mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2101575 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP GIBIER FESTIVI RIVIERRE GUEPIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 avril 2021 et le 20 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Renda, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le département d'Eure-et-Loir à lui verser en réparation de son préjudice financier une somme de 12 950 euros à titre de remboursement des frais exposés pour son relogement durant la période de remise en état du logement de fonction qui lui a été concédé par cette collectivité et la somme de 119,96 euros à titre de remboursement de frais de fourniture d'accès à internet inutilement exposés ;
2°) de condamner le département d'Eure-et-Loir à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;
3°) de mettre à la charge du département d'Eure-et-Loir la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens qui comprennent les frais d'établissement du constat d'huissier et ceux liés à la médiation.
Elle soutient que :
- l'état de dégradation, au jour de son entrée en les lieux, du logement de fonction pour nécessité absolue de service, que le département d'Eure-et-Loir lui a concédé à compter du 2 octobre 2020, révèle l'existence d'un manquement du propriétaire à son obligation de
délivrance d'un logement décent prescrit par l'article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ; ce manquement réitéré malgré ses relances pendant une durée totale de dix-huit mois, est constitutif d'une faute qui engage la responsabilité de l'administration à son égard ;
- l'indécence du logement l'a contrainte à se reloger par ses propres moyens et à ses frais jusqu'à la date de remise en état de l'immeuble ; elle a subi un préjudice financier qui s'élève à la somme de 12 600 euros au titre des loyers acquittés pour son relogement du 15 octobre 2020 au 31 juillet 2022 et 119,96 euros au titre des frais de fourniture d'accès à internet inutilement exposés pour le logement de fonction pendant une durée de quatre mois ;
- elle a subi également un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 6 000 euros.
Par des mémoires enregistrés le 28 juin 2022 et le 7 mars 2023, le département d'Eure-et-Loir, représenté par Me Gibier, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 11 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ;
- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Joos,
- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, exerçant ses fonctions au sein du ministère de l'éducation nationale au grade d'attachée d'administration, a été nommée à compter du 1er octobre 2020 au poste d'adjointe gestionnaire chargée de la gestion matérielle du collège Jean Monnet de Luisant (Eure-et-Loir) en vertu d'un arrêté de la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours en date du 22 septembre 2020. Par un courrier reçu le 7 janvier 2021, Mme A a sollicité de la part du département d'Eure-et-Loir, propriétaire du logement de fonction pour nécessité absolue de service qui lui a été attribué au sein du collège, la remise en état de ce logement, ainsi que l'indemnisation de ses frais déjà engagés à hauteur des sommes de 3 299,73 euros et 950 euros. Le président du conseil départemental d'Eure-et-Loir, par une décision du 25 février 2021, a rejeté ces demandes. Mme A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures et à la suite de la réalisation des travaux de remise en état entrepris par la collectivité, de condamner le département d'Eure-et-Loir à lui verser les sommes de 12 950 euros à titre de remboursement de frais exposés pour son relogement durant la période de remise en état de son logement, de 119,96 euros à titre de remboursement de frais d'internet et de 6 000 euros en réparation du préjudice moral subi.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 216-4 du code de l'éducation : " Dans les établissements publics locaux d'enseignement relevant de leur compétence en application des articles L. 211-8, L. 213-2, L. 214-6, L. 216-5 et L. 216-6 du présent code (), la région, le département ou, le cas échéant, la commune ou le groupement de communes attribue les concessions de logement aux personnels de l'Etat exerçant certaines fonctions, dans les conditions fixées par la présente section. / Les concessions de logement sont attribuées par nécessité absolue ou utilité de service, dans les conditions fixées aux articles R. 92 à R. 103 du code du domaine de l'Etat et par la présente section () ". Aux termes de l'article R. 216-5 du même code : " Dans les conditions fixées au premier alinéa de l'article R. 94 du code du domaine de l'Etat, sont logés par nécessité absolue de service les personnels appartenant aux catégories suivantes : / 1° Les personnels de direction, d'administration, de gestion et d'éducation, dans les limites fixées à l'article R. 216-6, selon l'importance de l'établissement () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale dans sa rédaction alors en vigueur : " Dans les collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er, les locaux et installations de service doivent être aménagés, les équipements doivent être réalisés et maintenus de manière à garantir la sécurité des agents et des usagers. Les locaux doivent être tenus dans un état constant de propreté et présenter les conditions d'hygiène et de sécurité nécessaires à la santé des personnes ". Aux termes de l'article 1er du même décret : " Le présent décret s'applique aux collectivités et établissements employant des agents régis par la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ". Aux termes de l'article 2-1 du même décret : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ". Cette obligation doit être regardée comme s'étendant au logement de fonction que ces agents occupent par nécessité absolue de service.
4. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 18 mars 2021, le président du conseil départemental d'Eure-et-Loir a concédé à Mme A pour nécessité absolue de service un logement de fonction au sein du collège Jean Monnet à effet au 2 octobre 2020, date d'entrée en les lieux. Il résulte également de l'instruction, et notamment d'un constat d'huissier en date du 13 novembre 2020, qu'à une époque contemporaine à celle d'entrée en les lieux par l'occupante les papiers peints des murs des différentes pièces du logement, ainsi que les peintures des plafonds se désolidarisaient de leur support, la chasse d'eau des toilettes, ainsi que le mitigeur de l'évier de salle de bains étaient fuyards, les extracteurs d'air des différentes pièces étaient encrassés, les sols étaient très sales et recouverts de poussière, les équipements de rangement du logement étaient très dégradés et des phénomènes de moisissures prenant la forme de traces noirâtres étaient également observables dans l'ensemble des pièces. En s'abstenant de procéder immédiatement à la remise en état de ce logement, le département d'Eure-et-Loir a manqué à son obligation prescrite par les dispositions citées au point 3 et, par suite, commis une faute qui engage sa responsabilité à l'égard de Mme A.
En ce qui concerne la réparation :
5. En premier lieu, d'une part, si Mme A soutient subir un préjudice financier correspondant au montant des loyers acquittés au titre de l'occupation d'un autre logement à compter du 15 octobre 2020 jusqu'au 31 juillet 2022, il ne résulte pas de l'instruction que l'indécence du logement en litige ait abouti au constat de son insalubrité et par suite à la nécessité d'un relogement. Dans ces conditions, la requérante n'établissant pas, au-delà d'évidentes restrictions de jouissance, un défaut d'habitabilité des lieux, ses conclusions à fin d'indemnisation de ce préjudice doivent nécessairement être rejetées.
6. D'autre part, Mme A ne saurait valablement obtenir le remboursement de frais d'accès à internet à l'intérieur du logement de fonction exposés au titre d'une période de quatre mois suivant celle de son entrée en les lieux, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point 5, il ne résulte pas de l'instruction que le logement litigieux aurait été rendu inhabitable au cours de cette même période. Il s'ensuit que ces conclusions doivent également être rejetées.
7. En deuxième lieu, eu égard aux désagréments, ainsi qu'au retentissement psychologique engendré par la persistance de ces importantes restrictions de jouissance pendant vingt mois jusqu'à la remise en état des lieux, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la requérante en condamnant le département d'Eure-et-Loir à lui allouer une somme globale de 2 000 euros en réparation de ce préjudice.
8. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que des frais d'établissement d'un procès-verbal de constat d'huissier en date du 23 octobre 2020 d'un montant de 324,09 euros toutes taxes comprises ont été supportés par Mme A. Ce constat, produit au dossier, a été utile à cette dernière pour apprécier les circonstances de la survenance du dommage et sa consistance. Ils doivent donc être inclus dans le montant du préjudice financier réparable. Par suite, la requérante est fondée à demander la condamnation du département d'Eure-et-Loir à lui verser la somme précitée en réparation de son préjudice financier.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département d'Eure-et-Loir demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département d'Eure-et-Loir une somme de 1 500 euros à verser à la requérante sur le même fondement. En revanche, en l'absence de dépens justifiés, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le département d'Eure-et-Loir est condamné à verser à Mme A la somme de 2 324,09 euros.
Article 2 : Le département d'Eure-et-Loir versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par le département d'Eure-et-Loir au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
Le rapporteur,
Emmanuel JOOS
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026