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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2004282

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2004282

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2004282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2020, M. A B représenté par

Me Aubry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mai 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours administratif préalable formé à l'encontre de la sanction qui lui a été infligée le 23 avril 2020 par la commission de discipline de la maison d'arrêt de Tours en tant qu'elle le sanctionne pour menace à l'encontre du personnel de l'établissement pénitentiaire ;

2°) de mettre à la charge de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Dijon la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, par application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ne justifiant pas d'une délégation de signature ;

- il n'a pas proféré de menace à l'encontre d'un membre du personnel de la maison d'arrêt ; le fait d'avoir dit à sa mère au téléphone, dans le cadre d'une conversation privée, qu'il voulait " planter " un agent ne suffit pas à caractériser l'intention de mettre en œuvre ses propos ; ses propos ne peuvent être qualifiés de menace au sens du 12° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Le ministre de la justice soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Palis De Koninck ;

- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été écroué à la maison d'arrêt de Tours sur décision du juge de la liberté et de la détention de Blois pour une durée d'un mois à compter du 3 avril 2020. Le 21 avril 2020, il a fait l'objet d'un compte-rendu d'incident pour avoir provoqué du tapage dans sa cellule, insulté et menacé des surveillants pénitentiaires et dégradé sa cellule et ses équipements. Le 23 avril 2020, la commission de discipline de la maison d'arrêt lui a infligé, en plus d'un avertissement, d'une part, une sanction de quatre jours de cellule disciplinaire dont deux avec sursis pour les injures et menaces sur le personnel, d'autre part, six jours de confinement en cellule pour les dégradations. M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire devant le directeur interrégional des services pénitentiaires contre cette sanction qui a été rejeté par une décision du 18 mai 2020. Par la requête ci-dessus analysée, M. B sollicite l'annulation de cette dernière décision en tant uniquement qu'elle confirme la sanction de quatre jours de cellule disciplinaire pour menaces et injures.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 18 mai 2020 est signée par M. C D, directeur interrégional adjoint, qui bénéficiait en vertu d'une décision n° 015- 2018 du 12 avril 2018 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° BFC/2018-048 du 19 avril 2018, d'une délégation permanente de signature de la part du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon aux fins, notamment, de prendre les décisions relatives " aux recours des personnes détenues contre des sanctions disciplinaires prononcées à leur encontre (cf. art. R. 57-7-32 du CPP) ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, applicable à la date de la décision attaquée : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : 12° De formuler des insultes, des menaces ou des outrages à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires " ;

4. Il ressort des pièces du dossier qu'il est reproché à M. B d'avoir insulté un membre du personnel pénitentiaire et d'avoir menacé de " planter " un surveillant le 21 avril 2020 dans la soirée alors qu'il procédait à du tapage dans sa cellule. Pour confirmer la sanction disciplinaire infligée au requérant, le directeur interrégional des services pénitentiaires s'est fondé sur plusieurs éléments tenant, d'une part, au fait que les propos tenus présentaient un caractère insultant et menaçant, d'autre part, au fait que ces propos étaient directement adressés à la surveillante présente pendant la ronde indépendamment de la circonstance qu'ils aient été ou non audibles par elle et enfin, au fait qu'il s'est adressé à sa mère au téléphone en lui disant qu'il allait " planter " un surveillant alors qu'il savait que des agents étaient derrière la porte et susceptibles de l'entendre.

5. Il est constant que suivant le régime de détention dont il bénéficie, M. B était en capacité de téléphoner depuis sa cellule. Le 21 avril 2020, il était agité et faisait du tapage. Il a alors appelé sa mère à plusieurs reprises. Il ressort des relevés d'écoutes téléphoniques produits au dossier, qu'au cours d'une conversation avec cette dernière, il s'est plaint des quantités de nourriture qui lui étaient distribuées en insultant une surveillante. Sa mère lui a alors conseillé de demander un supplément de nourriture. M. B s'est levé et a formulé sa demande à la porte sans obtenir de réponse, finissant par insulter la surveillante au travers de la porte. Au dixième appel à sa mère en un peu plus de deux heures, M. B, dans un état d'agitation relevé par la personne en charge des écoutes, a indiqué à sa mère que les surveillants étaient derrière la porte, qu'il avait un bâton et qu'il allait les " planter ". Les surveillants ont fini par entrer dans la cellule de l'intéressé dans laquelle se trouvait effectivement un bout de bois pointu.

6. M. B soutient que les propos qu'il a tenus l'ont été dans le cadre d'une conversation privée avec sa mère et qu'ils ne peuvent donc être qualifiés de menace au sens du 12° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale. Il ressort de la description du déroulé des événements faite au point précédent que M. B s'adressait effectivement au téléphone à sa mère lorsqu'il lui a indiqué vouloir agresser un surveillant. Il ne s'est pas adressé au personnel quand bien même il a indiqué à sa mère savoir que les agents de la maison d'arrêt étaient derrière la porte. Aussi, il n'apparait pas que les propos menaçants tenus au cours d'une conversation privée et dont rien ne permet de penser qu'ils étaient destinés à être connus en dehors de ce cercle, même s'ils ont été entendus par un agent qui écoutait cette conversation ainsi que le permet l'article 727-1 du code de procédure pénale, aient revêtu, dans les circonstances de l'espèce, le caractère d'une menace à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement au sens des dispositions précitées de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale.

7. Toutefois, la décision attaquée sanctionne M. B sur le fondement des dispositions de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale à la fois pour insultes et menaces. Or, il résulte également du déroulement des faits présenté au point 5 que le requérant a insulté la surveillante au travers de la porte et en dehors de la conversation téléphonique qu'il entretenait avec sa mère. Ces propos ont nécessairement été proférés pour être entendus par le personnel de l'autre côté de la porte. Ils peuvent donc être regardés comme des insultes au sens des dispositions de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale. Ces insultes justifiaient à elles seules la sanction de quatre jours de cellule disciplinaire dont deux avec sursis qui lui a été infligée. Le moyen soulevé par le requérant tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut donc qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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