jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2101108 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MEUNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 mars 2021 et le 8 mars 2022, M. C B, représenté par Me Meunier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2021 par lequel le directeur général du service des retraites de l'Etat lui a concédé, à effet au 17 juin 2020, une allocation temporaire d'invalidité au taux global de 18% ;
2°) avant dire droit, d'ordonner une mesure d'expertise judiciaire, l'expert devant avoir pour mission :
* de l'examiner et de prendre connaissance de son entier dossier médical,
* de dire s'il est atteint d'une surdité de l'oreille droite, de chiffrer cette perte auditive et de fixer un taux d'incapacité permanente partielle (IPP),
* de dire s'il est atteint d'une surdité de l'oreille gauche, de chiffrer cette perte auditive et de fixer un taux d'IPP,
* de dire si la perte auditive de l'oreille gauche est en lien avec l'accident de service subi le 27 juin 2013,
* de dire s'il souffre d'acouphènes et de fixer un taux d'IPP,
* de dire si son état est sujet à évolution ou peut être considéré comme consolidé et dans cette hypothèse de déterminer cette date de consolidation,
* de dire si son état a entraîné des répercussions sur sa vie privée et professionnelle,
* de donner tous éléments permettant d'évaluer les préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la demande d'expertise :
- l'expertise médicale sollicitée présente un caractère utile en considération, d'une part, de l'évolution de son état qui remet en cause sa consolidation et, d'autre part, de la nécessité de tenir compte de la surdité de son oreille gauche et de son lien avec l'accident de service subi le 27 juin 2013 ;
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué :
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence en l'absence de justification d'une délégation de signature régulièrement publiée au bénéfice de l'auteur de l'acte ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article 1er du décret n° 60-1089 en l'absence d'émission d'un avis préalable par la commission de réforme quant au taux d'IPP à retenir ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé en fait ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation dans le cadre d'application des dispositions de l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984.
Par un mémoire enregistré le 29 juillet 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960 ;
- le décret n° 68-756 du 13 août 1968 ;
- le décret n° 2001-99 du 31 janvier 2001 portant modification du décret n° 68-756 du 13 août 1968 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Joos,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Meunier, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, fonctionnaire titulaire appartenant au corps des techniciens supérieurs du développement durable exerçant les fonctions d'agent de contrôle au sein de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) Centre Val-de-Loire, a été victime le 27 juin 2013 d'une surdité soudaine et brutale de l'oreille droite alors qu'il procédait à une opération de contrôle routier. Par une décision du 2 mai 2017, cet accident a été pris en charge au titre du service et M. B s'est vu attribuer, à la suite de la consolidation de son état au 17 juin 2015, un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) de 33%. Par un arrêté du 20 novembre 2017, M. B s'est ensuite vu concéder une allocation temporaire d'invalidité à effet au 17 juin 2015 au taux indemnisable de 18% prenant en compte une hypoacousie droite au taux de 15% et des acouphènes invalidants au taux de 3%.
Dans le cadre d'un nouvel examen opéré à l'issue de la période de cinq ans prévue par l'article 5 du décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960, la commission de réforme départementale a émis, dans sa séance du 8 octobre 2020, un avis favorable à la révision du taux d'IPP attribué à M. B en faveur d'un taux de 60% au titre de la première infirmité, le taux de la seconde infirmité demeurant inchangé. Par un arrêté du 25 janvier 2021, le directeur général du service des retraites de l'Etat lui a concédé une allocation temporaire d'invalidité au taux global inchangé de 18% prenant, de nouveau, en compte une hypoacousie droite au taux de 15% et des acouphènes invalidants au taux de 3%. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté en tant qu'il fixe à 18% son taux global d'invalidité.
Sur les conclusions à fin d'expertise :
2. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision ".
3. Si M. B sollicite, d'abord, la désignation d'un expert afin qu'il détermine la date de consolidation de son état à la suite de l'aggravation de ses deux infirmités constatée par son médecin ORL le 6 juillet 2020, ainsi que son taux d'IPP, il résulte de l'instruction que cette aggravation tant dans sa consistance que dans son étendue a été confirmée par un avis rendu par la commission de réforme d'Indre-et-Loire le 8 octobre 2020 et qu'elle est expressément admise par le ministre en défense. Par ailleurs, si M. B demande la mise en œuvre d'une expertise judiciaire afin d'établir l'existence d'un lien entre sa surdité de l'oreille gauche et l'accident imputable au service du 27 juin 2013, il ne produit aucune pièce notamment médicale propre à rendre vraisemblable ce lien et ainsi justifier l'utilité de la mesure, alors notamment que sa perte auditive préexiste depuis 2016. Enfin, la mesure d'expertise sollicitée ne saurait valablement avoir pour finalité de déterminer les préjudices subis par le requérant à la suite de son accident de service, cette demande étant sans rapport avec l'objet exclusivement pécuniaire et non indemnitaire du litige.
