mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2100728 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP REFERENS LALOUM ARNOULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 février 2021 et le 30 septembre 2021, M. A E, représenté par Me Arnoult, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du préfet de Loir-et-Cher du 16 septembre 2020 prononçant la déchéance de ses droits à la dotation à l'installation de jeune agriculteur ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a obtenu l'aide par un arrêté du 16 décembre 2010 ;
- la directrice départementale des territoires ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;
- à titre liminaire, il est observé que la condition liée au revenu professionnel global moyen a disparu de la rédaction de l'article D. 343-18-2 du code rural et de la pêche maritime résultant de l'entrée en vigueur du décret n° 2016-1141 du 22 août 2016 ; les hypothèses de déchéance totale sont limitativement énumérées à l'article D 343-18-1 du code ;
- le préfet de Loir-et-Cher a commis une erreur de droit en s'estimant en situation de compétence liée ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation pour ne pas avoir pris en compte les circonstances d'élaboration du plan de développement de l'exploitation par un conseiller de la chambre d'agriculture dans le cadre du " passeport installation " et du contrat signé le 28 octobre 2010 ; il s'agit d'une mission de service public ; les chiffres transmis avec la demande d'aide à l'installation sont ceux figurant dans le dossier " chiffrer mon projet " (RPG de 30 652 euros) ; dans ce projet, les revenus des fermages ou de mise à disposition du foncier n'ont pas été intégrés par le conseiller ; il en est de même de la rémunération des exploitants, pourtant évaluée à 30 000 euros par exercice dans le fascicule " chiffrer mon projet " ; l'anomalie relevée en fin de contrôle constitue dès lors un cas de force majeure auquel M. E est étranger et dont il n'a pas été informé ;
- la chambre d'agriculture a également méconnu sa mission de service public d'information et d'alerte.
Le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a produit un mémoire enregistré le 10 mai 2021.
Il informe le tribunal que le préfet est compétent pour défendre dans la présente instance.
Par un mémoire enregistré le 21 juillet 2021, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'arrêté portant délégation de signature est produit ;
- le requérant ne peut se prévaloir de l'application d'une nouvelle réglementation ;
- il a demandé au requérant de transmettre tout document de nature à établir que l'anomalie relevée était la conséquence d'une situation exceptionnelle ou conjoncturelle et ne peut être ainsi regardé comme s'étant cru en situation de compétence liée ;
- la mission de conseil confiée aux chambres d'agriculture est une prestation concurrentielle d'ordre privé ; la demande d'aide est établie sous l'entière responsabilité du demandeur ; l'excédent brut d'exploitation (EBE) résultant du tableau des soldes intermédiaires de gestion diffère de celui pris en compte pour déterminer la simulation du revenu disponible par associé exploitant, qui intègre la rémunération du travail des associés ; la circonstance que le requérant a choisi de ne pas intégrer les revenus fonciers et les revenus des associés exploitants ne constitue pas un cas de force majeure.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 1305/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;
- l'arrêté du 13 janvier 2009 relatif au contenu du plan de développement de l'exploitation à réaliser pour bénéficier des aides à l'installation ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les conclusions de M. Lombard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. E a bénéficié d'une dotation d'installation aux jeunes agriculteurs d'un montant global de 8.000 euros qui lui a été accordée par un arrêté du 16 décembre 2010 du préfet de Loir-et-Cher. A la suite d'un contrôle administratif, le préfet a, par l'arrêté contesté du 16 septembre 2020, prononcé la déchéance des droits de l'intéressé au titre de la dotation jeune agriculteur (DJA) au motif que le revenu professionnel global moyen de M. E sur les cinq années du plan de développement de l'exploitation (PDE) était supérieur au revenu de référence fixé à trois fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC).
2. En premier lieu, le préfet de Loir-et-Cher a produit la délégation de signature du 31 août 2020 publiée au recueil des actes administratifs du même jour attribuant à Mme C B, directrice départementale des territoires de Loir-et-Cher par intérim, la compétence pour signer les actes en matière d'aide à l'installation des jeunes agriculteurs. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit dès lors être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article D. 343-3 du code rural et de la pêche maritime, dans sa rédaction alors en vigueur : " En vue de faciliter leur première installation, il peut être accordé aux jeunes agriculteurs qui satisfont aux conditions fixées par la présente section les aides suivantes : / 1° Une dotation d'installation en capital ; / 2° Des prêts à moyen terme spéciaux. ". Aux termes de l'article D. 343-12 du code précité : " Ne peut bénéficier de la dotation d'installation un agriculteur présentant un projet faisant ressortir, au terme d'un délai de cinq ans, un revenu professionnel global supérieur à un montant fixé par l'arrêté prévu à l'article D. 343-7. ". Selon le dernier alinéa de l'article D. 343-18-2 dudit code : " Lorsqu'il est constaté au terme de la cinquième année suivant son installation que la moyenne du revenu professionnel global du bénéficiaire des aides est supérieure à un montant fixé par l'arrêté prévu à l'article D. 343-7, le préfet peut demander le remboursement de la dotation d'installation. Avant toute demande de remboursement, le préfet met en demeure l'intéressé de produire sous le délai d'un mois les justificatifs de sa situation. ". Il ressort des termes de l'article D. 343-18-2 que le préfet peut prendre une décision de remboursement de la dotation d'installation lorsqu'il constate au terme de la cinquième année suivant son installation que la moyenne du revenu professionnel global du bénéficiaire des aides est supérieure à un montant fixé par l'arrêté prévu à l'article D. 343-7 du même code, mais qu'il n'est pas tenu de le faire.
