jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2101668 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GREENLAW AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mai 2021 et le 29 novembre 2022, Mme S H, M. M P, M. V et Mme AB E, M. I et Mme X AE, Mme Q O, M. AD et Mme J Z, M. AA et Mme T Y, Mme G R, Mme D N, M. A L, Mme AC F, représentés par Me Ruffié, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2021 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a enregistré l'unité de méthanisation située au lieudit Les Ouches sur le territoire de la commune d'Illiers-Combray au profit de la SARL Avenir Biogaz ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la SARL Avenir Biogaz la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- le dossier de demande d'enregistrement est insuffisant et incomplet ;
- la procédure est irrégulière en ce que la commune de Mottereau n'a pas procédé à l'affichage de l'avis de consultation du public au moins quinze jours avant le début de la consultation ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de droit en ce que le projet aurait dû faire l'objet d'une autorisation environnementale en application des dispositions de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement ;
- il méconnaît l'article 6 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicable aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par deux mémoires enregistrés le 27 septembre 2021 et le 4 août 2022, la société Avenir Biogaz, représentée par Me Gandet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge solidaire des requérants la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 29 novembre 2022, Mme B AG et M. U AF, déclarent se désister purement et simplement de leur requête.
Par une lettre du 15 mars 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer sur la requête dans l'attente de la régularisation de l'arrêté d'enregistrement en litige s'il retenait comme fondé le vice tiré de l'insuffisante présentation, par le dossier de demande d'enregistrement, des capacités financières du pétitionnaire, vice susceptible d'avoir nui à l'information du public.
Par un mémoire enregistré le 20 mars 2024 et communiqué, le préfet d'Eure-Loir a formulé des observations en réponse au courrier du 15 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicable aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pajot,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Tissier-Lotz, substituant Me Ruffié et représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 juin 2020, la société SARL Avenir Biogaz a déposé une demande d'enregistrement d'une unité de méthanisation au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, au lieudit les Ouches sur le territoire de la commune d'Illiers-Combray. Par un arrêté du 7 janvier 2021, le préfet d'Eure-et-Loir a procédé à l'enregistrement de cette installation de méthanisation. Par la requête ci-dessus analysée, les requérants demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur le désistement :
2. Le désistement de Mme AG et de M. AF étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'environnement, dans sa version en vigueur à la date d'enregistrement de la requête : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. ()
4. Aux termes de l'article R. 514-3-1 du code de l'environnement : " Les décisions mentionnées aux articles L. 211-6 et L. 214-10 et au I de l'article L. 514-6 peuvent être déférées à la juridiction administrative : 1° Par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers que le fonctionnement de l'installation présente pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 dans un délai de quatre mois à compter du premier jour de la publication ou de l'affichage de ces décisions () ". ". Aux termes de l'article L. 514-6 du code de l'environnement : " III. - Les tiers qui n'ont acquis ou pris à bail des immeubles ou n'ont élevé des constructions dans le voisinage d'une installation classée que postérieurement à l'affichage ou à la publication de l'acte portant autorisation ou enregistrement de cette installation ou atténuant les prescriptions primitives ne sont pas recevables à déférer ledit arrêté à la juridiction administrative ".
5. En application de ces dispositions, il appartient au juge administratif d'apprécier si les personnes physiques tierces qui contestent une décision prise au titre de la police des installations classées justifient d'un intérêt suffisamment direct leur donnant qualité pour en demander l'annulation, compte tenu des inconvénients et dangers que présente pour elles l'installation en cause, appréciés notamment en fonction de la situation des intéressés et de la configuration des lieux.