4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin de désignation d'un expert doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 susvisé dans sa rédaction alors applicable : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () / Les () sous-directeurs () à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé () ".
Par un arrêté du 13 juin 2019 publié au journal officiel de la République française n° 0137 du 15 juin 2019 et consultable sur le site internet Légifrance, M. C A, administrateur civil hors classe, a été renouvelé dans l'emploi de sous-directeur, responsable du département des retraites et de l'accueil du service à compétence nationale dénommé " service des retraites de l'Etat " à l'administration centrale du ministère de l'action et des comptes publics, pour une période de trois ans à compter du 11 juillet 2019. Il était, par suite, compétent pour signer l'arrêté du 25 janvier 2021 concédant l'allocation temporaire d'invalidité contestée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, si M. B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article 3 et non de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960 susvisé en l'absence d'un avis préalablement émis par la commission de réforme quant au taux d'invalidité entrainé par les infirmités invoquées, il résulte de l'instruction que la commission de réforme d'Indre-et-Loire s'est réunie le 8 octobre 2020 afin d'apprécier ce taux et qu'elle a rendu un avis favorable à sa révision. Par suite, le moyen manquant en fait doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".
8. La décision d'octroi, à l'expiration de la période quinquennale mentionnée par l'article 5 du décret du 6 octobre 1960 susvisé, d'une allocation temporaire d'invalidité sur la base d'un nouveau taux d'invalidité constaté n'est pas au nombre des décisions visées à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors applicable : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10% () peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement dont le montant est fixé à la fraction du traitement minimal de la grille mentionnée à l'article 15 du titre Ier du statut général, correspondant au pourcentage d'invalidité. / Les conditions d'attribution ainsi que les modalités de concession, de liquidation, de paiement et de révision de l'allocation temporaire d'invalidité sont fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960 dans sa rédaction alors applicable : " L'allocation temporaire d'invalidité prévue à l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat est attribuée aux agents maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / () d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux rémunérable au moins égal à 10% () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Le taux d'invalidité rémunérable est déterminé compte tenu du barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. / Dans le cas d'aggravation d'infirmités préexistantes, le taux d'invalidité à prendre en considération doit être apprécié par rapport à la validité restante du fonctionnaire ".
10. Ces dispositions imposent à l'administration de tenir compte du barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite dans la détermination de l'éligibilité à l'allocation temporaire d'invalidité aussi bien que dans le calcul de son montant.
11. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le taux d'invalidité est déterminé compte tenu d'un barème indicatif fixé par décret ". Aux termes du paragraphe III.5 du III du chapitre VIII de l'annexe au décret n° 68-756 du 13 août 1968 pris pour l'application de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et relatif à la déficience de l'audition : " Le calcul de la perte moyenne s'effectue en décibels selon les recommandations du Bureau international d'audiophonologie. Il prend pour base l'audiogramme tonal réalisé en cabine insonorisée avec audiogramme calibré. Le déficit en décibels est estimé à partir des fréquences 500, 1 000, 2 000, 4 000 Hz () ". Ce même paragraphe définit un taux d'incapacité permanente partielle de 15% lorsqu'une perte supérieure ou égale à 80 dB est constatée sur la meilleure oreille associée à une perte de moins de 20 dB sur la moins bonne oreille.
12. En l'espèce, d'une part, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point 3, il ne résulte d'aucune pièce médicale produite par M. B que l'hypoacousie de l'oreille gauche dont il souffre, est imputable au service, le directeur général du service des retraites de l'Etat n'a pas entaché son arrêté d'une erreur de fait en ne prenant pas en compte cette infirmité dans le calcul du taux d'invalidité du requérant.
13. D'autre part, dès lors que le bilan audiométrique subi par M. B le 6 juillet 2020 conclut, sans contestation des parties sur ce point, à une perte moyenne de 97,5 dB au niveau de l'oreille droite et qu'ainsi qu'il a été dit au point précédent la perte moyenne subie de l'oreille gauche ne peut être prise en compte, le directeur du service des retraites de l'Etat n'a pas davantage commis d'erreur d'appréciation en fixant, conformément aux prévisions du barème rappelé au point 11, à 15% le taux d'invalidité au titre de cette infirmité.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2021 en tant qu'il fixe à 18% son taux global d'invalidité doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
Emmanuel JOOS
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Lucie BARRUET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026