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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2100837

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2100837

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2100837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELAS LLC & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a examiné la requête de Mme B contestant son ajournement à l'examen pratique d'aptitude à l'exercice de l'ostéopathie animale, notifié par le Conseil national de l'ordre des vétérinaires (CNOV). Le tribunal a jugé irrecevables les conclusions dirigées contre la notification du 30 septembre 2020, celle-ci n'étant pas un acte décisoire. Il a requalifié les conclusions contre la décision de rejet du recours gracieux du 14 janvier 2021 comme étant dirigées contre la décision initiale du jury du 23 septembre 2020. La solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais le tribunal s'est fondé sur le code rural et de la pêche maritime et l'arrêté du 19 avril 2017.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 mars 2021, le 6 juillet 2022 et 19 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Seno, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2020 par laquelle le président du Conseil national de l'ordre des vétérinaires (CNOV) lui a notifié son ajournement à l'examen pratique d'aptitude à l'exercice de l'ostéopathie animale du 23 septembre 2020, ensemble la décision du 14 janvier 2021 par laquelle le président du CNOV a confirmé cette première décision ;

2°) d'enjoindre au CNOV de valider l'épreuve d'aptitude à l'exercice de l'ostéopathie animale et de procéder à son inscription sur le registre national d'aptitude à la profession d'ostéopathe animalier, ou à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CNOV une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les décisions attaquées, ainsi que la délibération du jury, sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées de vices de procédure tenant d'une part, à la composition irrégulière du jury, d'autre part, au déroulement de l'examen dès lors que certaines règles fixées par l'article IV. 3 du règlement des épreuves n'ont pas été respectées, et enfin, à la composition et au fonctionnement de la commission de recours amiable ;

- elles sont dépourvues de base légale dès lors que le règlement des épreuves d'aptitude établi par le CNOV n'a pas fait l'objet des mesures de publicité adéquates, d'une délibération du CNOV et d'une consultation préalable d'un comité de pilotage.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 avril 2022, le 18 août 2022, le 28 octobre 2022, le 14 novembre 2022, le 2 décembre 2022, le 7 décembre 2022, le 19 décembre 2022 et le 10 février 2023, le Conseil national de l'ordre des vétérinaires (CNOV), représenté par le cabinet Rousseau et Tapie, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 septembre 2020 sont irrecevables, dès lors que cette décision ne fait pas grief ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du 19 avril 2017 précisant les conditions selon lesquelles les personnes mentionnées à l'article D. 243-7 du code rural et de la pêche maritime sont réputées détenir les connaissances et savoir-faire nécessaires à la maîtrise des compétences exigées pour la réalisation d'actes d'ostéopathie animale modifié par l'arrêté du 10 juin 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernard,

- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B s'est présentée à l'examen pratique d'aptitude à l'exercice de l'ostéopathie animale du 23 septembre 2020. Par courrier du 30 septembre 2020, le président du Conseil national de l'ordre des vétérinaires (CNOV) l'a informée de son ajournement. Le 26 novembre 2020, Mme B a formé un recours amiable à l'encontre de cette décision. Par une décision du 14 janvier 2021, le président du CNOV a rejeté sa demande. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, le courrier du 30 septembre 2020 par lequel le président du CNOV a informé Mme B de son ajournement à l'examen pratique d'aptitude à l'exercice de l'ostéopathie animale du 23 septembre 2020, qui a seulement pour objet de lui notifier la décision prise par le jury en application de l'article IV-4 du règlement des épreuves d'aptitude relatives aux compétences exigées des personnes réalisant des actes d'ostéopathie animale au visa du 12° de l'article L. 243-3 du code rural et de la pêche maritime, ne constitue pas un acte à caractère décisoire. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision sont irrecevables et il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense.

