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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2100897

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2100897

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2100897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mars 2021 et le 24 octobre 2022, Mme A B, représentée par Arvis avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2021 par laquelle la maire de la commune de Lorris a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle déclare avoir été victime le 5 septembre 2017 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Lorris, à titre principal, de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi le 5 septembre 2017 ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lorris une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'illégalité en l'absence d'avis de la commission de réforme ;

- la procédure suivie est entachée d'irrégularités, en l'absence de rapport écrit du médecin de prévention et en l'absence de médecin spécialiste siégeant au sein de la commission ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet 2021 et 24 novembre 2022, la commune de Lorris, représentée par Me Rainaud conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tissier-Lotz, représentant la commune de Lorris.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, rédacteur territorial titulaire, en fonction à la mairie de Lorris, a présenté le 27 mars 2019, auprès de la commune de Lorris, une demande de reconnaissance au titre d'accident de service de l'altercation qu'elle déclare avoir eu avec la directrice générale des services le 5 septembre 2017 et de ses conséquences. Après recueil de l'avis de la commission de réforme réunie le 16 octobre 2019, par une décision du 6 janvier 2021, dont Mme B demande l'annulation, la maire de la commune de Lorris a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

3. L'application des dispositions de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 mentionnée au point précédent, instituant un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " par insertion, dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, d'un article 21 bis, n'est pas possible en l'absence du texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé. L'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 n'est entré en vigueur, en tant qu'il s'applique à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 12 avril 2019, du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 est demeuré applicable jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019.

4. En l'espèce, Mme B a déposé sa demande visant à la reconnaissance des faits survenus le 5 septembre 2017 au titre d'accident de service le 27 mars 2019, soit antérieurement à l'entrée en vigueur des dispositions de l'article 21 bis de loi du 13 juillet 1983 issues de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Ainsi, les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 mentionnées au point précédent sont applicables au présent litige.

5. Constitue un accident de service, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

6. La requérante indique avoir, durant l'été, sollicité et obtenu l'autorisation de s'absenter deux semaines durant la période de la Toussaint. Le 5 septembre 2017, la directrice générale des services l'aurait, selon ses déclarations, informée de ce qu'elle ne bénéficierait que d'une semaine de congés en raison des nécessités du service. Elle s'est alors rendue chez la directrice générale afin d'obtenir la vérification de sa feuille de congés et aurait eu une altercation particulièrement violente avec celle-ci, laquelle aurait employé à son égard un ton agressif et l'aurait menacée, lui enjoignant de rejoindre son bureau. Dans les suites de cette altercation, elle a consulté le médecin de prévention le 8 septembre, lequel a conclu à la nécessité d'un arrêt de travail temporaire et l'a invitée à consulter son médecin traitant. Mme B a bénéficié d'un premier arrêt de travail du 11 au 13 septembre 2017 puis a été placée en congé de maladie ordinaire du 27 septembre 2017 au 30 septembre 2018.

7. Si la requérante conteste le refus opposé sur sa demande de reconnaissance d'accident de service, il ressort des faits tels qu'exposés par la requérante elle-même que, l'échange avec sa supérieure a porté sur l'octroi de deux semaines de congés pour la période de la Toussaint, accordées par un adjoint au maire durant l'été en méconnaissance du règlement intérieur de la commune lequel prévoit que les congés sont accordés par le chef de service et doivent lui être soumis au moins une semaine à l'avance, ce même règlement précisant qu'il est toujours loisible de refuser une demande de congé en raison des nécessités de service. Par ailleurs, le témoignage produit en annexe aux écritures en défense de la commune, signé par les différentes personnes mentionnées par la requérante dans sa déclaration d'accident, contredit totalement ses allégations, indiquant que le ton de la directrice générale des services était adapté, ferme et courtois alors que celui de la requérante était péremptoire, sec et insistant. Ces mêmes témoins précisent que l'échange n'a duré que quelques minutes.

8. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 6 et 7 que les faits relatés ne présentent aucun caractère de soudaineté et que la violence et le caractère humiliant de l'échange, allégués par la requérante, ne sont nullement établis. En outre, les différents rapports d'examens psychiatriques produits par la requérante elle-même font apparaître qu'elle présentait un état de fragilité psychique. Sur ce point, le médecin psychiatre qui l'a examinée le 3 octobre 2017 indique dans son certificat que la requérante souffrait précédemment d'un syndrome anxio-dépressif ayant entrainé plusieurs arrêts de travail dont un congé de longue maladie. Il précise que celle-ci avait repris ses fonctions dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique au mois de juillet 2017, avait bénéficié d'un congé de 3 semaines au mois d'août et fait état d'une situation d'inconfort au travail avec un vécu persécutif autour de ses collègues, nécessitant en cas d'aggravation un placement en congé de longue maladie. Dans ces conditions, et ainsi que le soutient la commune, alors que le caractère d'accident des faits rapportés n'est nullement établi, la commune a pu, sans erreur de droit ni erreur d'appréciation, rejeter la demande de reconnaissance de leur imputabilité au service.

9. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les faits rapportés par la requérante à l'appui de sa demande ne peuvent être regardés comme constitutifs d'un accident. Par suite, et alors que la saisine de la commission de réforme n'est pas obligatoire si le défaut d'imputabilité au service est manifeste, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie, en l'absence de rapport du médecin de prévention et de la présence d'un médecin psychiatre au sein de la commission, doit dans les circonstances très particulières de l'espèce être écarté, l'absence de rapport du médecin de prévention et l'absence de psychiatre étant sans incidence sur le sens de la décision prise et l'intéressée n'ayant été privée d'aucune garantie.

10. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du 6 janvier 2021 par laquelle la maire de la commune de Lorris a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident dont elle a déclaré avoir été victime le 5 septembre 2017 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Lorris, qui n'est pas la partie perdante, verse à Mme B une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Lorris présentées sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lorris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Lorris.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Lucie BARRUET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100897

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