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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101596

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101596

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101596
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 4ème chambre
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mai et 19 novembre 2021, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 7 mars 2021 par laquelle la communauté de communes du Grand Chambord a implicitement refusé de lui communiquer les comptes rendus et le rapport de synthèse des contrôles des assainissements non collectifs établis par le cabinet Buffet en 2010 ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes du Grand Chambord de lui communiquer ces documents, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Grand Chambord le paiement de la somme de 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'accès aux documents administratifs est un droit constitutionnel ;

- la CADA a émis un avis favorable à la communication des documents sollicités ;

- la communauté de communes du Grand Chambord contrevient à ses obligations légales en ne communiquant pas les documents administratifs sollicités ;

- ses demandes de communication de documents ne revêtent pas un caractère abusif.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 octobre et 24 novembre 2021, la communauté de communes du Grand Chambord, représentée par Me Rainaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande de M. A présente un caractère abusif au sens du dernier alinéa de l'article L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'argumentation développée à propos de la publication de documents issus de conseils communautaires est inopérante dès lors que la requête porte sur la communication de documents se rapportant à une prestation de contrôle des assainissements non collectifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tissier-Lotz, substituant Me Rainaud, représentant la communauté de communes du Grand Chambord.

Une note en délibéré, produite par Me Tissier-Lotz, représentant la communauté de communes du Grand Chambord, a été enregistrée le 29 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courriel du 7 décembre 2020, M. B A a demandé à la communauté de communes du Grand Chambord, soit de lui communiquer par voie électronique, soit de l'autoriser à consulter, le rapport de synthèse et les comptes rendus des contrôles des assainissements non collectifs établis par le cabinet Buffet en 2010. La communauté de communes du Grand Chambord a accusé réception de sa demande le 11 décembre 2020. En l'absence de réponse de l'établissement public de coopération intercommunale, M. A a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) d'une demande d'avis, enregistrée le 7 janvier 2021. La commission a rendu, le 4 mars 2021, un avis favorable à la demande de M. A, sous réserve de l'occultation des éléments relatifs à la composition et à l'utilisation du bâtiment qui ne sont pas, par eux-mêmes, des informations relatives à l'environnement et qui mettent en cause la protection de la vie privée. M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la communauté de communes du Grand Chambord sur sa demande de communication pendant les deux mois qui ont suivi l'enregistrement de sa saisine de la CADA.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ". Aux termes de l'article L. 311-2 du même code : " () L'administration n'est pas tenue de donner suite aux demandes abusives, en particulier par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ".

3. En premier lieu, les comptes rendus des contrôles des assainissements non collectifs réalisés en 2010 par le cabinet Buffet ainsi que le rapport de synthèse établi par ce même cabinet au profit de la communauté de communes du Grand Chambord, laquelle exerce la compétence assainissement en vertu des dispositions de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales, constituent des documents administratifs au sens de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration. Ces documents sont communicables comme l'a estimé la CADA dans son avis n° 20210141 du 4 mars 2021.

4. En second lieu, revêt un caractère abusif au sens du dernier alinéa de l'article L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration, la demande qui a pour objet de perturber le bon fonctionnement de l'administration sollicitée ou qui aurait pour effet de faire peser sur elle une charge disproportionnée au regard des moyens dont elle dispose.

5. Pour refuser à M. A la communication des documents sollicités, la communauté de communes du Grand Chambord soutient que les demandes répétées et systématiques de communication et/ou de publication, en particulier des documents relatifs aux séances du conseil communautaire, formulées par l'intéressé auprès de ses services présentent un caractère abusif. Elle fait valoir que depuis 2015, M. A lui a adressé pas moins d'une dizaine de demandes de cette nature chaque année et a saisi une trentaine de fois la CADA pour avis durant la même période. Elle ajoute qu'au fil des années, le requérant est devenu de plus en plus vindicatif à son endroit et à l'encontre de son président auquel il a notamment adressé des mails tendancieux à propos de l'assainissement non collectif et de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères sur le territoire de l'établissement public. Toutefois, la communauté de communes du Grand Chambord ne démontre pas, par les seuls éléments qu'elle fait valoir, que la demande de M. A aurait eu pour objet de perturber le bon fonctionnement de ses services administratifs ni que la reproduction ou le traitement numérique des documents sollicités représenteraient, eu égard aux moyens dont ces derniers disposent, un volume disproportionné ou excessif. S'il ressort du " tableau de suivi interne des demandes formulées par M. A ", produit à l'instance par la communauté de communes du Grand Chambord, que le requérant a sollicité la communication ou la publication d'un grand nombre de documents administratifs au cours des six années ayant précédé le refus litigieux, et s'il n'est pas contesté qu'il a introduit devant le tribunal quatre autres recours contre les décisions de refus qui lui ont été opposées, ces circonstances ne suffisent pas à établir que la demande de l'intéressé revêtait, dans les circonstances de l'espèce, un caractère abusif, alors au demeurant que comme l'indique la communauté de communes dans ses écritures, les demandes de l'intéressé sont " globalement satisfaites ". Par ailleurs, la dégradation de la relation entre elle-même et le requérant invoquée par la communauté de communes du Grand Chambord, qui se réfère à cet égard à deux courriels de M. A datés du 22 juin 2020 et du 18 janvier 2021, ne justifie pas davantage de qualifier la demande en litige comme étant abusive. Enfin, il n'est pas établi, ni même soutenu, que la communauté de communes serait dans l'impossibilité matérielle de communiquer les documents administratifs en cause. Il s'ensuit que la communauté de communes du Grand Chambord ne pouvait légalement refuser de faire droit à la demande de communication du requérant.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la communauté de communes du Grand Chambord a implicitement refusé de lui communiquer les comptes rendus et le rapport de synthèse des contrôles des assainissements non collectifs établis par le cabinet Buffet en 2010.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'annulation par le présent jugement de la décision attaquée implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint à la communauté de communes du Grand Chambord de communiquer au requérant, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement, les comptes rendus et le rapport de synthèse des contrôles des assainissements non collectifs établis par le cabinet Buffet en 2010, le cas échéant à l'exception des éléments ou après occultation des mentions prévus par les dispositions de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes du Grand Chambord la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la communauté de communes du Grand Chambord soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite de rejet née le 7 mars 2021 du silence gardé par la communauté de communes du Grand Chambord sur la demande de communication de documents présentée par M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la communauté de communes du Grand Chambord de communiquer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les comptes rendus et le rapport de synthèse des contrôles des assainissements non collectifs établis par le cabinet Buffet en 2010, sous la réserve énoncée au point 7 du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par la communauté de communes du Grand Chambord au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté de communes du Grand Chambord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Patricia C

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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