vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2100602 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP LE METAYER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 février 2021, 14 décembre 2021 et 5 mars 2024, M. B A, représenté par Me Menouvrier, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2020 lui faisant injonction de rétablir la circulation sur un sentier piétonnier de la commune de Cepoy ainsi que la décision du 18 décembre 2020 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Cepoy la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner la commune aux entiers dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté du 6 octobre 2020 et la décision de rejet du 18 décembre 2020 sont insuffisamment motivés ;
- le maire a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que les grillages ont été posés sur son sentier privé, qui ne constitue pas un chemin rural appartenant au domaine privé de la commune.
Par des mémoires enregistrés le 23 juillet 2021 et le 10 février 2023, la commune de Cepoy, représentée par Me Cousseau, avocate, conclut dans le dernier état de ses écritures au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que :
- les décisions attaquées sont motivées en droit et en fait ;
- le chemin rural du C appartient au domaine privé de la commune ; en vertu de ses pouvoirs de police, le maire pouvait enjoindre au requérant de retirer tout obstacle à l'accès au sentier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dicko-Dogan,
- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lucas, représentant M. A, et de Me Cousseau, représentant la commune de Cepoy.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que le 2 mai 2018, M. B A, propriétaire des parcelles cadastrées section AC n° 125 et n° 329 à Cepoy, a installé deux grilles fermées par un cadenas le long de sa parcelle cadastrée section AC n° 125 en limite, selon lui, de sa propriété. Considérant que ces grilles étaient implantées sur le chemin rural n° 34 dit " C ", le maire de la commune de Cepoy a ordonné à M. A, par arrêté du 6 octobre 2020, de retirer les obstacles à la circulation sur ledit sentier. Le 23 octobre 2020, M. A a introduit un recours gracieux auprès du maire qui a expressément rejeté ce recours par un courrier du 18 décembre 2020. M. A demande, ensemble, l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2020 et de la décision de rejet du 18 décembre 2020.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. D'une part, en visant dans l'arrêté du 6 octobre 2020 les dispositions du code général des collectivités territoriales relatives aux pouvoirs de police du maire et en mentionnant que les obstacles érigés par M. A ont pour effet d'empêcher la libre circulation des usagers sur le chemin rural, le maire a précisé les considérations de droit et de fait constituant le fondement de son arrêté. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.
4. D'autre part, en mentionnant les dispositions du code rural et de la pêche maritime et en précisant que M. A n'apporte aucun élément pour renverser la présomption d'appartenance du chemin litigieux au domaine privé de la commune, la décision de rejet du recours gracieux en date du 18 décembre 2020 est suffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, M. A soutient que le maire de Cepoy ne pouvait légalement lui enjoindre de retirer les grilles et cadenas faisant obstacle à la circulation publique sur la portion de chemin bordant la parcelle AC n° 125 dont il est propriétaire, dès lors que l'assiette du chemin fait partie intégrante de cette parcelle.
6. D'une, part, en vertu de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime, les chemins ruraux sont des " chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune ". Aux termes de l'article L. 161-2 du même code : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale () ". Aux termes de l'article L. 161-3 dudit code : " Tout chemin affecté à l'usage du public est présumé, jusqu'à preuve du contraire, appartenir à la commune sur le territoire de laquelle il est situé ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 161-4 du code rural et de la pêche maritime : " Les contestations qui peuvent être élevées par toute partie intéressée sur la propriété ou sur la possession totale ou partielle des chemins ruraux sont jugées par les tribunaux de l'ordre judiciaire ". L'article R. 771-2 du code de justice administrative dispose que : " Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse et relevant de la compétence de la juridiction judiciaire, la juridiction administrative initialement saisie la transmet à la juridiction judiciaire compétente. Elle sursoit à statuer jusqu'à la décision sur la question préjudicielle ". Il résulte de ces dispositions que les contestations qui peuvent être élevées par toute personne intéressée sur la propriété ou sur la possession totale ou partielle des chemins ruraux sont jugées par les tribunaux de l'ordre judiciaire, sauf si le juge administratif estime que la contestation sur la propriété du bien litigieux ne soulève aucune difficulté sérieuse.
