jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2100068 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ARENTS TRENNEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 janvier 2021 et le 7 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Trennec, demande au tribunal :
1°) d'annuler son compte rendu d'entretien professionnel établi le 15 mai 2019 par la directrice départementale de la sécurité publique (DDSP) du Cher, ensemble la décision du 16 décembre 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté sa demande de révision ;
2°) d'enjoindre à la DDSP du Cher d'augmenter sa notation générale 2019 au titre de l'année 2018 et de rétablir dans les différentes rubriques ses notes figurant dans son évaluation 2018 au titre de l'année 2017 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'erreurs sur la matérialité des faits et d'erreurs sur la qualification juridique des faits en ce qu'elles énoncent faussement qu'elle aurait dénigré ses collègues, qu'elle aurait manqué de vigilance et de loyauté en ne respectant pas les instructions et critiquent son aptitude au commandement ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure, dès lors que son évaluation n'a pas été précédée par un entretien professionnel en méconnaissance des dispositions des articles 55 de la loi du 11 janvier 1984 et 16 du décret du 9 mai 1995, cette irrégularité étant susceptible d'avoir eu une influence sur le sens de la décision prise.
Par un mémoire enregistré le 30 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Joos,
- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, recrutée dans le corps de commandement de la police nationale le 2 janvier 1998, a été affectée à compter du 1er septembre 2014 au sein de la circonscription de la sécurité publique (CSP) de Bourges (Cher) au grade de capitaine de police pour y exercer les fonctions de chef d'unité d'intervention, d'aide et d'assistance de proximité (UIAAP). Le 1er juillet 2017, elle a été promue au grade de commandant de police. Par un arrêté du 4 juillet 2018, elle a ensuite été mutée à la CSP de Montargis à effet au 3 septembre 2018. Le 22 mai 2019, elle s'est vu notifier son compte rendu d'entretien professionnel (CREP) établi le 15 mai 2019 au titre de l'année 2018 par la directrice départementale de la sécurité publique (DDSP) du Cher. Le recours gracieux présenté à l'encontre de ce compte rendu a été rejeté par une décision en date du 24 juin 2019. Le 14 juin 2019, Mme A a également saisi la commission administrative paritaire nationale (CAPN) d'une demande de révision de son CREP. Le 19 mai 2020, la CAPN a émis un avis favorable à cette demande. La DDSP du Cher, par une décision du 16 décembre 2020, a ensuite rejeté cette demande de révision. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de son CREP, ainsi que de la décision refusant la révision de son évaluation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 16 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " La notation des fonctionnaires actifs des services de la police nationale fait l'objet d'un ou plusieurs entretiens d'évaluation. Elle est établie annuellement sur une notice qui comporte : / 1. Une liste d'éléments d'appréciation non chiffrée permettant d'évaluer les qualités personnelles, professionnelles et les aptitudes manifestées dans l'exercice des fonctions ; / 2. Une grille de notation par niveau de 1 à 7 qui rend compte de la situation du fonctionnaire ; / 3. Une appréciation non chiffrée qui rend compte de l'évolution de la valeur du fonctionnaire ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'évaluation de Mme A a, au titre de l'année 2018, été portée de 6 à 5, avec l'appréciation littérale suivante : " Promue au grade de commandant sur le poste de chef de l'UIAAP de Bourges, le commandant B A s'est pleinement investie dans son travail. Faisant preuve d'initiatives, particulièrement dynamique, elle a contribué activement aux bons résultats obtenus sur la voie publique. Elle doit toutefois se montrer vigilante en évitant de dénigrer ses collègues officiers ou collaborateurs devant d'autres personnels, ce qui engendre inéluctablement des tensions au sein du service. Elle possède un très bon potentiel qui devrait lui permettre d'évoluer avec aisance tout au long de sa carrière professionnelle. Elle a été mutée au 1er septembre 2018 à la CSP de Montargis (45) ". La DDSP du Cher, consultée avant que la CAPN n'émette son avis sur la demande de révision présentée par l'intéressée, a justifié cette baisse de notation par la circonstance, d'une part, que Mme A ne s'est pas conformée à ses instructions réitérées dans le cadre d'exécution d'une mission et ainsi manqué de loyauté et, d'autre part, que l'agent témoigne de difficultés relationnelles et d'un " certain problème à affirmer son autorité auprès d'un bon nombre de personnels ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a, le 5 juin 2018, désobéi dans le cadre d'exercice de ses fonctions d'encadrement à un ordre renouvelé émanant de sa hiérarchie, en portant à onze au lieu de huit, l'effectif d'escorte appelé à participer à une opération de transfert de cinq demandeurs d'asile. Si la requérante fait valoir qu'en agissant ainsi, elle a entendu protéger l'intégrité physique de ses subordonnés dans le respect des dispositions de l'article R. 434-6 du code de la sécurité intérieure, à la suite d'un précédent refus d'embarquement opposé, de façon violente, par ces mêmes demandeurs asile, elle n'établit pas que l'ordre reçu était manifestement illégal. La matérialité des faits reprochés est donc établie.