6. D'une part, si la SARL Avenir Biogaz se prévaut des dispositions de l'article L. 514-6 du code de l'environnement au soutien de sa fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants, la date de l'affichage ou de la publication de l'arrêté portant enregistrement de l'unité de méthanisation du 8 juin 2020 n'est toutefois ni justifiée ni même précisée, de sorte que ces dispositions ne peuvent être opposées. D'autre part, il résulte de l'instruction que le fonctionnement de l'installation autorisée, située à environ 500 mètres du lotissement du lieu-dit les Dauffrais, au sein duquel résident les requérants, personnes physiques, est susceptible de présenter des inconvénients pour la commodité des résidents de ce lieu-dit, notamment du fait de nuisances olfactives et sonores, critères qui se rattachent à l'article L. 511-1 du code de l'environnement et dont se prévalent les requérants. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Adrien Bayle, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par un arrêté du 12 novembre 2020, publié au recueil des actes administratifs le 13 novembre 2020, Mme K W, préfète d'Eure-et-Loir a donné délégation à M. C à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, contrats () relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure-et-Loir " à l'exception de documents et matières dont ne relèvent pas l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable au litige : " A chaque exemplaire de la demande d'enregistrement doivent être jointes les pièces suivantes : 1° Une carte au 1/25 000 ou, à défaut, au 1/50 000 sur laquelle sera indiqué l'emplacement de l'installation projetée ; 2° Un plan, à l'échelle de 1/2 500 au minimum, des abords de l'installation jusqu'à une distance qui est au moins égale à 100 mètres. Lorsque des distances d'éloignement sont prévues dans l'arrêté de prescriptions générales prévu à l'article L. 512-7, le plan au 1/2 500 doit couvrir ces distances augmentées de 100 mètres ; 3° Un plan d'ensemble, à l'échelle de 1/200 au minimum, indiquant les dispositions projetées de l'installation ainsi que, jusqu'à 35 mètres au moins de celle-ci, l'affectation des constructions et terrains avoisinants, le tracé des réseaux enterrés existants, les canaux, plans d'eau et cours d'eau. Une échelle plus réduite peut, à la requête du pétitionnaire, être admise par l'administration ; () 7° Les capacités techniques et financières de l'exploitant ; () 9° Les éléments permettant au préfet d'apprécier, s'il y a lieu, la compatibilité du projet avec les plans, schémas et programmes mentionnés aux 4°, 5°, 17° à 20°, 23° et 24° du tableau du I de l'article R. 122-17 ainsi qu'avec les mesures fixées par l'arrêté prévu à l'article R. 222-36 ; () "
9. Il appartient, au juge du plein contentieux des installations classées d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce, sous réserve du respect des règles d'urbanisme qui s'apprécie au regard des circonstances de fait et de droit applicables à la date de l'autorisation. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant le dossier de demande d'enregistrement au titre de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement ne sont susceptibles de vicier la procédure et ainsi d'entacher d'irrégularité l'arrêté d'enregistrement attaqué que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
10. Si les requérants soulèvent une incohérence entre le dossier d'enregistrement et le plan cadastral s'agissant de la dénomination des parcelles, il résulte de l'instruction que le dossier de demande d'enregistrement a visé les parcelles cadastrées concernées par le projet comme étant les parcelles ZI 17 et 18 en ajoutant spécifiquement que les parcelles étaient en cours de découpage par un géomètre. Il résulte de l'instruction et notamment des pièces produites par le préfet d'Eure-et-Loir qu'il y a bien eu une modification du parcellaire cadastral et que ces parcelles sont devenues les parcelles ZL 48 à 51. Or, il ressort bien de l'arrêté litigieux et notamment de son article 1.2.2 que les installations sont situées sur le territoire de la commune d'Illiers-Combray parcelles n° 48 et 50 de la section ZL de sorte qu'aucune incohérence ne saurait en tout état de cause avoir eu pour effet de vicier la procédure.
11. Les requérants soutiennent que le pétitionnaire a formulé une demande de réduction d'échelle à l'administration qui n'a pas été acceptée. Il résulte de l'instruction qu'une demande de réduction d'échelle a été formulée par la société exploitante auprès de la préfecture d'Eure-et-Loir au sein du dossier de demande d'enregistrement. Or cette demande a été implicitement accordée par le préfet d'Eure-et-Loir qui n'a pas exigé la production du plan d'ensemble à l'échelle prévue par les dispositions citées au point 8. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas même allégué, que le plan produit n'aurait pas permis à l'autorité administrative d'instruire la demande d'enregistrement litigieuse en toute connaissance de cause et aurait ainsi exercé une influence sur le sens de l'arrêté attaqué ou privé le public d'une garantie.
