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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2100694

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2100694

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2100694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantVEAUVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2021, Mme C A, représentée par Me Cebron de Lisle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC3717120A005 du 10 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Noizay a refusé de lui délivrer un permis de construire ;

2°) d'enjoindre au maire de lui délivrer le permis de construire dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Noizay la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la parcelle ZD n° 35 comporte déjà sa maison d'habitation ; son projet de création d'un chenil est situé en zone A du PLUi de la communauté de communes du Val d'Amboise et en zone A3 du PPRNPI du Val de Cisse ;

- le maire s'est estimé lié par les recommandations du préfet d'Indre-et-Loire du 26 octobre 2017 ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne permet pas de connaître l'appréciation portée sur le projet au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; le projet ne comporte aucun local d'habitation et n'a pour vocation qu'une activité agricole d'élevage ; ces bâtiments ont une vocation professionnelle ; il n'est pas démontré que ce projet porterait atteinte à la sécurité publique, alors même qu'il n'a pas pour objet de concourir à l'exploitation des terres ; l'élevage canin nécessite un entretien du terrain ; l'arrêté est silencieux sur la réalité du risque d'inondation dont il est fait état et de sa gravité ; l'arrêté aurait pu être assorti de prescriptions, comme le prévoit l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 10 mai 2021, la commune de Noizay, représentée par Me Benoît, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le maire a tenu compte du porter-à-connaissance du préfet pour estimer le risque ;

- l'arrêté est suffisamment motivé ;

- le projet est situé en zone A3 du PPRi et le principe dans cette zone est de la préserver de toute urbanisation nouvelle ; le PPRi a été actualisé et sa révision a été engagée par arrêté préfectoral du 19 novembre 2018 ; un porter-à-connaissance a été notifié aux élus le 26 octobre 2018 ; le projet se situe en zone de dissipation de l'énergie après rupture de digue en aléa très fort avec hauteur de submersion de plus de 2,50 mètres, les parcelles étant implantées à 230 mètres de la digue, dont le risque de rupture n'est pas négligeable (étude des dangers des digues) ;

- le projet est une ICPE, estimée dangereuse pour la sécurité publique en zone de dissipation de l'énergie ; en cas d'inondation, il serait impossible à la requérante, sans salarié, de mettre en sécurité 30 chiens de plus de quatre mois ; l'habitation de la requérante se situe également en parcelle ZD n°35 ; les bâtiments seront construits en panneaux sandwich ; aucune prescription n'est de nature à limiter le risque établi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Lombard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, gérante d'une activité agricole d'élevage canin et de pension " Le Clos de la Chantaloulette ", a déposé le 28 juillet 2020 auprès des services de la commune de Noizay (37210) une demande de permis de construire deux bâtiments à usage de chenil de 96,50 m² chacun, un local technique de 28 m² et un local d'infirmerie de 8 m² sur les parcelles cadastrées section ZD n° 34, 35 et 36, classées en zone A du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes du Val d'Amboise. Par l'arrêté litigieux du 10 novembre 2020, le maire de la commune de Noizay a refusé la délivrance du permis de construire au motif que du fait de ses caractéristiques et de sa situation, le projet est nature à porter atteinte à la sécurité publique. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. () ". Selon l'article L. 424-3 du même code dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée./ Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6./ Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ". L'article L. 424-4 précise que : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article L. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours. ". Ces dispositions visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaitre tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable.

3. En l'espèce, la décision attaquée précise que le terrain d'assiette du projet de construction est situé en zone A du plan local d'urbanisme intercommunal, en zone A3 du plan de prévention des risques naturels d'inondation (PPRI) du Val de Cisse et dans une zone de danger aggravée en cas de rupture de la digue (zone de dissipation de l'énergie) et que, compte tenu de la masse d'eau déversée brutalement, existe un risque d'effondrement total ou partiel des bâtiments et de mort d'homme s'il est emporté. L'arrêté mentionne que le projet, bien que relevant d'une activité agricole occupant des terres inondables, ne concourt pas à l'exploitation ou à l'entretien de terres inondables, que les bâtiments n'ont pas vocation à abriter du matériel agricole, et que ce projet est de nature à porter atteinte à la sécurité publique et méconnaît ainsi les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Cet arrêté est suffisamment motivé en droit comme en fait.