3. En second lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé à courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

4. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que les conclusions de la requête de Mme B dirigées contre la décision du 14 janvier 2021 du président du CNOV rejetant son recours gracieux doivent être regardées comme dirigées contre la décision initiale du 23 septembre 2020 portant délibération du jury de l'examen pratique d'aptitude à l'exercice de l'ostéopathie animale et d'autre part, que Mme B ne peut utilement se prévaloir de l'insuffisance de motivation de la décision du 14 janvier 2021 ni de ce que cette décision aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière tenant aux irrégularités entachant la composition et le fonctionnement de la commission de recours amiable prévue à l'article VI du règlement des épreuves.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 243-3 du code rural et de la pêche maritime : " Outre les soins de première urgence autres que ceux nécessités par les maladies contagieuses, qui peuvent être réalisés par toute personne, des actes de médecine ou de chirurgie des animaux peuvent être réalisés par : () 12° Dès lors qu'elles justifient de compétences définies par décret et évaluées par le conseil national de l'ordre, les personnes réalisant des actes d'ostéopathie animale, inscrites sur une liste tenue par l'ordre des vétérinaires et s'engageant, sous le contrôle de celui-ci, à respecter des règles de déontologie définies par décret en Conseil d'Etat () ".

6. L'article D. 243-7 de ce code prévoit que : " I. - Sont réputées détenir les compétences prévues au 12° de l'article L. 243-3 les personnes ayant réussi une épreuve d'aptitude composée d'une épreuve d'admissibilité et d'une épreuve pratique accessible après cinq années d'études supérieures () Les connaissances et savoir-faire nécessaires à la maîtrise de ces compétences ainsi que les modalités d'organisation de l'épreuve et la composition du jury sont précisées par arrêté du ministre chargé de l'agriculture () ". L'arrêté du 19 avril 2017, qui fixe les conditions dans lesquelles les personnes mentionnées à l'article D. 243-7 du code rural et de la pêche maritime sont réputées détenir les connaissances et savoir-faire nécessaires à la maîtrise des compétences exigées pour la réalisation d'actes d'ostéopathie animale précise en son article 2 que : " Le conseil national de l'ordre des vétérinaires reçoit et examine les demandes de candidature pour l'inscription à l'épreuve d'aptitude mentionnée au I de l'article D. 243-7 du code rural et de la pêche maritime, et les demandes de reconnaissance des qualifications professionnelles des personnes mentionnées à l'article R. 204-1 et au II de l'article D. 243-7 précité. / Il est responsable de l'organisation et du déroulement de l'épreuve d'aptitude mentionnée au I de l'article D. 243-7, dont il établit le règlement () Il publie ces dispositions sur son site internet ".

7. En premier lieu, Mme B soutient que le règlement des épreuves visé par ces dispositions n'était pas légalement applicable aux épreuves du 23 septembre 2020 auxquelles elle était candidate. Elle fait valoir, d'une part, que ce règlement n'a pas été publié sur le site internet du CNOV, contrairement aux prévisions de l'article 2 de l'arrêté du 19 avril 2017. Toutefois, ces dispositions ne subordonnent pas l'applicabilité du règlement des épreuves à sa publication sur le site internet du CNOV. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'attestation du secrétaire général du CNOV, que le règlement des épreuves, adopté le 18 juin 2020, a été mis en ligne le 20 juin suivant et Mme B ne conteste pas sérieusement avoir eu connaissance des dispositions de ce règlement alors même que la fiche d'inscription à l'épreuve d'aptitude de validation des compétences renvoyait les candidats à la consultation du règlement des épreuves sur le site ordinal et que l'intéressée en cite des extraits dans sa requête. D'autre part, contrairement aux affirmations de la requérante, ce règlement tient compte de la réforme opérée par l'arrêté du 10 juin 2020 modifiant l'arrêté du 19 avril 2017 dès lors qu'il prévoit, conformément à l'article 6 modifié de cet arrêté que l'épreuve pratique se déroule sur un animal domestique et non plus sur deux espèces animales comme cela était prévu auparavant. Enfin, Mme B soutient que cette nouvelle version du règlement aurait dû être présentée à un comité de pilotage postérieurement à la modification de l'arrêté du 19 avril 2017 et non antérieurement comme cela a été le cas. Mais outre qu'aucune disposition législative ni réglementaire ne subordonne l'applicabilité du règlement des épreuves d'aptitude à la saisine préalable d'un comité de pilotage, l'intéressée ne démontre pas en quoi l'absence de cette saisine aurait eu une quelconque influence sur la teneur du règlement des épreuves qui lui a été appliqué.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 19 avril 2017 visé ci-dessus: " I.-Le jury est désigné par décision du président du conseil national de l'ordre des vétérinaires pour chaque session de l'épreuve d'aptitude. Il est composé : / - d'un représentant du président du conseil national de l'ordre des vétérinaires ou son suppléant ; / - de deux vétérinaires pratiquant l'ostéopathie vétérinaire, titulaires du diplôme inter-écoles d'ostéopathie vétérinaire (titulaires ou suppléants) ; / - de deux personnes non vétérinaires inscrites sur la liste prévue au 12° de l'article L. 243-3 susvisé (titulaires ou suppléants) ; / - d'un enseignant-chercheur d'une des écoles nationales vétérinaires (titulaire ou suppléant). / Il est présidé par le président du conseil national de l'ordre des vétérinaires ou son représentant, qui dispose d'une voix prépondérante () ".