12. Le dossier de demande d'enregistrement indique que " l'ensemble des bâtiments et équipements du site seront situés à plus de 100 m des premiers tiers. Il n'y a pas de cours d'eau ni de périmètre de protection de captage d'eau à proximité. ", que la distance de l'unité de méthanisation en projet et de la fosse de stockage par rapport à la Vallée de Reuse (berge de cours d'eau) est de 820 mètres et qu'aucun puits ou forage n'est présent sur le site. Si les requérants soutiennent que ces mentions sont inexactes au motif que le projet est situé à moins de 35 mètres d'une " vallée de drainage servant à évacuer le surplus d'eau des champs ", aucune disposition n'impose de mentionner la distance du projet par rapport à ce type d'ouvrage au sein du dossier de demande d'enregistrement.
13. Il résulte des dispositions de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement dans sa rédaction applicable à la décision attaquée que la société pétitionnaire était tenue de fournir, à l'appui de sa demande d'enregistrement, des indications précises et étayées sur ses capacités financières. Si cette règle a été ultérieurement modifiée par le décret du 30 juillet 2021 portant diverses dispositions d'application de la loi d'accélération et de simplification de l'action publique et de simplification en matière d'environnement, qui a modifié l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement, cette évolution de la règle de droit est sans incidence sur le litige, le respect des règles de procédure étant apprécié au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation. Si le préfet d'Eure-et-Loir se prévaut des dispositions de l'article L. 512-7-3 du code de l'environnement, celles-ci sont relatives aux règles de fond de l'arrêté d'enregistrement, et sont par suites différentes des règles de procédure de l'arrêté régies en l'espèce par l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement.
14. Pour justifier de ses capacités financières, la SARL Avenir Biogaz a produit un " business plan " en annexe du dossier de demande d'enregistrement. Le montant global du projet est de 8 005 846 euros et le dossier mentionne que le financement du projet est prévu avec une part d'autofinancement à hauteur de 11,24% et une part de crédit pour le reste soit 88,76% sous la forme d'un prêt sur 12.65 ans avec un taux d'intérêt à 2.27%, que le financement de l'ensemble de ces investissements sera assuré par les recettes issues de la revente du gaz ainsi que par un prêt bancaire dont les conditions sont en cours de rédaction avec les établissements bancaires. Des lettres d'intention d'établissements bancaires sont également jointes au dossier notamment une lettre du crédit agricole Val de France du 3 février 2020 qui précise " nous avons le plaisir de vous confirmer notre intention à participer au financement de la centrale Avenir Biogaz. Une analyse préliminaire sur la base des hypothèses que vous avez bien voulu nous fournir indique qu'un niveau de fonds propres, subventions inclus, à hauteur de 24% des coûts du projet est souhaitable soit 1 700 000 euros " et qui indique que cette lettre ne constitue pas une offre ou un engagement de la banque. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société pétitionnaire ne dispose d'aucun accord de financement en provenance d'un autre établissement bancaire, les deux autres lettres versées se bornant à faire état de l'étude du dossier. Dans ces conditions, le dossier de demande ne comporte pas d'indication suffisamment précise et étayée des capacités financières que la SARL Avenir Biogaz entend mettre en œuvre. Cette incomplétude du dossier de demande est susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de l'arrêté attaqué et a en outre nui à l'information complète du public. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le dossier de demande d'enregistrement est entaché d'irrégularité pour ce motif.
15. Enfin, il résulte du dossier de demande d'enregistrement que celui-ci en ses points 2.9.1 et 2.9.2 justifie de la compatibilité du projet avec le SDAGE et le SAGE puisqu'après avoir rappelé les objectifs de ces documents, il précise que " l'équilibre de fertilisation en azote et en phosphore sera respecté par la SARL dans le cadre des épandages de digestats sur les parcelles agricoles des associés de la SARL " et que " les associés disposent tous de parcelles en zone vulnérable au titre de la directive nitrates et respectent donc la réglementation en ce qui concerne une fertilisation équilibrée en azote. En ce qui concerne les pesticides, l'un des objectifs de la création de l'unité de méthanisation est justement de réduire leur utilisation par la culture d'interculture qui permettent de réduire la germination des adventices dans les parcelles. "
16. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande d'enregistrement doit être écarté en toutes ses branches à l'exception de celle tirée de l'insuffisance des capacités financières.
17. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 512-46-11 du code de l'environnement : " Le préfet transmet, dans les quinze jours suivant la réception du dossier complet et régulier, un exemplaire de la demande et du dossier d'enregistrement pour avis au conseil municipal de la commune où l'installation est projetée à celui des communes concernées par les risques et inconvénients dont l'établissement peut être la source et au moins à celles dont une partie du territoire est comprise dans un rayon d'un kilomètre autour du périmètre de l'installation concernée. () " Aux termes de l'article R. 512-46-13 de ce code : " Un avis au public est affiché ou rendu public deux semaines au moins avant le début de la consultation du public, de manière à assurer une bonne information du public ; 1° Par affichage à la mairie de chacune des communes mentionnées à l'article R. 512-46-11. L'accomplissement de cette formalité est certifié par le maire de chaque commune où il a lieu ; 2° Par mise en ligne sur le site internet de la préfecture, accompagné de la demande de l'exploitant mentionnée à l'article R. 512-46-3, pendant une durée de quatre semaines ; 3° Par publication aux frais du demandeur dans deux journaux diffusés dans le ou les départements intéressés, par les soins du préfet. Le préfet peut prescrire tout autre procédé de publicité si la nature et l'importance des risques ou inconvénients que le projet est susceptible de présenter le justifient. Cet avis au public, qui est publié en caractères apparents, précise la nature de l'installation projetée et l'emplacement sur lequel elle doit être réalisée, le lieu, les jours et horaires où le public pourra prendre connaissance du dossier, formuler ses observations sur un registre ouvert à cet effet et adresser toute correspondance. Il indique l'autorité compétente pour prendre la décision d'enregistrement et précise que l'installation peut faire l'objet d'un arrêté préfectoral d'enregistrement, éventuellement assorti de prescriptions particulières complémentaires aux prescriptions générales fixées par l'arrêté ministériel prévu au I de l'article L. 521-7, ou d'un arrêté préfectoral de refus. " Aux termes de l'article R. 512-46-15 du même code : " Il est procédé par les soins du demandeur, dès le dépôt de sa demande et jusqu'à la fin de la consultation, à l'affichage sur le site prévu pour l'installation d'un avis dont le contenu et la forme sont définis par arrêté du ministre chargé des installations classées. "
18. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment de deux procès-verbaux de constats d'huissier des 25 juin 2020 et 17 août 2020, que la SARL Avenir Biogaz a bien procédé à l'affichage sur le site de l'avis au public, le long de la RD 126 lieudit les Ouches entre le lieudit le Gros Buisson et les Dauffrais. D'autre part, la consultation du public a eu lieu entre le 31 août 2020 et le 28 septembre 2020. Il est constant que la commune de Mottereau est située dans un rayon d'un kilomètre autour du périmètre de l'installation concernée de sorte qu'en application des dispositions précitées l'avis au public devait être affiché deux semaines au moins avant le début de la consultation du public. Si deux certificats d'affichage de la commune de Mottereau font état d'une date de début d'affichage de l'avis au public en mairie différente (13 août 2020 et 31 août 2020), il ressort d'un échange de courriel entre la mairie de Mottereau et la préfecture d'Eure-et-Loir, que celle-ci lui a transmis le certificat d'affichage le jour même de l'affichage soit le 13 août 2020. Par suite, l'affichage de l'avis au public en mairie a bien eu lieu au moins deux semaines avant le début de la consultation au public. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure au regard des dispositions citées au point 17 doit dès lors être écarté.
19. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement : " Le préfet peut décider que la demande d'enregistrement sera instruite selon les règles de procédure prévues par le chapitre unique du titre VIII du livre Ier pour les autorisations environnementales : / 1° Si, au regard de la localisation du projet, en prenant en compte les critères mentionnés à l'annexe III de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement, la sensibilité environnementale du milieu le justifie ; / 2° Ou si le cumul des incidences du projet avec celles d'autres projets d'installations, ouvrages ou travaux situés dans cette zone le justifie ; / 3° Ou si l'aménagement des prescriptions générales applicables à l'installation, sollicité par l'exploitant, le justifie ; / Dans les cas mentionnés au 1° et au 2°, le projet est soumis à évaluation environnementale. Dans les cas mentionnés au 3° et ne relevant pas du 1° ou du 2°, le projet n'est pas soumis à évaluation environnementale. / Le préfet notifie sa décision motivée au demandeur, en l'invitant à déposer le dossier correspondant. Sa décision est rendue publique. "
20. Aux termes du point 2, relatif à la localisation des projets, de l'annexe III de la directive, modifiée, du 13 décembre 2011 : " La sensibilité environnementale des zones géographiques susceptibles d'être affectées par le projet doit être considérée en prenant notamment en compte : / a) l'utilisation existante et approuvée des terres ; / b) la richesse relative, la disponibilité, la qualité et la capacité de régénération des ressources naturelles de la zone (y compris le sol, les terres, l'eau et la biodiversité) et de son sous-sol ; / c) la capacité de charge de l'environnement naturel, en accordant une attention particulière aux zones suivantes : / i) zones humides, rives, estuaires ; / ii) zones côtières et environnement marin ; / iii) zones de montagnes et de forêts ; / iv) réserves et parcs naturels ; / v) zones répertoriées ou protégées par la législation nationale ; zones Natura 2000 désignées par les Etats membres en vertu des directives 92/43/CEE et 2009/147/CE ; / vi) zones ne respectant pas ou considérées comme ne respectant pas les normes de qualité environnementale fixées par la législation de l'Union et pertinentes pour le projet ; / vii) zones à forte densité de population ; / viii) paysages et sites importants du point de vue historique, culturel ou archéologique ".
21. Si les installations classées pour la protection de l'environnement soumises à enregistrement sont, en principe, dispensées d'une évaluation environnementale préalable à leur enregistrement, le préfet, saisi d'une demande d'enregistrement d'une installation, doit, en application de l'article L. 512-7-2 du code, se livrer à un examen particulier du dossier afin d'apprécier, notamment au regard de la localisation du projet et de la sensibilité environnementale de la zone d'implantation ou du cumul des incidences du projet avec celles d'autres projets d'installations, ouvrages ou travaux situés dans la même zone, qui constituent également des critères mentionnés à l'annexe III de la directive, si une évaluation environnementale est nécessaire. Ces critères doivent s'apprécier indépendamment des mesures prises par le pétitionnaire pour limiter l'impact de son projet sur l'environnement.
22. En l'espèce, le projet porte sur une installation de méthanisation d'effluents d'élevage et de cultures qui a vocation à traiter un maximum de 75 tonnes de déchets par jour et qui relève de ce fait de la procédure d'enregistrement, en application des critères et des seuils fixés par la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement annexée à l'article R. 511-9 du code de l'environnement.
23. D'une part il résulte de l'instruction que les installations de l'unité de méthanisation seront implantées sur les parcelles cadastrées section ZL 48 et 50, au lieudit les Ouches sur le territoire de la commune d'Illiers-Combray, lieudit localisé en zone agricole. Le terrain d'assiette de cette installation, qui se trouve à environ 6 km de la zone Natura 2000 la plus proche, qui n'est localisé ni en zone humide ni dans un périmètre de protection d'un captage d'eau potable, s'insère dans un vaste espace agricole, dont l'environnement naturel ne fait pas l'objet d'une protection paysagère ou écologique particulière. Ainsi, la zone d'emprise directe des installations comporte de faibles enjeux d'un point de vue environnemental.
24. En outre, le terrain d'assiette du projet n'est pas situé sur un site ou une zone de paysage important d'un point de vue historique, culturel et archéologique. Si les requérants soutiennent qu'il est situé à proximité de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) récemment adoptée par la commune et que cette dernière souhaite déposer une candidature pour le classement au patrimoine mondial de l'UNESCO des " sites proustiens " et de son patrimoine historique, et que le site constitue un paysage important compte tenu de ce qu'il est marqué par l'œuvre de Marcel Proust, il ne résulte pas de l'instruction que le terrain serait situé dans le périmètre de l'AVAP ni que ce site en particulier présenterait une zone de paysage important d'un point de vue historique, culturel et archéologique.
