jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2100886 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ETHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mars 2021, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2020 par lequel le maire de Pocé-sur-Cisse a refusé de lui délivrer un permis de construire pour une maison individuelle.
Il soutient que :
- le délai d'instruction de sa demande a été anormalement long ;
- la décision de refus attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de demande de modification du projet préalable ;
- l'avis de l'architecte des bâtiments de France n'étant pas requis, il était titulaire d'un permis de construire tacite à l'expiration d'un délai d'instruction de 2 mois ;
- le maire a commis une erreur de droit en appliquant le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Pocé-sur-Cisse du 23 novembre 2018 alors que le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Val d'Amboise du 13 février 2020 était applicable dès lors que ses dispositions sont plus favorables en ce que :
- la zone N est constructible ;
- ce document n'impose pas des tuiles ardoises ou de petites dimensions pour la zone N ;
- ce document n'impose pas un choix de matériaux ou une couleur aux constructions neuves ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une rupture du principe d'égalité et d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2021, la commune de Pocé-sur-Cisse, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le moyen tiré du caractère anormalement long du délai d'instruction de la demande de M. A est inopérant et en tout état de cause non fondé ;
- le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de demande de modification n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé ;
- le moyen d'erreur de droit tenant à l'application du PLU de la commune de Pocé-sur-Cisse n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et il est en tout état de cause non fondé ;
- le moyen tiré de la rupture d'égalité est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 juillet 2024, l'instruction a été close avec effet immédiat en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ploteau,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gentilhomme, représentant la commune de Pocé-sur-Cisse.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 juin 2020, M. A a déposé une demande de permis de construire portant sur la construction d'une maison individuelle sur une parcelle cadastrée section B n° 2221, située sur le territoire de la commune de Pocé-sur-Cisse (Indre-et-Loire). Par courrier du 23 juin 2020, la commune l'a informé, d'une part, que le délai d'instruction était porté à trois mois en application des dispositions combinées des articles R. 423-23 et R. 423-24 du code de l'urbanisme et en raison de la saisine de l'Architecte des bâtiments de France et, d'autre part, que des pièces manquantes devaient être produites. M. A ayant complété son dossier de demande le 16 juillet 2020, un permis de construire tacite est né au terme du délai de trois mois, sans que la seconde demande de pièces, adressée à M. A le 20 août 2020 soit au-delà du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-38 du même code, n'ait eu pour effet de reporter de nouveau le point de départ du délai d'instruction. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué du 7 décembre 2020 portant refus de permis de construire doit être regardé comme ayant également retiré ce permis tacite. Par un courrier du 14 décembre 2020, M. A a formé un recours gracieux contre cette décision de refus, expressément rejeté par la commune de Pocé-sur-Cisse le 27 janvier 2021. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2020 en tant qu'il refuse de lui délivrer le permis sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, si l'existence d'un délai anormalement long d'instruction d'une demande présentée devant l'administration peut être constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de celle-ci, une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision statuant sur ladite demande. Par suite, le moyen tiré du délai anormalement long d'instruction de la demande de permis de construire de M. A doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, le requérant soutient que la procédure est irrégulière à défaut de demande de modification préalable au refus qui lui a été opposé. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que ce refus est fondé, d'une part, sur la méconnaissance de l'article N 11.2 du règlement du PLU de Pocé-sur-Cisse relatif aux toitures et, d'autre part, sur l'insuffisance de la notice du projet architectural, ayant empêché le service instructeur de vérifier la conformité du projet à l'article N 11 du même document d'urbanisme et à l'architecte des bâtiments de France d'émettre son avis.
4. D'une part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration d'inviter le pétitionnaire à modifier son projet en cas de méconnaissance des règles d'urbanisme en vigueur avant de prendre une décision de refus. Ainsi, si M. A disposait de la faculté de modifier son projet pendant la phase d'instruction de sa demande, il n'appartenait pas au service instructeur de l'inviter à le modifier pour le rendre conforme aux dispositions de l'article N 11.2 du règlement du PLU de Pocé-sur-Cisse.
5. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme, dans leur version applicable au litige : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. " Ces dispositions se bornent à imposer à l'administration d'inviter le pétitionnaire à compléter son dossier dans le cas où il serait incomplet. Ainsi, il n'appartenait pas au maire d'inviter M. A, dont le dossier était complet mais la notice du projet architectural insuffisante, à préciser le contenu de cette notice.
6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 5 du présent jugement que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité.
