jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2004601 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL ATLANTIC JURIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 décembre 2022 et le 20 août 2021, Mme B A, représentée par la Selarl AACG avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont elle est atteinte ;
2°) d'enjoindre au CHRU de Tours de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale et de nommer un médecin expert avec pour mission de se procurer son entier dossier médical, de l'examiner et de dire si la pathologie dont elle souffre peut-être reconnue imputable au service ;
4°) de mettre à la charge du CHRU de Tours la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de le condamner aux entiers dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne comporte pas le visa des textes sur lesquels elle se fonde et n'explicite pas les critères pris en compte pour fonder le refus opposé ;
- la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juin 2021 et 11 février 2022, le CHRU de Tours représenté par la Selarl Altlantic juris, avocats, conclut au rejet de la requête, à titre principal comme irrecevable, à titre subsidiaire comme infondée et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 26 octobre 2020 ne faisant que confirmer celle du 2 octobre 2019 devenue définitive en l'absence de contestation, la requête est tardive et par suite irrecevable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- la demande d'expertise présente un caractère frustratoire, deux expertises précédemment diligentées ayant conclu dans le même sens.
Par ordonnance du 21 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 22 mars 2022.
Les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen relevé d'office tiré de l'illégalité pour méconnaissance du champ d'application de la loi de la décision attaquée faisant application de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, à défaut d'intervention, à la date de diagnostic de la pathologie dont la prise en charge est sollicitée, du décret en Conseil d'Etat mentionné par cet article.
Par un mémoire enregistré le 27 janvier 2023, le CHRU de Tours, représenté par la Selarl Atlantic-juris, avocats, a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 décembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gobé, représentant le CHRU de Tours.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, initialement agent des services hospitalier, exerce depuis 2013 les fonctions d'aide-soignante au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours. A raison d'un accident de service survenu le 25 avril 2016 elle a bénéficié d'un congé de longue maladie du 29 août 2016 au 28 novembre 2017 puis a repris ses fonctions dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique accordé pour la période du 29 novembre 2017 au 29 novembre 2018. Du fait de douleurs dans son épaule droite, elle a été placée en arrêt de travail à compter du 21 novembre 2018. Le 8 avril 2019, elle a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service de la tendinopathie de l'épaule droite dont elle était atteinte. Après expertise et recueil de l'avis de la commission de réforme, le directeur du CHRU de Tours a, par une décision du 2 octobre 2019, refusé de reconnaître le caractère professionnel de sa pathologie. Mme A a contesté les conclusions du rapport d'expertise et, sur sa demande, une nouvelle expertise a été diligentée. La commission de réforme, de nouveau saisie, a émis un avis défavorable et, par une décision du 26 octobre 2020 dont Mme A demande l'annulation, le directeur du CHRU de Tours a rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les fins de non-recevoir
2. Il ressort des pièces du dossier qu'ainsi qu'il est dit au point précédent, Mme A a, par lettre du 8 avril 2019, demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service de la tendinite de l'épaule droite dont elle souffre et le directeur du CHRU de Tours a rejeté sa demande après avoir diligenté une expertise et procédé au recueil de l'avis de la commission de réforme, par décision du 2 octobre 2019, laquelle comportait la mention des voies et délais de recours. Le 29 novembre 2019 Mme A a saisi le CHRU d'une contestation du rapport d'expertise, laquelle doit être regardée comme un recours gracieux formé contre la décision du 2 octobre 2019, l'intéressée indiquant ne pas être " d'accord avec la décision rendue " et demandant une contre-expertise. C'est d'ailleurs le sens que le CHRU a donné à cette contestation en faisant procéder à une nouvelle expertise et en saisissant à nouveau la commission de réforme, laquelle s'est réunie le 5 mars 2020. Il en résulte d'une part que la décision du 26 octobre 2020 de rejet du recours gracieux est susceptible de recours et d'autre part que la présente requête enregistrée le 22 décembre 2022 n'est pas tardive. Il s'ensuit que les fins de non-recevoir opposées doivent être écartées.