25. Enfin, si l'unité de méthanisation est prévue à proximité d'un élevage de porcs existant, à moins de 300 mètres, et à proximité de neuf autres exploitations agricoles, les requérants, qui se bornent à soutenir qu'au regard du nombre d'exploitations et de leur teneur, le projet présenterait des risques d'effets cumulés avec ceux d'autres installations classées pour la protection de l'environnement existantes ou d'autres projets autorisés dans cette zone, n'établissent pas un tel risque.
26. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement estimer, tant au regard de la localisation du projet que de ses caractéristiques, que le projet ne présentait pas une sensibilité environnementale justifiant la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement.
27. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicable aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " Implantation. Sans préjudice des règlements d'urbanisme, l'installation de méthanisation satisfait les dispositions suivantes : () - Elle est distante d'au moins 35 mètres des puits et forages de captage d'eau extérieurs au site, des sources, des aqueducs en écoulement libre, des rivages et des berges des cours d'eau, de toute installation souterraine ou semi-enterrée utilisée pour le stockage des eaux destinées à l'alimentation en eau potable, à des industries agroalimentaires ou à l'arrosage des cultures maraîchères ou hydroponiques ; la distance de 35 mètres des rivages et des berges des cours d'eau peut toutefois être réduite en cas de transport par voie d'eau ; () "
28. Les requérants soutiennent que l'arrêté méconnaît les dispositions précitées de l'arrêté du 12 août 2010 en ce que l'installation de stockage des matières et des digestats est située à moins de 35 mètres d'une vallée de drainage. Toutefois, l'article 6 de l'arrêté du 12 août 2010 fixe de façon exhaustive la liste des installations pour lesquelles la distante d'au moins 35 mètres est obligatoire. Or, il ne résulte pas de l'instruction et n'est au demeurant pas allégué, que cette " vallée de drainage servant à évacuer le surplus d'eau des champs " constituerait un puits ou forage de captage d'eau extérieur au site, une source, un aqueduc en écoulement libre, un rivage ou une berge des cours d'eau, une installation souterraine ou semi-enterrée utilisée pour le stockage des eaux destinées à l'alimentation en eau potable, à des industries agroalimentaires ou à l'arrosage des cultures maraîchères ou hydroponiques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 12 août 2010 doit être écarté.
29. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à prétendre que l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance d'information du public en ce qui concerne les capacités financières du pétitionnaire.
Sur la régularisation de l'arrêté d'enregistrement :
30. Le vice relevé au point 14 du présent jugement est susceptible d'être régularisé par un arrêté d'enregistrement modificatif pris après information du public.
31. Le dossier devra ainsi être complété afin de comporter des indications précises et étayées attestant des capacités financières que la SARL Avenir Biogaz entend mettre en œuvre, au regard des dispositions de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement, applicables à la date de l'arrêté litigieux. Cet élément devra être mis en ligne sur le site de la préfecture d'Eure-et-Loir, de manière à ce qu'une information suffisante du public soit assurée et que celui-ci dispose de la possibilité de présenter ses observations.
32. Il en résulte que, pour régulariser le vice relevé ci-dessus, il y a lieu de surseoir à statuer pendant un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, délai dans lequel la SARL Avenir Biogaz ou le préfet d'Eure-et-Loir devra transmettre au tribunal un arrêté d'enregistrement modificatif.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de la requête de Mme AG et de M. AF.
Article 2 : Il est sursis à statuer sur les conclusions d'annulation de Mme H et autres jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois imparti à la société pétitionnaire ou au préfet d'Eure-et-Loir pour produire au tribunal un arrêté d'enregistrement modificatif dans les conditions définies aux points 30 à 32 du présent jugement.
Article 3 : Tous droits et conclusions des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme S H, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société Avenir Biogaz.
Copie en sera adressée au préfet d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026