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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2100476

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2100476

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2100476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLUCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 février 2021, M. A B, représenté par Me Luchez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours administratif préalable formé contre la délibération du 8 septembre 2020, par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest a refusé de lui délivrer l'autorisation préalable d'accéder à une formation professionnelle relative à l'exercice d'une activité de sécurité privée ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer une autorisation préalable en vue de suivre une formation de sécurité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dès lors qu'elle ne tient compte ni de la nature des faits reprochés, anciens, isolés et compatibles avec l'exercice d'une activité professionnelle comme agent de sécurité et non comme gérant de société, ni de l'évolution de sa situation personnelle et de son comportement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen invoqué par M. B n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernard ;

- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public ;

- et les observations de Me Luchez, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déposé le 26 février 2020 une demande d'autorisation préalable pour suivre une formation aux métiers de la sécurité auprès de la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest. Par délibération du 8 septembre 2020, cette dernière a refusé de délivrer l'autorisation sollicitée. Par délibération du 9 décembre 2020, la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par M. B contre cette délibération et a refusé de délivrer l'autorisation sollicitée. M. B demande l'annulation de cette dernière délibération.

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure alors en vigueur : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ". Selon l'article L. 612-22 du même code : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-20. ".

3. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

4. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer l'autorisation de formation sollicitée par M. B, la Commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS s'est fondée, d'une part, sur des faits remontant à 2010, consistant en l'embauche d'un agent sans établir de contrat de travail et sans régularisation de la situation auprès de l'inspection du travail. Ces faits avaient alors fait l'objet d'un rappel à la loi. D'autre part, la commission s'est également fondée sur des faits de travail clandestin et de faux en écriture, commis du 1er janvier 2012 au 23 mars 2013 et ayant donné lieu à une condamnation par le tribunal correctionnel de Brive-la-Gaillarde, le 11 juillet 2013, à trois mois d'emprisonnement avec sursis et une amende de 2 000 euros. Toutefois, si le CNAPS a considéré que ces faits portaient atteinte à la probité requise sur le fondement du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure précité, il ressort des pièces du dossier que le tribunal correctionnel de Brive-la-Gaillarde, par un jugement du 1er mars 2016, soit seulement trois ans après les faits les plus graves, a fait droit à la requête de M. B en vue de l'exclusion de la mention de la condamnation en cause au bulletin n°2 de son casier judiciaire. De plus, il s'est écoulé entre les derniers faits et la date de la décision attaquée une durée de plus de huit ans, au cours desquels M. B ne s'est pas vu reprocher de nouveaux agissements contraires à l'honneur et à la probité. Enfin, si les mises en cause mentionnées ci-dessus portent sur des faits dont la matérialité et la gravité sont reconnues par M. B, elles se rattachent toutefois à des fonctions exercées par un gérant de société de sécurité, qui sont celles qu'a exercées M. B de 2011 à 2016, et sont étrangères aux missions potentiellement confiées à un agent de sécurité, qui est l'activité pour laquelle l'autorisation d'entrer en formation a été sollicitée par l'intéressé. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le requérant est fondé à soutenir que les faits reprochés, eu égard à leur nature et à leur ancienneté, ne font pas obstacle à la délivrance de l'autorisation préalable de formation sollicitée, et que la décision attaquée est, par suite, entachée d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 9 décembre 2020 par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a rejeté le recours administratif préalable de M. B formé contre la délibération du 8 septembre 2020 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest a refusé de lui délivrer l'autorisation préalable d'accéder à une formation professionnelle relative à l'exercice d'une activité de sécurité privé doit être annulée.

6. Eu égard à ses motifs, la présente décision implique nécessairement que M. B se voit délivrer l'autorisation préalable permettant l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle d'agent de sécurité privée. Il y a lieu, par suite, de faire application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et d'enjoindre au CNAPS, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, de délivrer à M. B cette autorisation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 décembre 2020 de la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à

M. B une autorisation préalable permettant l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle d'agent de sécurité privée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit.

Article 3 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à M. B la somme

de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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