8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la carte Lattré du canal de Loing, du plan parcellaire et cadastral de la commune de Cepoy de 1824 et du plan napoléonien figurant au dossier que le chemin actuellement dénommé C, chemin rural n° 34 était, en 1829, dénommé " sentier de pied du bourg de Cepoy à Montigny et autres lieux " et que son tracé initial était rectiligne ayant son emprise sur le rebord du talus du plateau du Loing, permettant un accès, à pied, du bas vers le haut du bourg et débouchant sur la rue de l'Eglise. Il ressort également des pièces du dossier que le tracé du chemin a été ultérieurement modifié, un passage étant aménagé entre les constructions situées sur les parcelles AC nos 125 et 328, le chemin débouchant alors dans la rue des Epinettes. Il ressort également des pièces du dossier, en particulier des témoignages d'habitants et d'employés de la commune, des photographies et des écritures du requérant, que le chemin en litige, sur la portion en litige, était utilisé par le public, notamment des cyclistes et randonneurs, avant que M. A ne fasse obstacle à l'accès par la pose de grilles. En outre, le C était mentionné dans une notice de promenades éditée par le comité départemental du tourisme du Loiret et est également proposé dans le cadre de parcours de randonnées. Dans ces conditions, la portion de chemin en litige, qui est affectée à l'usage du public, est présumée, au regard des dispositions de l'article L. 161-3 du code rural et de la pêche maritime, appartenir à la commune de Cepoy.
9. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la portion du chemin litigieux a, par le passé, été répertoriée comme une propriété de la commune. Pour sa part, M. A produit un relevé de propriété concernant les parcelles AC n° 125 et AC n° 329, des actes notariés relatifs à son droit de succession en date du 21 décembre 1946, du 8 février 1992 et du 25 novembre 2005 dont il ressort qu'il a hérité de la propriété des parcelles sur lesquelles, selon lui, le chemin en litige est implanté ainsi qu'une transcription aux hypothèques en date du 21 mars 1946. Aucun de ces documents ne mentionne le chemin des Moines ou chemin rural n° 34 ni ne précise si le terrain d'assiette des parcelles de M. A inclut l'emprise du chemin litigieux. Est en revanche évoquée l'existence d'un passage commun pour l'accès à un puit commun dont l'usage semble avoir disparu. En particulier, la transcription aux hypothèques en date du 21 mars 1946, antérieure au plan cadastral de 1958 qui matérialise le tracé du chemin rural dans son tracé actuel, mentionne ce passage commun. Le requérant produit également un jugement du tribunal judiciaire de Montargis en date du 8 février 2012, rendu dans le litige l'opposant à la SCI Les Iris, par lequel il lui a été attribué la propriété de la parcelle AC n° 329 et faisant référence à un droit de passage à pied qui a été accordé au titulaire de l'immeuble cadastré section AC n° 328. Ce jugement, concernant certes un tiers et M. A, ne fait pas plus mention du chemin des Moines ou chemin rural n° 34. En outre, il est constant qu'une procédure de bornage a été engagée entre la commune et M. A et n'a pas abouti, comme en atteste le procès-verbal de carence de bornage à l'amiable en date du 22 mai 2018. Enfin, le requérant produit un courrier de l'agence de développement et de réservation touristique du département du Loiret affirmant que le circuit du C n'est plus valorisé par le service et un courrier d'un élu municipal mentionnant " avoir demandé l'accord de M. A pour la pose d'un panneau indicateur afin que des promeneurs cepoyens puissent accéder au chemin des Moines en passant par sa propriété ". Dans ces conditions, il existe une contestation sérieuse sur la propriété de ce chemin. Cette difficulté sérieuse, dont dépend la solution du litige soumis au tribunal administratif, est de nature à justifier que soit posée une question préjudicielle au juge judiciaire.
10. Il y a dès lors lieu pour le tribunal administratif de surseoir à statuer sur la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2020 et de la décision de rejet du 18 décembre 2020 jusqu'à ce que la juridiction compétente se soit prononcée sur cette question préjudicielle.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. A dirigée contre l'arrêté du 6 octobre 2020 jusqu'à ce que le tribunal judiciaire de Montargis se soit prononcé sur la question de savoir si l'emprise du chemin longeant les parcelles cadastrées section AC no 125 et AC no 329 se rattache à celles-ci, étant la propriété de M. A, ou relève de la propriété de la commune de Cepoy.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Cepoy et au président du Tribunal judiciaire de Montargis.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
La rapporteure,
Fatoumata DICKO-DOGAN
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026