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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2100302

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2100302

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2100302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVEAUVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 janvier 2021, M. A, représenté par Me Benoît, demande au tribunal :

1°) d'annuler le refus implicite du président de Tours Métropole Val de Loire d'inscrire à l'ordre du jour du conseil métropolitain l'abrogation de la délibération du 25 novembre 2019 par laquelle Tours Métropole Val de Loire a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Rochecorbon ;

2°) d'enjoindre au président de Tours Métropole Val de Loire d'inscrire à l'ordre du jour du conseil métropolitain l'abrogation de la délibération du 25 novembre 2019 approuvant ce plan local d'urbanisme dans le délai d'un mois à compter de la notification de jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de Tours Métropole Val de Loire une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le diagnostic du rapport de présentation s'agissant du besoin en logements est entaché d'irrégularité en ce qu'il n'est pas cohérent avec les besoins en logements existants ;

- le projet d'aménagement et de développement durable n'est pas cohérent avec le programme local d'habitat de Tours Métropole Val de Loire ;

- le classement de sa parcelle en zone naturelle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et n'est pas cohérent avec le parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2021, Tours Métropole Val de Loire, représentée par Me Cebron de Lisle, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce que la portée de l'injonction prononcée soit réduite au seul vice entachant le classement de la parcelle de M. A et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Tours Métropole Val de Loire fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Benoît, représentant M. A, et de Me Gault-Ozimek, représentant Tours Métropole Val-de-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 25 novembre 2019, Tours Métropole Val de Loire a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Rochecorbon (Indre-et-Loire). Cette délibération classe en zone naturelle la parcelle cadastrée section AY n°51 appartenant à M. A. Par courrier daté du 22 septembre 2020, M. A a demandé au président de Tours Métropole Val de Loire d'inscrire à l'ordre du jour l'abrogation de cette délibération, demande qui a été implicitement rejetée. M. A demande l'annulation de cette décision implicite de rejet.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne l'insuffisance du rapport de présentation :

2. Si dans le cadre de la contestation d'un acte réglementaire intervenant après l'expiration du délai de recours contentieux contre cet acte, par la voie de l'exception ou sous la forme d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de l'abroger, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.

3. En application de ce principe, le moyen tiré de l'insuffisance du diagnostic établi par le rapport de présentation du plan local d'urbanisme en termes de besoin de logements, lequel se rattache à un vice de forme, doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompatibilité avec les objectifs du programme local de l'habitat :

4. Aux termes du II de l'article L. 302-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le programme local de l'habitat définit, pour une durée de six ans, les objectifs et les principes d'une politique visant à répondre aux besoins en logements et en hébergement, à favoriser le renouvellement urbain et la mixité sociale et à améliorer la performance énergétique de l'habitat et l'accessibilité du cadre bâti aux personnes handicapées en assurant entre les communes et entre les quartiers d'une même commune une répartition équilibrée et diversifiée de l'offre de logements. / Ces objectifs et ces principes tiennent compte de l'évolution démographique et économique, de l'évaluation des besoins des habitants actuels et futurs, de la desserte en transports, des équipements publics, de la nécessité de lutter contre l'étalement urbain et des options d'aménagement déterminées par le schéma de cohérence territoriale ou le schéma de secteur lorsqu'ils existent, ainsi que du plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées, du schéma départemental d'accueil des gens du voyage et, le cas échéant, de l'accord collectif intercommunal défini à l'article L. 441-1-1 () / Le programme local de l'habitat comprend un programme d'actions détaillé par commune et, le cas échéant, par secteur géographique. Le programme d'actions détaillé indique pour chaque commune ou secteur : -le nombre et les types de logements à réaliser ; -le nombre et les types de logements locatifs privés à mobiliser, dans le respect du IV de l'article 4 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement ; -les moyens, notamment fonciers, à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs et principes fixés ". Aux termes de l'article L. 131- 4 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : () 4° Les programmes locaux de l'habitat prévus à l'article L. 302-1 du code de la construction et de l'habitation () ".

5. Il résulte de ces dispositions que les plans locaux d'urbanisme (PLU) sont soumis à une simple obligation de compatibilité avec les objectifs des programmes locaux pour l'habitat (PLH). Si ces derniers peuvent être en partie exprimés sous forme quantitative, il appartient aux auteurs des PLU, qui déterminent les partis d'aménagement à retenir en prenant en compte la situation existante et les perspectives d'avenir, d'assurer, ainsi qu'il a été dit, non leur conformité aux énonciations des PLH, mais leur compatibilité avec les objectifs et les principes qu'ils définissent. Pour apprécier la compatibilité d'un PLU avec un PLH, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des objectifs et principes du document supérieur, si le PLU ne contrarie pas les objectifs qu'impose le PLH, compte tenu des objectifs adoptés et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque objectif ou principe particulier.