5. En revanche, si la DDSP du Cher entend également reprocher à Mme A d'avoir dénigré " certains fonctionnaires " et manqué d'autorité, ces allégations, bien que contestées par la requérante, ne sont vérifiées par aucune pièce figurant au dossier, alors notamment qu'au cours de l'année précédant celle de l'entretien en litige la même évaluatrice relevait que l'intéressée " pilote ses collaborateurs avec humanité " et est " reconnue en tant que chef ". A l'inverse, il ressort d'une attestation circonstanciée de l'adjointe au chef UIAAP, qu'alors que les conditions d'exercice de la mission d'encadrement de l'unité constituée de 120 agents étaient rendues particulièrement difficiles du fait d'une remise en cause du lien hiérarchique par une partie importante des membres de l'unité remontant à une date antérieure à celle de leur prise de fonctions, ces deux responsables ont toujours agi avec " sang-froid, écoute et autorité " pour " maintenir une cohésion de groupe ". Il s'en déduit que la matérialité des difficultés relationnelles et d'affirmation d'autorité à l'égard des personnels invoquées ne peuvent être regardées comme établies.
6. Eu égard au défaut de matérialité des faits visées au point 5, alors, d'une part, que Mme A a toujours été considérée comme très réactive, impliquée, rigoureuse, assumant ses fonctions avec un grand professionnalisme, faisant preuve d'adaptabilité - qualités, dont il n'est pas établi qu'elle se serait départie en 2018 et, au surplus, qui demeurent vérifiées au titre de l'ensemble des années suivantes - et, d'autre part, que l'acte de désobéissance cité au point 3, qui, au demeurant ne figure pas dans l'appréciation littérale du CREP en litige et n'a pas davantage motivé l'édiction d'un rappel à l'ordre écrit, est demeuré isolé et n'a eu aucune incidence sur l'organisation et le fonctionnement du service, l'importante baisse de notation dont a fait l'objet l'intéressée au titre de l'année 2018 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le CREP de Mme A établi par la DDSP du Cher le 15 mai 2019, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 16 décembre 2020 émanant de cette même autorité doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au DDSP du Cher d'augmenter la notation générale de Mme A au titre de l'année 2018, ni de rétablir, au titre de cette même année la notation établie au titre de l'année 2017. Il implique, en revanche, qu'il soit enjoint au DDSP du Cher d'établir, dans les deux mois à compter de la notification du présent jugement, et au regard de ses motifs, un nouveau CREP pour Mme A au titre de l'année 2018.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le compte rendu d'entretien professionnel de Mme A établi au titre de l'année 2018 par la directrice départementale de la sécurité publique du Cher le 15 mai 2019, ainsi que le refus de révision de la notation décidé par cette même autorité le 16 décembre 2020 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental de la sécurité publique du Cher d'établir, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, un nouveau compte rendu d'entretien professionnel de Mme A au titre de l'année 2018.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
Emmanuel JOOS
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Lucie BARRUET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026