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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2100608

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2100608

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2100608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI MOLINA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2021, M. D B, représenté Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2020, par lequel le président de la communauté d'agglomération Chartres Métropole a prononcé son exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Chartres Métropole de le réintégrer dans les effectifs de la collectivité dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte d'un montant de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Chartres Métropole le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure disciplinaire engagée est irrégulière dès lors qu'il n'est pas démontré que les représentants du personnel ayant siégé au sein du conseil de discipline relevaient du même groupe hiérarchique que le sien conformément aux dispositions des articles 1er du décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 et 90 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la preuve de l'existence d'une faute disciplinaire incombe à l'administration ; l'absence d'élément moral entraîne l'illégalité de la sanction disciplinaire ; en l'espèce, les faits de récupération de palettes qui lui sont reprochés ne procèdent aucunement d'une intention de commettre un vol ;

- la sanction infligée est disproportionnée au regard des faits commis, étant relevé qu'il n'a jamais fait l'objet d'avertissement ou de rapport en ce qui concerne les faits litigieux, ni de sanction disciplinaire depuis son recrutement en 2000.

Par un mémoire enregistré le 7 septembre 2021, la communauté d'agglomération Chartres Métropole, représentée par Me Vielh, conclut au rejet de la requête et ce à ce qu'il soit mis à la charge de M. B le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le décret n° 95-1018 du 14 septembre 1995 ;

- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de M. B et de Me Degirmenci, représentant la communauté d'agglomération de Chartres Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, adjoint technique territorial principal de première classe, a été recruté par la communauté d'agglomération Chartres Métropole par voie de mutation afin d'y exercer, à compter du 1er juin 2007, les fonctions de chauffeur-ripeur au sein du service de collecte des ordures ménagères. Par courrier du 14 octobre 2019, il a été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre en vue de prononcer une sanction du quatrième groupe. Après avoir consulté le conseil de discipline, lequel a estimé dans son avis du 13 novembre 2019 qu'il convenait de sanctionner les faits reprochés par une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans, le président de la communauté d'agglomération Chartres Métropole a, par un arrêté en date du 5 décembre 2019, infligé à M. B la sanction de révocation. Cet arrêté a été annulé par un jugement n° 2000470 rendu par le tribunal administratif d'Orléans le 1er décembre 2020. Par un nouvel arrêté du 28 décembre 2020, le président de la communauté d'agglomération Chartres Métropole a infligé à M. B une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans à raison des mêmes faits. M. B demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 90 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le conseil de discipline ne comprend en aucun cas des fonctionnaires d'un grade inférieur à celui du fonctionnaire déféré devant lui. Il comprend au moins un fonctionnaire du grade de ce dernier ou d'un grade équivalent. Les grades et emplois de la même catégorie classés par décret dans un même groupe hiérarchique sont équivalents au sens de la présente loi () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 14 septembre 1995 susvisé : " Constituent le groupe hiérarchique 2, dénommé groupe hiérarchique supérieur de la catégorie C : / 1° Les fonctionnaires de catégorie C titulaires d'un grade ou d'un emploi relevant des échelles de rémunération C2 et C3 () ". Le requérant est, en sa qualité d'adjoint technique territorial principal de première classe, un fonctionnaire de catégorie C titulaire d'un grade relevant de l'échelle de rémunération C3, ainsi que le prévoit l'article 2 du décret du 22 décembre 2006 susvisé.

3. Il ressort des pièces du dossier qu'ont siégé au sein du conseil de discipline

d'Eure-et-Loir réuni le 13 novembre 2019, quatre représentants du personnel, qui font partie du groupe hiérarchique 2 de la commission administrative paritaire commune notamment à la communauté d'agglomération Chartres Métropole. Il s'ensuit que le moyen tenant à l'irrégulière composition du conseil de discipline doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 précitée alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / la radiation du tableau d'avancement ; / l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : / la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à un échelon correspondant à un indice égal ou immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : / la mise à la retraite d'office ; / la révocation () ".

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

6. Il résulte de l'arrêté attaqué que pour prononcer la sanction contestée, le président de la communauté d'agglomération de Chartres Métropole a retenu que M. B s'est rendu coupable de nombreux manquements dans le but de commettre un vol, contrevenant ainsi aux obligations déontologiques posées par le statut, ainsi qu'aux règles posées pour l'organisation du service.

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport disciplinaire établi

le 14 octobre 2019 par le président de la communauté d'agglomération de Chartres Métropole que le 20 septembre 2019, M. B, avec l'aide des deux agents formant l'équipage et d'un membre du service affecté dans le bureau d'exploitation, a procédé à la récupération de quatorze palettes de bois consignées qui étaient entreposées dans le local à poubelles du cinéma

" Les enfants du C ", situé en dehors de leur tournée et que ces palettes ont ensuite été déposées dans la voiture personnelle du requérant.

8. M. B ne conteste pas les faits mais soutient que c'est le chauffeur référent qui lui aurait demandé de procéder à ce retrait. Cependant, alors que le cinéma en cause ne faisait pas partie de la tournée sur laquelle était affecté le requérant au jour du 20 septembre 2019, M. B n'établit aucunement avoir obtenu l'aval du chauffeur référent pour procéder au retrait de ces palettes, ni davantage avoir reçu l'autorisation de les conserver à titre personnel.

Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que le gérant du cinéma avait pris soin de préciser, par l'apposition d'une affichette dans le local, que les palettes entreposées ne devaient pas être enlevées par le service de collecte des ordures ménagères. Il s'ensuit que le requérant a bien procédé, sans y avoir été invité ou autorisé par sa hiérarchie et alors que des consignes contraires étaient affichées sur le lieu de stockage situé en dehors de sa tournée, à la récupération de palettes en bois pour son compte personnel. A ce titre, si le requérant soutient que la récupération de palettes par les agents en vue de leur revente était habituelle au sein du service, à la supposer même établie, une telle pratique ne saurait en aucune façon justifier l'utilisation par un agent communal à des fins personnelles et sans autorisation de matériels appartenant à des tiers.

Ces faits, qui révèlent l'existence d'une pluralité de manquements de l'agent non seulement à ses obligations de servir et d'obéissance hiérarchique, lesquelles exigent que l'agent consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées, mais aussi à celles de probité, d'intégrité et d'exemplarité, constituent des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire.

9. S'il n'est pas contesté, ainsi que le soutient M. B, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une quelconque procédure disciplinaire et que le préjudice qui en est résulté demeure modéré dès lors que les palettes ont été restituées et que leur valeur marchande n'excède pas dix euros l'unité, les fautes, à l'origine de la sanction infligée, susceptibles de constituer le délit de vol visé par l'article L. 311-1 du code pénal, commises au temps d'exécution de sa mission, au surplus en méconnaissance des termes d'une interdiction clairement affichée, et portant atteinte à l'image du service, revêtent un caractère de gravité certain, au regard duquel la décision attaquée en ce qu'elle inflige à l'intéressé une sanction d'exclusion de fonctions pour une durée de deux ans n'est pas entachée de disproportion.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté

du 28 décembre 2020 présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Chartres Métropole, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la communauté d'agglomération Chartres Métropole.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Chartres Métropole au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la communauté d'agglomération Chartres Métropole.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

M. Joos, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Lucie BARRUET

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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