6. Pour la période comprise entre 2018 et 2023, le PLH de Tours Métropole Val de Loire a fixé comme objectif de " I. Conforter la vocation d'accueil résidentiel de la métropole ". Pour ce faire, il comporte un programme d'action de 198 logements pour la commune de Rochecorbon à l'horizon 2023 et énonce comme principe n°2 de " mobiliser le foncier nécessaire à l'atteinte de l'ambition de développement " en faisant en sorte, notamment, de " proportionner l'offre de logements aux capacités de développement ". Le deuxième objectif du PLH prévoit quant à lui de " II. Faciliter les parcours résidentiels des habitants ", énonce comme principe n°2 de " Veiller à une répartition équilibrée du parc social et de ses occupants " et prévoit un programme d'action de 60 logements sociaux pour la commune de Rochecorbon. Enfin, le troisième objectif de ce programme prévoit de " III. Faire du logement un vecteur de la qualité de vie " en privilégiant, au titre du principe n°1 de cet objectif, la création de logements prioritairement sur le tissu urbain existant et en veillant, selon son principe n°2, à " Offrir un cadre de vie désirable aux habitants ".

7. Il ressort des orientations du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) que la commune de Rochecorbon a entendu maitriser la croissance démographique et accueillir une population diversifiée à l'horizon 2030. Il ressort à ce titre des pièces du dossier que les auteurs du PLU projettent la création d'environ 200 logements dont 60 logements locatifs sociaux à l'horizon 2030 conformément au potentiel identifié dans ce rapport. Par ailleurs, le PLU comporte plusieurs orientations d'aménagement et de programmation (OAP) à vocation de développement de l'offre de logements, en particulier l'OAP Vaufoynard, l'OAP La Planche portant sur environ 50 logements et les OAP la Vinetterie et Mosny qui entendent ouvrir à l'urbanisation des terres à l'issue de l'évolution du plan d'exposition au bruit, lesquelles prévoient des principes d'aménagements équilibrés intégrant des enjeux de préservation des paysages et du patrimoine. Il en résulte que le parti d'aménagement de la commune de Rochecorbon s'inscrit dans la volonté de ses auteurs de mettre en œuvre les trois objectifs du PLH tenant, d'une part, à l'augmentation de la production de logements en mobilisant le foncier nécessaire à l'atteinte de l'ambition de développement (objectif I principe 2), en tenant compte des contraintes de la commune pour adapter l'offre de logements à ses capacités de développement, d'autre part, à favoriser la mixité sociale (objectif II) et, enfin, à prioriser la création de nouveaux logements sur le tissu urbain existant (objectif III principe n°1) en demeurant attentif au cadre de vie des habitants et à l'intégration paysagère (objectif III principe n°2). Dans ces conditions, la seule circonstance que le PLU de Rochecorbon ne prévoit pas un rythme de construction de logements aussi ambitieux que celui du PLH n'est pas de nature à révéler une contrariété de ce plan avec les objectifs de ce programme pris dans leur ensemble. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le classement des parcelles en zone naturelle " Nh " :

8. Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

9. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

10. Le requérant soutient que la parcelle en litige, située dans une zone non-dépourvue d'habitation, à proximité d'un gymnase raccordé aux réseaux d'assainissement et d'évacuation des eaux pluviales et desservie par un réseau de transports publics, se situe dans une zone urbaine. Il fait également valoir que les auteurs du PLU ont entendu favoriser l'habitat sur les coteaux de la Loire.

11. Toutefois, la parcelle cadastrée section AY n°51 est classée en zone Nh correspondant au secteur du coteau de la Loire. Il ressort des pièces du dossier que cette parcelle est située dans une zone boisée marquée par une urbanisation diffuse et est bordée au Nord par la rue de Beauregard desservant plusieurs constructions et au Sud par les quais de la Loire et le site Natura 2000 " La Loire de Candes Saint Martin à Mosnes ". Ce classement, qui a pour effet d'interdire toute construction dans cette zone, s'inscrit en cohérence avec les orientations du PADD du plan local d'urbanisme lesquelles entendent préserver le paysage ligérien caractéristique des coteaux de la Loire et conserver la trame verte et bleue et ses grands bois la composant, en particulier les boisements du coteau de la Loire. Il ressort également du rapport de présentation que ce classement est justifié par la nécessité d'éviter les risques de mouvements de terrain résultant de la proximité des constructions avec la Loire. Par suite, compte tenu de ses caractéristiques, de la vocation naturelle de la zone et du parti d'aménagement retenu par les auteurs du PLU, la commune n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en classant cette parcelle en zone naturelle. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'incohérence de ce classement avec le projet d'aménagement et de développement durable doivent donc être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire.

Sur les frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de Tours Métropole Val de Loire, la somme demandée par le requérant au titre des frais non-compris dans les dépens.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par Tours Métropole Val de Loire au titre des frais non-compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions formulées par Tours Métropole Val de Loire sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à Tours Métropole Val de Loire.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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