4. D'autre part, l'article 5 de l'arrêté du 13 janvier 2009 susvisé précise que " pour l'application du dernier alinéa de l'article D. 343-18-2 du code rural, le préfet vérifie que la moyenne du revenu professionnel global annuel du bénéficiaire des aides à l'installation, appréciée sur les cinq années du plan, n'est pas supérieure à trois fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance, net de prélèvements sociaux ". Si cet arrêté est " relatif au contenu du plan de développement de l'exploitation à réaliser ", il n'excède pas l'habilitation que lui confèrent les dispositions précitées de l'article D. 343-18-2 du code rural et de la pêche maritime, qui précisent que le contrôle doit avoir lieu au terme de la cinquième année suivant l'installation. Il résulte des dispositions de l'article 5 de ce même arrêté que la vérification de la condition de revenus prévue par ces dispositions doit intervenir avant l'échéance de la sixième année d'installation.
5. M. E a obtenu la dotation jeune agriculteur par arrêté préfectoral du 16 décembre 2010. Pour apprécier si le requérant avait respecté les engagements auxquels était subordonné le bénéfice de l'aide, le préfet de Loir-et-Cher a pu, à bon droit, se fonder sur les dispositions du code rural et de la pêche maritime citées au point 3 dans leur rédaction antérieure à l'intervention du décret du 22 août 2016. Le requérant n'est pas fondé à invoquer l'inégalité de traitement avec les bénéficiaires des aides délivrées sous l'empire de la nouvelle rédaction de ces dispositions dès lors qu'il ne se trouvait ainsi pas dans une situation identique.
6. En troisième lieu, il ressort des arrêts du 21 septembre 1983 Deutsche Milchkontor et autres (C-205/82 à C-215/82) et du 12 mai 1998 Steff-Houlberg Export et autres (C-366/95) de la Cour de justice des Communautés européennes que les modalités de récupération d'une aide déjà reçue sont soumises aux règles du droit national, sous réserve que l'application de ces règles se fasse de façon non discriminatoire au regard des procédures visant à trancher des litiges nationaux du même type et qu'elle ne porte pas atteinte à l'application et à l'efficacité du droit de l'Union ou n'ait pas pour effet de rendre pratiquement impossible ou excessivement difficile la récupération des sommes octroyées. Ainsi, le droit de l'Union ne s'oppose pas à ce que l'autorité administrative exerce dans ce domaine son pouvoir d'appréciation et même, le cas échéant, exclue la répétition d'une aide indûment versée en prenant en compte des critères tels que la protection de la confiance légitime, la disparition de l'enrichissement sans cause, l'écoulement d'un délai ou un comportement de l'administration elle-même.
7. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 12 décembre 2019, le préfet de Loir-et-Cher a informé le requérant de l'anomalie relevée lors du contrôle tenant au montant du revenu professionnel global moyen de l'exploitation et l'a invité à faire connaître tout élément de nature à éclaircir la situation de l'exploitation au cours des cinq années du plan de développement de l'entreprise. Par un courrier du 10 mars 2020, le préfet a informé M. E du rejet des explications apportées dans un courrier du 6 février 2020. Il est ainsi établi que le préfet de Loir-et-Cher a recherché l'existence d'une circonstance exceptionnelle justifiant le non-respect des engagements pris par le requérant et ne s'est donc pas mépris sur l'étendue de son pouvoir d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
8. En quatrième lieu, M. E, qui est responsable de l'établissement de la demande d'aide, ne peut utilement se prévaloir de l'erreur commise par la chambre d'agriculture dans sa mission de conseil et d'information pour soutenir que la détermination inexacte du revenu global moyen figurant dans le plan de développement de l'entreprise constitue un cas de force majeure et que la décision prononçant la déchéance de ses droits serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Au demeurant, le constat du dépassement de la somme de 3 SMIC est la conséquence de l'exploitation de l'entreprise au cours des cinq dernières années, et non de la prévision figurant dans le plan remis à l'occasion de la demande d'aide.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Samuel Deliancourt, président,
M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,
Mme Aurore Bardet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le rapporteur,
Jean-Luc D
Le président,
Samuel DELIANCOURT
La greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026