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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2004733

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2004733

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2004733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BAZIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 décembre 2020, le syndicat CFDT Interco du Cher, représenté par Me Boussoum, demande au tribunal :

1°) d'annuler partiellement la délibération 20/024 du 12 mars 2020 adoptée par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Cher intitulée " Approche globale IAT, astreintes chaîne de commandement, CIA et temps de travail ", affichée le 18 mars 2020, en tant qu'elle met en place des gardes de 24 heures rémunérées 17h30, ensemble la décision du 21 octobre 2020 de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du SDIS du Cher une somme de 2 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que

- il a intérêt à agir car en instaurant des gardes de 24 heures rémunérées 17,30 heures, la délibération attaquée prive les sapeurs-pompiers du SDIS du Cher, dont le syndicat assure la défense des intérêts, d'une partie de leurs droits ; il produit aux débats la décision autorisant son secrétaire général à ester en justice ;

- la délibération attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle ne respecte pas le droit à la santé car le travail consécutif de 24 heures nuit à la santé des travailleurs ;

- elle ne respecte pas l'article 3 du décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature modifié ;

- elle ne respecte pas l'article 3 du décret n° 2001-1382 du 31 décembre 2001 relatif au temps de travail des sapeurs-pompiers modifié ;

- elle ne respecte pas les règles relatives à la rémunération du travail effectif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2021, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Cher, représenté par Me Poput, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du syndicat requérant une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu la délibération attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires modifiée ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale modifiée ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature ;

- le décret n°2001-1382 du 31 décembre 2001 relatif au temps de travail des sapeurs-pompiers professionnels ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique ;

- et les observations Me Boussoum, représentant le syndicat CFDT Interco du Cher et de Me Poput, représentant le SDIS du Cher.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération 20/024 du 12 mars 2020 affichée le 18 mars 2020, intitulée " Approche globale IAT, astreintes chaîne de commandement, CIA et temps de travail ", le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Cher a retenu une durée du temps de travail de 1 607 heures pour son personnel et modifié le régime d'équivalence des gardes de 24 heures en les comptabilisant 17,30 heures. Par un recours gracieux, daté du 19 août 2020, le syndicat CFDT Interco du Cher a demandé le retrait de cette délibération, notamment en tant qu'elle organise des gardes de 24 heures décomptées 17,30 heures. Par un courrier reçu le 21 octobre 2020, le SDIS du Cher a rejeté ce recours. Le syndicat CFDT Interco du Cher demande au tribunal d'annuler la délibération en tant qu'elle met en place des gardes de 24 heures rémunérées 17h30, ensemble la décision du 21 octobre 2020 de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, le syndicat requérant soutient que la délibération attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle ne respecte pas le droit à la santé car le travail consécutif de 24 heures nuit à la santé des travailleurs. Toutefois, et ainsi que l'oppose le SDIS, les dispositions attaquées mettent en place non des gardes de 24 heures mais uniquement un régime d'équivalence concernant la rémunération de ces gardes. Par suite, elles ne sauraient, en elles-mêmes porter atteinte au droit à la santé. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que chaque garde est suivie d'une période de repos au moins équivalente, que les plafonds de temps de travail hebdomadaire, de 48 heures, semestriel, de 1 128 heures, et annuel de 2 256 heures, sont respectés et que durant une garde de 24 heures, seules 8 heures sont consacrées à la garde dite " active " et au-delà aux interventions. Dès lors, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le syndicat requérant soutient que la délibération attaquée ne respecte pas l'article 3 du décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature modifié aux termes duquel : " I. - L'organisation du travail doit respecter les garanties minimales ci-après définies. / () La durée quotidienne du travail ne peut excéder dix heures. / Les agents bénéficient d'un repos minimum quotidien de onze heures. / L'amplitude maximale de la journée de travail est fixée à douze heures (). II. - Il ne peut être dérogé aux règles énoncées au I que dans les cas et conditions ci-après : / a) Lorsque l'objet même du service public en cause l'exige en permanence, notamment pour la protection des personnes et des biens, par décret en Conseil d'Etat, pris après avis du comité d'hygiène et de sécurité le cas échéant, du comité technique paritaire ministériel et du Conseil supérieur de la fonction publique, qui détermine les contreparties accordées aux catégories d'agents concernés () ".