9. Il ressort d'une part du procès-verbal de la session du CNOV du 18 juin 2020, produit en défense, que le jury de la session d'examen du 23 septembre 2020 a été composé régulièrement d'un représentant du président du CNOV, d'un enseignant-chercheur titulaire et d'un suppléant, de deux vétérinaires titulaires du DIE ostéopathie et de leur suppléant respectif, ainsi que de deux personnes non vétérinaires inscrites sur la liste prévue au 12° de l'article L243-3 et de leur suppléant respectif. Si la requérante se prévaut d'autre part de ce que les membres du jury ont été désignés par le CNOV et non par son président, cet élément n'est pas susceptible à lui seul de l'avoir privée d'une garantie ou d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision prise, le jury ayant été régulièrement composé.

10. En troisième lieu, la requérante soutient qu'il n'est pas établi que l'examen pratique du 23 septembre 2020 se serait déroulé dans les conditions prévues par le règlement des épreuves d'aptitude, quant à la désignation des examinateurs, au tirage au sort de l'espèce animale qui lui a été affectée, au temps de préparation et de passage et à la rédaction du compte-rendu d'intervention écrit du cas clinique. Elle n'assortit cependant pas ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

11. En quatrième et dernier lieu, le règlement des épreuves d'aptitude dispose, en son article IV-3, que " Les examinateurs ont à leur disposition une grille d'évaluation regroupant les items permettant d'évaluer le candidat sur ses compétences () A la fin de chaque journée d'examen, le jury délibère sous la présidence du Président du jury dont la voix est prépondérante. / La décision d'ajournement d'un candidat fait l'objet d'une délibération écrite motivée. Un exemplaire de la grille d'évaluation, synthétisant l'ensemble des avis des membres du jury est complété et joint au courrier informant les candidats de leur ajournement ". Selon l'article IV.4 de ce règlement, " Le Président du jury transmet les résultats de la session d'examen pratique au Président du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires. Le Conseil national de l'Ordre des vétérinaires adresse un courrier à chaque candidat pour l'informer du résultat (reçu ou ajourné) dans un délai de 15 jours ouvrés suivant la fin de la session de l'examen pratique en indiquant pour les candidats ajournés, les motifs de l'ajournement ainsi qu'en joignant la grille d'évaluation de synthèse établie par le jury ".

12. Il ressort des pièces du dossier que, conformément à ces dispositions, Mme B a été destinataire, par un courrier du 30 septembre 2020 du directeur du CNOV, de la grille d'évaluation établie par le jury. Celle-ci mentionnait l'ajournement de l'intéressée et son motif tiré d'un " manque de connaissances en anatomie et en ostéopathie ne permettant pas de proposer un traitement pertinent adapté à l'espèce ". Dans ces circonstances, Mme B a été mise à même de comprendre les motifs de la délibération du jury prononçant son ajournement et ce alors que les dispositions précitées du règlement des épreuves d'aptitude ne prévoient pas que le candidat ajourné soit destinataire de la délibération motivée rédigée par le jury.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de Mme B aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge du CNOV, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B sur ce fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme réclamée par le CNOV sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du Conseil national de l'ordre des vétérinaires présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au Conseil national de l'ordre des vétérinaires

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure

Pauline BERNARD

La présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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