réforme le 29 juin 2020, en revanche, elle n'a pas pu participer à la commission de réforme.
7. Or, s'il était loisible à l'administration d'organiser la commission de réforme à distance et d'inviter la requérante à y participer par le biais d'un système de visio-conférence, eu égard à la situation sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, il n'est ni établi ni même allégué qu'un tel système aurait été mis en place. Il n'est pas davantage établi que la requérante aurait décliné la proposition de recourir à un " téléservice " ni qu'elle n'aurait pas souhaité formuler d'observation le jour de la commission. Alors que les dispositions de l'ordonnance du 6 novembre 2014 ne permettent pas de déroger sans texte aux droits et garanties accordés aux fonctionnaires, il apparaît que Mme B, n'a pas été mise à même de présenter des observations orales devant la commission, en méconnaissance des dispositions applicables, et qu'elle a ainsi été privée d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie doit être accueilli.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 24 août 2020 par laquelle le maire de Blois a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme B doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
9. L'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu de la nature du motif d'annulation retenu, et alors qu'en l'état du dossier aucun autre moyen d'annulation n'est susceptible d'être accueilli, que la commune de Blois reconnaisse l'imputabilité au service de la pathologie de la requérante mais seulement qu'il procède au réexamen de la situation de l'intéressée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Blois de procéder au réexamen de la demande de Mme B, dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Blois demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Blois une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 août 2020 par laquelle le maire de Blois a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Blois de procéder au réexamen de la demande de Mme B, dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Blois versera à Mme B la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Blois sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Blois.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
La rapporteure,
Hélène C
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2004003
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026