4. Toutefois, d'une part, aux termes de l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales : " Les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. / Ils concourent, avec les autres services et professionnels concernés, à la protection et à la lutte contre les autres accidents, sinistres et catastrophes, à l'évaluation et à la prévention des risques technologiques ou naturels ainsi qu'aux secours et aux soins d'urgence. / Dans le cadre de leurs compétences, les services d'incendie et de secours exercent les missions suivantes : / 1° La prévention et l'évaluation des risques de sécurité civile ; 2° La préparation des mesures de sauvegarde et l'organisation des moyens de secours ; 3° La protection des personnes, des animaux, des biens et de l'environnement ; 4° Les secours et les soins d'urgence aux personnes ainsi que leur évacuation, lorsqu'elles : / a) Sont victimes d'accidents, de sinistres ou de catastrophes ; / b) Présentent des signes de détresse vitale ; / c) Présentent des signes de détresse fonctionnelle justifiant l'urgence à agir. () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret n° 2001-1382 du 31 décembre 2001 relatif au temps de travail des sapeurs-pompiers professionnels : " La durée de travail effectif des sapeurs-pompiers professionnels est définie conformément à l'article 1er du décret du 25 août 2000 susvisé auquel renvoie le décret du 12 juillet 2001 susvisé et comprend : / 1. Le temps passé en intervention ; / 2. Les périodes de garde consacrées au rassemblement qui intègre les temps d'habillage et déshabillage, à la tenue des registres, à l'entraînement physique, au maintien des acquis professionnels, à des manoeuvres de la garde, à l'entretien des locaux, des matériels et des agrès ainsi qu'à des tâches administratives et techniques, aux pauses destinées à la prise de repas ; : 3. Le service hors rang, les périodes consacrées aux actions de formation définies par arrêté du ministre de l'intérieur dont les durées sont supérieures à 8 heures, et les services de sécurité ou de représentation. ". Aux termes de l'article 2 dudit décret : " La durée de travail effectif journalier définie à l'article 1er ne peut pas excéder 12 heures consécutives. Lorsque cette période atteint une durée de 12 heures, elle est suivie obligatoirement d'une interruption de service d'une durée au moins égale. " et aux termes de l'article 3 du même décret : " Par dérogation aux dispositions de l'article 2 relatives à l'amplitude journalière, une délibération du conseil d'administration du service d'incendie et de secours peut, eu égard aux missions des services d'incendie et de secours et aux nécessités de service, et après avis du comité technique, fixer le temps de présence à vingt-quatre heures consécutives. / Dans ce cas, le conseil d'administration fixe une durée équivalente au décompte semestriel du temps de travail, qui ne peut excéder 1 128 heures sur chaque période de six mois. / Lorsque la durée du travail effectif s'inscrit dans un cycle de présence supérieur à 12 heures, la période définie à l'article 1er n'excède pas huit heures. Au-delà de cette durée, les agents ne sont tenus qu'à accomplir les interventions. / Ce temps de présence est suivi d'une interruption de service d'une durée au moins égale. ".

6. Il résulte de ces dispositions que les missions particulières des SDIS nécessitent que le service public soit assuré de manière continue et justifient une présence permanente de certains sapeurs-pompiers professionnels prêts à intervenir, y compris en urgence, pour assurer la protection des personnes et des biens et qu'ainsi, contrairement à ce que soutient le syndicat requérant, le service public en cause exige qu'il soit dérogé aux garanties minimales pour les permanences. De même, contrairement à ce que soutient le syndicat, les contreparties à cette dérogation sont fixées par ce décret conformément à ce que prévoit l'article 3 II a) du décret du 25 août 2000 précité. Dès lors, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement de la réduction de temps de travail dans la fonction publique de l'Etat, rendu applicable aux agents des collectivités territoriales par l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " La durée du travail effectif s'entend comme le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur employeur et doivent se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles. ". Le syndicat requérant soutient, au demeurant sans apporter d'élément à l'appui de cet argument, que le régime d'équivalence applicable au sein du SDIS du Cher serait contraire à ces dispositions car la durée annuelle du travail ne peut être réduite pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent. Toutefois, d'une part, si l'article 47 de la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique rappelle que la durée du travail effectif des agents publics doit être de 1 607 heures par référence au décompte prévu par l'article L. 3121-27 du code du travail, l'article 1er du décret du 25 août 2000 maintient la possibilité de réduire à titre exceptionnel et dérogatoire le temps de travail pour tenir compte des sujétions particulières auxquelles sont soumis certains agents. D'autre part, cette réduction de la durée annuelle du travail justifiée par l'existence de sujétions particulières a trait à l'exercice de certaines fonctions alors que la possibilité de déroger aux garanties minimales telles qu'elle résulte de l'article 3 du décret du 25 août 2000 est liée à l'objet du service public, ainsi qu'il a déjà été dit. Dès lors, le moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, si au cours d'une garde de 24 heures, coexistent des temps d'action et des temps d'inaction durant lesquels aucune directive particulière n'est adressée aux agents dont il est impossible de déterminer à l'avance quelle sera la durée, le régime d'horaire d'équivalence qui constitue un mode particulier de comptabilisation du travail effectif consistant à prendre en compte la totalité des heures de présence, tout en leur appliquant un mécanisme de pondération tenant à la moindre intensité du travail fourni pendant les périodes d'inaction, respecte les règles relatives à la rémunération du travail effectif, toutes les heures de présence étant rémunérées. Le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération 20/024 du 12 mars 2020 adoptée par le SDIS du Cher intitulée " Approche globale IAT, astreintes chaîne de commandement, CIA et temps de travail ", en tant qu'elle met en place des gardes de 24 heures rémunérées 17h30 présentées par le syndicat CFDT Interco du Cher ensemble la décision du 21 octobre 2020 de rejet de son recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SDIS du Cher, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du syndicat requérant une somme au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat CFDT Interco du Cher est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le SDIS du Cher au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CFDT Interco du Cher et au service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Cher.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023

La présidente-rapporteure,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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