7. En troisième lieu, l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme dispose : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. " Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois () pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; () " et aux termes de l'article R. 423-24 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III [du titre II du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme], le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; / b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite ". Il résulte de ces dispositions qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. Une modification du délai d'instruction notifiée après l'expiration du délai d'un mois prévu à l'article R.423-18 de ce code ou qui, bien que notifiée dans ce délai, ne serait pas motivée par l'une des hypothèses de majoration prévues aux articles R.423-24 à R.423-33 du même code, n'a pas pour effet de modifier le délai d'instruction de droit commun à l'issue duquel naît un permis tacite ou une décision de non-opposition à déclaration préalable. S'il appartient à l'autorité compétente, le cas échéant, d'établir qu'elle a procédé à la consultation ou mis en œuvre la procédure ayant motivé la prolongation du délai d'instruction, le bien-fondé de cette prolongation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
8. M. A soutient que son projet n'était pas soumis à l'avis de l'architecte des bâtiments de France (ABF) et que par suite il était titulaire d'un permis tacite à l'expiration d'un délai d'instruction de deux mois. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'autorité compétente a informé M. A le 23 juin 2020, soit dans le délai d'un mois à compter du dépôt de la demande de permis de construire, de la modification du délai d'instruction en raison de la consultation de l'ABF et qu'elle a effectivement procédé à cette consultation. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que cette consultation a prolongé le délai d'instruction de la demande de permis de construire, sans que le bien-fondé ou non de cette consultation n'ait d'incidence sur cette prolongation et sur le délai de naissance d'un permis tacite. En tout état de cause, il ressort des données publiques librement accessibles sur le site internet géoportail urbanisme que la parcelle cadastrée section B n° 2221 à Pocé-sur-Cisse, assise du projet litigieux, fait l'objet d'une mesure de classement au titre de la protection des abords du monument historique du Pigeonnier de la Restrie alors même que l'ABF, dans son avis du 6 novembre 2020, a estimé que le projet ne devait pas lui être soumis. Dans ces conditions, le moyen tiré de la délivrance d'un permis tacite à l'expiration d'un délai d'instruction de deux mois en l'absence de soumission du projet à l'avis de l'ABF doit être écarté.
9. En quatrième lieu, l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme dispose : " () Lorsque le lotissement a fait l'objet d'un permis d'aménager, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de délivrance du permis d'aménager, et ce pendant cinq ans à compter de l'achèvement des travaux constaté dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / Toutefois, les dispositions résultant des modifications des documents du lotissement en application des articles L. 442-10, L. 442-11 et L. 442-13 sont opposables. () ". Il résulte de ces dispositions que le document d'urbanisme applicable aux demandes de permis de construire présentées dans le cadre d'un lotissement est celui en vigueur à la date à laquelle a été délivrée l'autorisation de lotir et ce, pendant un délai de cinq ans à compter de la réception, par l'administration, de la déclaration d'achèvement du lotissement.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A a acquis un lot issu d'un permis d'aménager en date du 29 janvier 2018 et que les travaux du lotissement se sont achevés le 14 février 2018, cristallisant ainsi les règles d'urbanisme applicables jusqu'au 14 février 2023 en vertu des dispositions précitées de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme, qui ne réservent pas le cas des dispositions plus favorables du document d'urbanisme plus récent. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit que l'autorité administrative a fait application du PLU de Pocé-sur-Cisse approuvé le 23 novembre 2018. Par suite, ce moyen doit être écarté et M. A ne peut utilement soutenir que son projet est conforme au PLUi du Val d'Amboise approuvé le 13 février 2020.
11. En dernier lieu, la circonstance que d'autres pétitionnaires auraient obtenu des autorisations d'urbanisme pour des projets similaires à celui du requérant est sans incidence sur la légalité du refus de lui délivrer le permis sollicité. En outre, cette circonstance n'est pas à elle seule de nature à établir que l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir. Par suite, ce moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que, par les moyens qu'il soulève, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2020 par lequel le maire de Pocé-sur-Cisse a refusé de lui délivrer un permis de construire pour une maison individuelle.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
13. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de la commune de Pocé-sur-Cisse présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Pocé-sur-Cisse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pocé-sur-Cisse relatives aux dépens et celles fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B A et à la commune de Pocé-sur-Cisse.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
M. Gasnier, conseiller,
Mme Ploteau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
Coralie PLOTEAU
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Marie-Josée PRECOPE
La République mande et ordonne au préfet de l'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026