Sur la légalité interne :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

5. En vertu de l'article L. 562-1 du code de l'environnement, l'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles, en particulier pour les inondations, qui ont notamment pour objet de délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de leur nature et de leur intensité, d'y interdire les constructions ou la réalisation d'aménagements ou d'ouvrages ou de prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités. L'article L. 562-4 du même code précise que " le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan d'occupation des sols, conformément à l'article L. 126-1 du code de l'urbanisme () ".

6. Les prescriptions d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés aux risques en cause et valant servitude d'utilité publique, s'imposent directement aux autorisations de construire, sans que l'autorité administrative soit tenue de reprendre ces prescriptions dans le cadre de la délivrance du permis de construire. Il incombe à l'autorité compétente pour délivrer une autorisation d'urbanisme de vérifier que le projet respecte les prescriptions édictées par le plan de prévention et, le cas échéant, de préciser dans l'autorisation les conditions de leur application. Si les particularités de la situation l'exigent et sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, il peut subordonner la délivrance du permis de construire sollicité à des prescriptions spéciales, s'ajoutant aux prescriptions édictées par le plan de prévention dans cette zone, si elles lui apparaissent nécessaires pour assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ce n'est que dans le cas où l'autorité compétente estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation d'espèce qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation de construire est sollicitée, y compris d'éléments déjà connus lors de l'élaboration du plan de prévention des risques naturels, qu'il n'est pas légalement possible d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions permettant d'assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, qu'elle peut refuser, pour ce motif, de délivrer le permis.

7. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Noizay s'est fondé sur la circonstance que le projet de Mme A ayant fait l'objet d'une déclaration ICPE était situé en zone A3 du PPRI du Val de Cisse du 29 janvier 2001 correspondant à la partie de la zone inondable non urbanisée en aléa fort, aléa représentant une hauteur d'eau de 2 mètres. Le porter-à-connaissance du préfet d'Indre-et-Loire du 26 octobre 2017 établi dans le cadre de la révision du PPRI considère un aléa fort à partir de 1 mètre d'eau et préconise de faire application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en interdisant en zone de dissipation de l'énergie derrière les digues les constructions nouvelles à usage d'activités présentant un risque significatif de générer d'importantes pollutions ou un danger pour la population pendant une inondation et en particulier les ICPE et les constructions agricoles si elles n'ont pas un lien direct avec l'exploitation et l'entretien des terres agricoles.

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet de Mme A se situe en zone de dissipation de l'énergie (ZDE) après rupture de digue, à 230 mètres de la digue de la Cisse et en aléa très fort avec une hauteur de submersion de plus de 2,50 mètres. La commune de Noizay se prévaut d'une étude du danger des digues, dont les éléments et conclusions ne sont pas contestés, qui précise que les levées du val de Cisse sont des ouvrages anciens non résistants à la surverse et que le terrain d'assiette du projet est sis dans une zone de fragilité où une possibilité de rupture de la digue n'est plus considérée comme négligeable pour une crue avec une période de retour 20 ans. Le dossier du projet présenté par la requérante mentionne que les murs des bâtiments, situés en ZDE, seront construits en panneaux " sandwich ", avec une faible résistance. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante, qui n'emploie aucun salarié, sera en mesure d'évacuer seule la trentaine de chiens présents en cas d'inondation. Aussi la décision de refus n'est-elle pas entachée d'erreur d'appréciation au regard de la réalité et de l'intensité du risque existant.

9. En deuxième lieu, Mme A soutient que le projet qui ne comporte aucun local d'habitation, mais seulement destiné à un usage professionnel, aurait pu faire l'objet d'un permis assorti de prescriptions.

10. En vertu des dispositions de l'article R. 111-2 cité au point 6, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, au regard de l'intensité du risque d'inondation encouru, le permis de construire sollicité par la requérante aurait pu être assorti de prescriptions permettant d'assurer le respect de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, alors même que Mme A soutient que sa maison d'habitation est sise sur la parcelle ZD n° 35.

12. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et au regard de ce qui été dit aux points ci-dessus, le refus opposé à Mme A étant motivé par la situation des parcelles d'assiette du projet en ZDE et le risque d'inondation, que le maire se serait cru lié par le porter-à-connaissance du préfet d'Indre-et-Loire du 26 octobre 2017 actualisant comme il a été dit les risques d'inondations mentionnés dans le PPRI dans le cadre de la révision de ce dernier. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation et d'injonction de la requête de Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Noizay, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par ladite commune au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Noizay au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Noizay.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Samuel Deliancourt, président,

M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,

Mme Aurore Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

Jean-Luc B

Le président,

Samuel DELIANCOURT

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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