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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2100043

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2100043

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2100043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHUGLO LEPAGE AVOCATS SAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 5 janvier 2021, le 7 juillet 2021, le 8 septembre 2021 et le 28 avril 2023, M. et Mme B et M. et Mme A, représentés par Me Lepage, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 5 novembre 2020 et du 20 janvier 2023 par lesquels le préfet du Cher a délivré à la SAS APG un permis de construire et un permis de construire modificatif portant sur une unité de méthanisation située sur le territoire de la commune de Sancoins ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la SAS APG le versement d'une somme de 4 000 euros à chacun des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est introduite dans le délai de recours contentieux ;

- ils ont intérêt pour agir en ce que le projet d'unité de méthanisation est de nature à affecter directement leurs conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des biens dont ils sont propriétaires ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le maire a été saisi pour avis sur le projet ;

- il méconnaît les dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme en ce que les pièces du dossier de demande d'autorisation ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement et notamment le caractère naturel de la zone, la présence des habitation avoisinantes, et les caractéristiques de l'accès ;

- il méconnaît les dispositions du chapitre 9 A du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté de communes des Trois Provinces et l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait les dispositions de l'article 1.4 du PLUi et de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 5 novembre 2020 et l'arrêté du 23 janvier 2023 portant délivrance d'un permis de construire modificatif méconnaissent les dispositions de l'article 1.1 du règlement du PLUi et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnait les prescriptions de l'article 6 de l'arrêté du 12 août 2010 ;

- l'arrêté du 23 janvier 2023 portant délivrance d'un permis de construire modificatif est entaché d'incompétence faute de justification d'une délégation régulièrement publiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2021, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable, les requérants n'ayant pas intérêt pour agir, et que les moyens soulevés par ces derniers ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 21 juillet 2021, le 17 octobre 2022 et le 24 février 2023, la SAS APG, représentée par Me Bonneau, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l'article L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable, les requérants n'ayant pas qualité ou intérêt pour agir, et que les moyens soulevés par ces derniers ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 mai 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 12 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Jeannel, représentant les requérants, et les observations de Me Descubes, représentant la SAS APG.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 février 2020, la SAS APG a déposé une demande de permis de construire portant sur une unité de méthanisation située au lieudit le Gobillot à Sancoins (Cher), d'une surface de plancher de 4 159,47 m² composée principalement de deux digesteurs, d'un post-digesteurs, d'une cuve de stockage, d'une plateforme et de deux zones de stockage avec panneau photovoltaïque et de quatre silos d'ensilage. Par arrêté du 5 novembre 2020, le préfet du Cher a retiré le permis tacite accordé et a délivré le permis demandé en l'assortissant de prescriptions. Par arrêté du 23 janvier 2023, le préfet du Cher accordé à la SAS APG un permis de construire modificatif. M. et Mme B ainsi que M. et Mme A demandent l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Pour justifier de leur intérêt à agir, les requérants se prévalent de la distance séparant leur propriété du projet, de l'atteinte à leur cadre de vie naturel, des nuisances olfactives et sonores provenant du fonctionnement de l'installation d'une part, et du transport des matières entrantes ainsi que du digestat d'autre part, et, enfin, de l'accroissement du trafic routier.

En ce qui concerne les époux A :

5. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A résident à plus de 700 mètres du terrain d'assiette du projet et n'ont ainsi pas la qualité de voisins immédiats du projet. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment de la photographie produite à l'instance, que compte tenu de cet éloignement et de la végétation existante, les époux A n'auront, depuis leur habitation, qu'une vue très partielle et lointaine sur l'unité de méthanisation projetée. Ils n'apportent, par ailleurs, aucun autre élément suffisamment précis et étayés de nature à démontrer que les impacts allégués du projet seront susceptibles, eu égard à la configuration des lieux, d'affecter de manière directe les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur bien. Par suite, les époux A ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir.

En ce qui concerne les époux B :

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la propriété des époux B est située à environ 250 mètres du terrain d'assiette de la construction litigieuse dont elle est séparée par la route départementale (RD) n° 920 et par des boisements denses implantés de part et d'autre de cette voie de desserte. Ils n'ont, dès lors, pas la qualité de voisin immédiat du projet.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les arbres de hautes tiges du terrain d'assiette bordant le projet seront conservés, à l'exception des quatre boisements situés au niveau de l'accès à aménager, et que les espaces herbacés libres de toute construction, ainsi que les trois ruchers existants situés au Sud-Est du projet, seront préservés et agrémentés par la plantation d'espèces végétales mellifères et fourragères. Les cuves à édifier seront partiellement enterrées et de nouvelles essences végétales seront plantées au Nord du projet et le long de la RD 920. Il en résulte que les requérants ne disposeront, compte tenu des éléments précités et de la configuration des lieux, d'aucune vue sur la construction projetée et que cette dernière ne sera pas de nature à affecter leur cadre de vie naturel.

8. En dernier lieu, l'augmentation du trafic routier ainsi que les nuisances olfactives et sonores dont se prévalent les requérants résultent du fonctionnement de l'unité de méthanisation, laquelle a été autorisée par un arrêté d'enregistrement au titre d'une législation indépendante de celle de l'urbanisme et qui a fait l'objet d'un recours dans une autre instance. Les requérants ne peuvent donc utilement s'en prévaloir pour justifier de leur intérêt à agir contre le présent permis de construire.

9. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Cher et par la SAS APG tirée de l'absence d'intérêt à agir des requérants doit être accueillie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de M. et Mme B et autres doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants la somme qu'ils réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire des requérants le versement à la SAS APG d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B et autres est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B ainsi que M. et Mme A verseront solidairement à la SAS APG une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la SAS APG.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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