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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101041

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101041

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL WALTER & GARANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2021 et un mémoire enregistré le 7 septembre 2023 non communiqué, la SAS STI, représentée par Me Dalibard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Ballan-Miré a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité ainsi que la décision de rejet du recours gracieux formé à l'encontre de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Ballan-Miré de lui délivrer l'arrêté portant autorisation de permis de construire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à défaut de reprendre l'instruction de la demande de permis de construire déposée ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ballan-Miré la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi qu'en application des dispositions de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme la commune aurait bien consulté les personnes publiques, services et commissions intéressés par le projet ;

- le motif du refus de délivrance du permis de construire tiré de la méconnaissance de l'article UC-3 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- le motif du refus de délivrance du permis de construire tiré de la méconnaissance de l'article UC-11 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- la décision portant rejet du recours gracieux est illégale du fait de l'illégalité de l'arrêté du 23 septembre 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2023, la commune de Ballan-Miré, représentée par Me Veauvy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SAS STI la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les moyens soulevés par la SAS STI ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, elle sollicite une substitution de base légale dès lors que le projet méconnaît les dispositions de l'article UC 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Leeson, représentant la SAS STI, et de Me Steinmann, représentant la commune de Ballan-Miré.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 juillet 2020, la SAS STI a déposé auprès de la commune de Ballan-Miré une demande de permis de construire portant sur la construction de dix logements individuels sur un terrain situé 15-17 rue de la Châtaigneraie sur le territoire de la commune. Par un arrêté du 23 septembre 2020, le maire de la commune a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. La SAS STI a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les motifs de la décision de refus :

2. Aux termes de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " Toute construction ou ouvrage doit être en cohérence avec le site dans lequel il s'inscrit et s'intégrer dans le caractère de la rue "

3. Le maire de Ballan-Miré s'est opposé à la demande de permis de construire au motif que " la rue de la Chataigneraie se caractérise par une trame urbaine pavillonnaire implantée en concordance avec l'orientation Nord-Sud du parcellaire et que le projet a pour effet de générer une morphologie urbaine en rupture avec le caractère de la rue ".

4. D'une part, il ressort du libellé de ce motif que le maire ne s'est pas fondé sur le style architectural de la construction projetée mais sur l'orientation et l'implantation des maisons par rapport à leur voie de desserte. Un tel motif ne peut trouver son fondement dans les dispositions précitées de l'article UC 11, qui régissent le style architectural des constructions autorisées par le plan local d'urbanisme, ni aucune autre disposition de ce plan. D'autre part, et à supposer même que le maire ait entendu se fonder sur l'article UC 11, il ressort des pièces du dossier que le projet doit s'implanter au sein d'un quartier majoritairement composé de maisons individuelles de type R+1 d'architecture hétérogène. Ces constructions ne confèrent ainsi pas une unité architecturale au quartier. Le projet en question consiste à édifier dix maisons individuelles d'architecture contemporaine, dont quatre maisons de type T4 et six maisons de type T6. Il n'est ainsi pas établi que le projet serait incohérent avec le site dans lequel il s'inscrit et ne s'intégrerait pas dans le caractère de la rue. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas contesté que le quartier, tant d'un point de vue architectural que paysager, ne fait l'objet d'aucune protection particulière par le plan local d'urbanisme, la société requérante est fondée à soutenir que le maire a entaché son arrêté d'erreur d'appréciation au regard de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme.

5. Aux termes de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " 1. Accès / () Les accès doivent être aménagés de façon à ne pas entraîner de risques pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu notamment de la position des accès, de leur configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic () ".

6. L'arrêté litigieux, après avoir mentionné les dispositions citées au point précédent, indique que " la rue de la Chataigneraie supporte déjà un trafic véhicules important, ayant justifié des aménagements de type " chicanes " et que malgré ces aménagements, la circulation automobile demeure intense " et que " les constructions envisagées vont avoir pour effet d'amplifier ces conditions de circulation, voire de les aggraver ". Le maire s'est ainsi prononcé au regard des conditions de desserte du projet. Toutefois, un tel motif ne pouvait légalement être fondé sur les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme, lesquelles sont relatives aux seuls accès. Dans ces conditions, la SAS STI est fondée à soutenir qu'en lui refusant l'autorisation d'urbanisme sollicitée, le maire de Ballan-Miré a entaché son arrêté d'une erreur de droit au regard de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.

En ce qui concerne la demande de substitution de base légale :

7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Aux termes de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " () / 2. Voirie / Les voies publiques ou privées doivent être adaptées à la nature et l'importance des usages qu'elles supportent et des opérations qu'elles desservent et permettre le passage des véhicules de sécurité () ".

9. D'une part, la commune qui se borne à produire des statistiques de mesures de circulation pour la période du 26 août 2020 au 21 septembre 2020 n'établit pas en quoi la rue de la Chataigneraie serait inadaptée au projet, et ce alors qu'elle relève elle-même avoir réalisé des aménagements de type " chicanes " et limité la vitesse de circulation à 30 km/h. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait un risque particulier lié à la circulation automobile dans ce quartier. D'autre part, le projet qui ne prévoit que la construction de quatre maisons individuelles de type T4 et six maisons individuelles de type T6 ne présente pas, par son ampleur, un risque particulier et ce alors qu'il s'insère dans un secteur pavillonnaire déjà densément bâti. Par conséquent, le motif doit être écarté. La demande de substitution de base légale ne peut être accueillie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS STI est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2020 par lequel le maire de Ballan-Miré a refusé de lui délivrer un permis de construire et celle de la décision rejetant son recours gracieux contre cet arrêté. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état du dossier, d'entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y faisait obstacle.

12. Le présent jugement censure l'ensemble des motifs par lesquels le maire de Ballan-Miré a refusé de délivrer le permis de construire demandé par la SAS STI et rejette la demande de substitution de base légale. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée ou qu'un changement de circonstances de fait font obstacle à l'octroi de l'autorisation sollicitée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de Ballan-Miré de procéder à la délivrance de cette autorisation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la SSA STI, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que réclame la commune de Ballan-Miré au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

14. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Ballan-Miré le paiement à la SAS STI de la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 septembre 2020 et la décision de rejet du recours gracieux contre cet arrêté sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Ballan-Miré de délivrer à la SAS STI le permis de construire sollicité le 13 juillet 2020 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : La commune de Ballan-Miré versera à la SAS STI la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Ballan-Miré tendant à la mise à la charge de la SAS STI d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS STI et à la commune de Ballan-Miré.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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