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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2004387

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2004387

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2004387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 décembre 2020, M. A B, représenté par Me Lévêque, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juin 2020 du préfet de Loir-et-Cher en tant que cette décision lui refuse la délivrance d'une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil.

M. B soutient que :

- la décision attaquée, qui repose sur des faits particulièrement anciens, est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 9 avril 2021, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant marocain né le 28 janvier 1980, est entré en France au mois de mars 1982, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial, et y réside depuis sans interruption. Le 28 janvier 2008, le préfet de Loir-et-Cher lui a délivré une carte de résident valable jusqu'au 27 janvier 2018. Toutefois, par une décision du 5 mars 2018, le préfet a refusé de renouveler ce titre de séjour. Cette décision a été annulée par un jugement du 14 janvier 2020 du tribunal administratif d'Orléans. Par une décision du 26 juin 2020, le préfet de Loir-et-Cher a, de nouveau, refusé de renouveler la carte de résident de M. B, tout en lui accordant un titre de séjour pluriannuel de deux ans. Le requérant demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle lui refuse le renouvellement de sa carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de résident est valable dix ans. Sous réserve des dispositions des articles L. 314-5 et L. 314-7, elle est renouvelable de plein droit ". Aux termes de l'article L. 314-6-1 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de résident d'un étranger qui ne peut faire l'objet d'une mesure d'expulsion en application des articles L. 521-2 ou L. 521-3 peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3, 433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. / La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est délivrée de plein droit ". Si le renouvellement d'une carte de résident, qui est de plein droit, n'est soumis à aucune condition tenant à l'absence de menace pour l'ordre public, ces dernières dispositions permettaient toutefois à l'autorité administrative de refuser de renouveler la carte de résident d'un étranger qui ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'expulsion en application des articles L. 521-2 ou L. 521-3 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais qui a fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des dispositions du code pénal qu'elles mentionnent.

3. Pour refuser de renouveler la carte de résident délivrée à M. B, le préfet de Loir-et-Cher s'est fondé sur le fait que le casier judiciaire de l'intéressé comportait douze condamnations, dont une condamnation du 12 décembre 2006 du tribunal correctionnel de Blois pour menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, ainsi que quatre faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique datant de 2010 à 2011.

4. Toutefois, il ressort des mentions du bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé que les faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, qui sont réprimés par les deuxième à quatrième alinéa de l'article 433-5 du code pénal et pour lesquels M. B a fait l'objet de deux condamnations par jugements du 12 février 2001 et du 26 novembre 2001, n'ont pas été commis en 2010 ou 2011, mais les 6 et 10 juin 1999 et les 10 et 11 février 2001, soit respectivement vingt et un ans et dix-neuf ans avant la décision attaquée. Il ressort du même bulletin n° 2 que les faits de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, qui sont réprimés par l'article 433-3 du code pénal et pour lesquels M. B a fait l'objet d'une condamnation par un jugement du 12 décembre 2006 du tribunal correctionnel de Blois, ont été commis les 3 et 7 août 2006, soit près de quatorze ans avant la décision attaquée. Eu égard à l'ancienneté des faits, qui sont d'ailleurs antérieurs à la date de délivrance d'une première carte de résident à l'intéressé, et alors même que M. B a commis jusqu'en 2011 d'autres infractions, qui n'entrent pas dans le champ d'application de l'article L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Loir-et-Cher, en refusant de renouveler la carte de résident qu'il avait délivrée à M. B en 2008, a commis une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 juin 2020 du préfet de Loir-et-Cher en tant que cette décision lui refuse le renouvellement de sa carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement que la carte de résident de M. B soit renouvelée. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de procéder à ce renouvellement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Lévêque dans les conditions prévues par ces dispositions et celles de l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 26 juin 2020 susvisée du préfet de Loir-et-Cher est annulée en tant qu'elle refuse le renouvellement de la carte de résident de M. B.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de procéder au renouvellement de la carte de résident de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Lévêque, avocate de M. B, une somme de 1 500 euros dans les conditions prévues par l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène LE TOULLEC

Le président-rapporteur,

Frédéric C

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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