mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2101589 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL OFFICIO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 avril 2021 et le 31 mars 2022 et un mémoire déposé le 7 juin 2022, M. A C, représenté par Me Cochereau, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite du maire de Châteauneuf-sur-Loire en date du 3 mars 2021 rejetant sa demande de congé de longue durée ;
2°) d'enjoindre à la commune de Châteauneuf-sur-Loire, à titre principal, de le placer en congé de longue durée, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, notamment par la saisine de la commission de réforme ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Châteauneuf-sur-Loire la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée de vices de procédure tenant, d'une part, à l'absence de contre-visite par un médecin agréé préalable à la saisine du comité médical conformément à l'article 25 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, d'autre part, à l'absence d'intervention ou de transmission d'un rapport écrit du médecin de prévention en vue de la séance du comité médical départemental et du comité médical supérieur, conformément aux articles 9 et 24 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, enfin à l'absence de médecin spécialiste siégeant à la séance du comité médical et du comité médical supérieur ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'incompétence négative, en ce que la commune s'est sentie liée par les avis du comité médical départemental et du comité médical supérieur ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 8 février 2022 et un mémoire déposé le 7 juin 2022, la commune de Châteauneuf-sur-Loire, représentée par Me Rainaud, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la requête est irrecevable, en l'absence de décision faisant grief.
Par ordonnance du 20 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cochereau, représentant M. C, et de Me Tissier-Lotz, substituant Me Rainaud, représentant la commune de Chateauneuf-sur-Loire.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C exerce les fonctions de directeur des sports et de la vie associative au sein de la commune de Châteauneuf-sur-Loire. A compter du 3 juin 2019, il a été placé en congé maladie ordinaire. Dans l'attente qu'il soit définitivement statué sur sa demande d'imputabilité au service de sa pathologie, il a demandé à être placé en congé de longue durée par courrier du 4 mai 2020. Après avis défavorable rendu par le comité médical départemental le 7 juillet 2020, la commune l'a placé en congé de longue maladie du 3 juin 2019 au 2 septembre 2020, par arrêté du 23 juillet 2020 notifié le 10 août 2020. Entre-temps, M. C a demandé que le comité médical supérieur soit saisi. La commune l'a alors placé en congé de longue maladie à titre conservatoire, dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur, à compter du 3 septembre 2020. Saisi le 1er décembre 2020, ce dernier a rendu le 26 janvier 2021 un avis défavorable à la demande de placement en congé de longue durée. Par courrier du 3 mars 2021, la commune a invité M. C à solliciter une prolongation de son congé de longue maladie, demande qu'il a formée par courrier du 15 mars 2021. Après avis favorable du comité médical départemental à cette demande, la commune a placé M. C en congé de longue maladie du 3 septembre 2020 au 2 septembre 2021 inclus. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de la décision implicite du maire de Châteauneuf-sur-Loire en date du 3 mars 2021 rejetant sa demande de placement en congé de longue durée.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".
3. Le défendeur fait valoir que les conclusions sont dirigées contre une décision qui ne fait pas grief, le courrier du maire de la commune du 3 mars 2021 se bornant à inviter l'agent à formuler une demande de congé de longue maladie, demande au demeurant faite par le requérant par courrier du 15 mars 2021 et acceptée par la commune après avis favorable du comité médical départemental, par arrêté du 9 juin 2021.
4. Toutefois, il ressort du courrier du 3 mars 2021 que la commune ne s'est pas seulement bornée à formuler une telle invitation mais a aussi endossé l'avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue durée rendu par le comité médical supérieur lors de sa séance du 26 janvier 2021. Dès lors, le courrier du 3 mars 2021 refuse le bénéfice d'un tel congé et par suite fait grief au requérant. Les conclusions dirigées contre cette décision sont dès lors recevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. (). 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le fonctionnaire qui a obtenu un congé de longue maladie ne peut bénéficier d'un autre congé de cette nature s'il n'a pas auparavant repris l'exercice de ses fonctions pendant un an. Les dispositions des deuxième, troisième et quatrième alinéas du 2° du présent article sont applicables aux congés de longue maladie ; 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Sauf dans le cas où le fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue maladie à plein traitement, le congé de longue durée ne peut être attribué qu'à l'issue de la période rémunérée à plein traitement d'un congé de longue maladie. Cette période est réputée être une période du congé de longue durée accordé pour la même affection. Tout congé attribué par la suite pour cette affection est un congé de longue durée () ".
6. Un état anxio-dépressif chronique revêt le caractère d'une maladie mentale au sens des dispositions du 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984.
7. M. C soutient que la commune a commis une erreur d'appréciation, l'état anxio-dépressif chronique d'un fonctionnaire revêtant le caractère d'une maladie mentale, conformément à la définition de la dépression retenue par l'Organisation mondiale de la santé. Au cas d'espèce, il ressort des certificats médicaux produits par le requérant, notamment de ceux établis par son psychiatre les 3 septembre 2019, 12 novembre 2019 et 30 avril 2020, qu'il présente un état anxio-dépressif intense dont la sévérité des symptômes est très invalidante au quotidien, nécessitant des soins et un traitement au long cours dont il justifie en produisant des ordonnances médicales. Ce constat est confirmé par son médecin traitant dans son certificat médical daté du 4 septembre 2019, de même que, dans un rapport du 6 février 2020, par l'expert psychiatre mandaté par le comité médical départemental dans le cadre de l'examen de sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la commune doit être accueilli.
8. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il résulte de tout ce qui précède que la décision du 3 mars 2021 rejetant la demande d'un congé de longue durée doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Il résulte des dispositions de l'article L. 822-14 du code général de la fonction publique et de l'article 20 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de cette loi et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, qu'un fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue durée qu'après avoir épuisé ses droits à congé de longue maladie rémunéré à plein traitement. Si la période de congé de longue maladie à plein traitement doit être décomptée, lorsque ce congé a été attribué au fonctionnaire au titre de l'affection ouvrant droit au congé de longue durée, comme une période de congé de longue durée, cette circonstance est sans incidence sur la portée de ces dispositions.
10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a épuisé ses droits à congé de longue maladie rémunéré à plein traitement le 2 juin 2020. Par suite, eu égard au motif d'annulation retenu et dans ces circonstances, il y a lieu d'enjoindre à la commune de le placer en congé de longue durée à compter du 3 juin 2020, conformément à l'article L. 822-15 du code général de la fonction publique, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Châteauneuf-sur-Loire la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 mars 2021 du maire de la commune de Châteauneuf-sur-Loire rejetant la demande de congé de longue durée présentée par M. C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Châteauneuf-sur-Loire de placer M. C en congé de longue durée à compter du 3 juin 2020, conformément à l'article L. 822-15 du code général de la fonction publique.
Article 3 : La commune de Châteauneuf-sur-Loire versera à M. C la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Châteauneuf-sur-Loire.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Vincent, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
Laurence B
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Lucie BARRUET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026