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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101300

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101300

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCHARVET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 avril et 28 septembre 2021, sous le n° 2101300, la société par actions simplifiées (SAS) We Loc, représentée par Me Charvet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions des 18 février 2021 et 1er avril 2021 par lesquelles la direction générale des finances publiques a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques de la propagation de l'épidémie de Covid-19 pour les mois de novembre et décembre 2020 ;

2°) de lui accorder la somme de 204 131 euros au titre du fonds de solidarité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décisions contestées ne sont pas motivées en droit ;

- elles ne sont pas signées et ne font figurer aucune information de nature à identifier le nom ou la qualité de leur auteur ;

- l'administration a porté une appréciation erronée sur la nature de son activité ;

- elle a méconnu le principe d'égalité.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juin 2021 et 12 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 avril, 28 septembre et 13 octobre 2021, sous le n° 2101307, la société par actions simplifiées (SAS) We Loc, représentée par Me Charvet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions des 18 février 2021 et 1er avril 2021 par lesquelles la direction générale des finances publiques a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques de la propagation de l'épidémie de Covid-19 pour les mois de novembre et décembre 2020 ;

2°) de lui accorder la somme de 204 131 euros au titre du fonds de solidarité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens que dans sa requête n° 2101300.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nehring,

- et les conclusions de M. Eric Gauthier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) We Loc a sollicité le bénéfice de la mesure d'aide exceptionnelle à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de la propagation de l'épidémie de Covid-19 au titre des mois de novembre et décembre 2020. Par décisions des 18 février et 1er avril 2021, ses demandes ont été rejetées par la direction générale des finances publiques. Par les requêtes ci-dessus analysées, la société We Loc demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2101300 et n° 2101307 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur la légalité de la décision du 18 février 2021 :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Contrairement à ce que soutient la société requérante, la décision contestée fait mention du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, qui constitue son fondement. Par suite le moyen tiré de l'insuffisante motivation en droit de cette décision ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ", et aux termes de l'article L. 212-2 de ce même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice () ".

6. En l'espèce, la décision du 18 février 2021, qui a été notifiée par l'intermédiaire d'un téléservice, comporte les nom, prénom et qualité de son auteur. Par suite, les moyens tirés du défaut de signature et de l'absence de mention des nom, prénom et qualité de l'auteur de la décision attaquée doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est institué, jusqu'au 31 décembre 2020, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation () ". L'article 3 de la même ordonnance dispose : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds () ".

8. Aux termes de l'article 3-8 du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation dans sa version applicable au litige : " Les aides financières attribuées aux entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret et prévues à l'article 3-9 prennent la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires, subie au cours de chaque période mensuelle comprise entre le 1er juillet 2020 et le 30 septembre 2020, par les entreprises qui remplissent les conditions suivantes : () / 6° bis Elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 ou elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 2 du présent décret et ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 80 % durant la période comprise entre le 15 mars 2020 et le 15 mai 2020 par rapport à la même période de l'année précédente ou, si elles le souhaitent, par rapport au chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 ramené sur deux mois ou, pour les entreprises créées après le 15 mars 2019, par rapport au chiffre d'affaires réalisé entre la date de création de l'entreprise et le 15 mars 2020 ramené sur deux mois ; ".

9. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que l'éligibilité au bénéfice de l'aide financière exceptionnelle est soumise notamment à l'exercice à titre principal de l'une des activités énumérées aux annexes 1 et 2 du décret du 30 mars 2020 dans sa rédaction applicable au litige. Ces annexes listent les activités éligibles par référence aux codes issus de la nomenclature d'activités françaises (NAF) élaborée par l'Institut national de la statistique et des études économiques. Figurent notamment à l'annexe 1 les activités de : " location de courte durée de voitures et de véhicules automobiles légers " et de " autres transports routiers de voyageurs ".

10. La société requérante soutient que son activité relève des catégories précitées prévues à l'annexe 1 du décret du 30 mars 2020 dès lors qu'elle exerce une activité de " location et locations bail d'autres matériels de transport terrestre (autocars) sans chauffeur, location et convoyage de tous types de véhicules " ainsi qu'une activité de " location et location bail de camions ". Toutefois, il résulte des pièces du dossier, et notamment des contrats de locations produits en défense que la société We Loc exerce une partie de son activité en réalisant des locations de longue durée de véhicules légers et non des locations de courte durée. En outre, si la société requérante soutient qu'elle loue des autocars de tourisme à des entreprises, elle ne démontre ni même ne soutient que ces locations comprendraient un chauffeur, de sorte que cette activité n'entre pas dans la catégorie " autres transports routiers de voyageurs ". Enfin, la société We Loc ne justifie pas que son activité de " location et location bail de camions " relèverait des catégories précitées prévues à l'annexe 1 du décret du 30 mars 2020. Ainsi, la société We Loc ne remplissait pas les conditions d'octroi de l'aide prévue par les dispositions du décret du 30 mars 2020 précité. Par suite, c'est à bon droit que la direction générale des finances publiques a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle pour le mois de novembre 2020.

11. En second lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

12. La société requérante soutient que l'administration a méconnu le principe d'égalité. Toutefois, ainsi qu'il a été mentionné plus haut, l'administration s'est bornée à faire application des dispositions citées au point 8 qui instaurent une différence de traitement justifiée par la différence objective de situation entre des sociétés exerçant dans un secteur d'activité différent. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte au principe d'égalité ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 18 février 2021 de la direction générale des finances publiques doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision du 1er avril 2021 :

14. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ", et aux termes de l'article L. 212-2 de ce même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice () ".

15. Il ressort des pièces des dossiers que la décision du 1er avril 2021 relative à l'aide au titre du fonds de solidarité pour le mois de décembre 2020, notifiée par l'intermédiaire d'un téléservice, ne comporte pas l'indication du prénom, du nom et de la qualité de son auteur mais uniquement la mention " DGFIP ". Cette mention n'est pas conforme aux prescriptions précitées des articles L. 212-1 et L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les moyens tirés du défaut de signature et de l'absence de mention des nom, prénom et qualité de l'auteur de la décision attaquée doivent être accueillis.

16. Il résulte de ce qui précède que la décision du 1er avril 2021 de la direction générale des finances publiques doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'octroi de l'aide sollicitée :

17. Si la société We Loc demande au tribunal de lui accorder la somme de 204 131 euros qu'elle estime lui être dûe au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, il résulte de ce qui a été dit aux paragraphes 7 à 12 du présent jugement qu'elle n'était pas éligible à ce fonds et qu'ainsi elle n'est, en tout état de cause, pas fondée à solliciter l'octroi de cette somme.

Sur les frais liés au litige :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de la société We Loc présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la direction générale des finances publiques du 1er avril 2021 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2101300 ainsi que la requête n° 2101307 de la société We Loc sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société We Loc et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

Le rapporteur,

Virgile NEHRING

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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