En ce qui concerne l'imputabilité au service de la pathologie
3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
4. Pour refuser la reconnaissance de l'imputabilité au service de la tendinite de l'épaule droite déclarée par Mme A, le CHRU de Tours se prévaut des dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 résultant de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 lequel a institué une présomption d'imputabilité au service des maladies désignées par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale. Toutefois, l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique qui a institué un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " en insérant dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires un article 21 bis a, en conséquence de l'institution de ce congé pour invalidité temporaire imputable au service, modifié des dispositions des lois du 11 janvier 1984, du 26 janvier 1984 et du 9 janvier 1986 régissant respectivement la fonction publique de l'Etat, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière. L'application de ces nouvelles dispositions résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 était manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Il en résulte que les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière. Il s'ensuit que les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020. Dès lors, c'est à tort que le CHRU de Tours a fait application, pour statuer sur la demande Mme A, des dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983.
5. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence./ Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales ".
6. Les experts désignés pour examiner la requérante dans le cadre des opérations d'expertise diligentées ont conclu à l'absence d'imputabilité au service de la pathologie de la requérante en se fondant exclusivement sur le tableau 57A, au motif que les critères fixés par ce tableau ne sont pas remplis. Or, ainsi qu'il est dit au point 4, la prise en compte de ce seul tableau pour apprécier la demande de la requérante est entachée d'une erreur de droit. A l'appui de sa contestation, Mme A produit quant à elle plusieurs certificats établis par le médecin du service de santé au travail les 15 mai, 14 juin et 10 décembre 2019 soulignant que si " le poste actuel qu'elle occupe, dans le cadre d'un temps partiel, est sans port de charge, elle doit tout de même effectuer le bio nettoyage et les charges inhérentes au métier d'aide-soignante lesquelles mobilisent de façon importante les membres supérieurs, non seulement en abduction mais également en élévation " et que " les tâches qu'elle effectue sont pourvoyeuses de ce type de pathologie ". Il en est de même du certificat établit par le 20 août 2019 par un médecin du centre de consultation de pathologies professionnelles, lequel mentionne également l'existence d'une origine professionnelle possible du fait des mouvements liés à son activité d'aide-soignante lesquels sollicitent l'articulation de l'épaule depuis plus de 6 mois et consistant en la manutention de patients et de matériels, des contraintes posturales et le fait de pousser des chariots. Par suite, alors que la requérante établit, par les éléments qu'elle produit, l'existence d'un lien direct entre sa pathologie et le service, le refus opposé à sur sa demande est entaché d'une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant-dire-droit l'expertise médicale sollicitée, que les décisions du 2 octobre 2019 et du 26 octobre 2020 par lesquelles le directeur du CHRU de Tours a refusé la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de l'épaule droite dont souffre Mme A doivent être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Eu égard au motif d'annulation tenant à l'erreur d'appréciation, le présent jugement implique nécessairement que le CHRU de Tours reconnaisse l'imputabilité au service de la tendinite de l'épaule droite dont souffre Mme A, dans le délai de trois mois à compter de sa notification, sans qu'il y ait lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chichery, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du CHRU de Tours le versement à Me Chichery de la somme de 1 500 euros. En revanche, les conclusions du CHRU de Tours, partie perdante, présentées sur ce même fondement doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 2 octobre 2019 et du 26 octobre 2020 refusant la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de l'épaule droite dont souffre Mme A sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier régional universitaire de Tours de reconnaitre l'imputabilité au service de la pathologie de l'épaule droite dont souffre Mme A dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours versera à Me Chichery, avocat de Mme A, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 500 euros, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5: Les conclusions présentées par le centre hospitalier régional universitaire de Tours sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier de Tours et à Me Chichery.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
La rapporteure,
Hélène C
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026