jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2101758 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET PAUL-AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mai 2021 et le 5 octobre 2021, la société On Tower France et la société Free mobile, représentées par Me Martin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2020 par laquelle le maire de Blois s'est opposé à la déclaration préalable ainsi que la décision du 20 mars 2021 de rejet de leur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de Blois de délivrer à la société On Tower France une décision de non opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Blois la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors que le maire ne pouvait compétemment se fonder sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, la protection de la santé contre les ondes électromagnétiques relevant du pouvoir de police spéciale confié par le législateur aux autorités désignées par le code des postes et communications électroniques ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la délibération du conseil municipal de Blois du 28 septembre 2020 proposant de soutenir un moratoire sur les autorisations à délivrer aux opérateurs pour l'exploitation de la 5G dans l'attente d'études scientifiques permettant de rendre un avis définitif et éclairé sur les conséquences du déploiement de la 5G sur la santé humaine ;
- le maire a fait une application erronée des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et du principe de précaution.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 août 2021 et le 20 août 2021, la commune de Blois, représentée par Me Paul, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des sociétés requérantes la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que par arrêté du 10 août 2021, son maire a décidé de ne pas s'opposer à l'autorisation d'urbanisme sollicitée par la société On Tower France et a abrogé la décision d'opposition à la déclaration préalable.
Par une ordonnance du 21 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été prononcée au 10 novembre 2021.
La commune de Blois a produit un mémoire enregistré le 16 mai 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et non communiqué.
Vu :
- l'ordonnance n° 21022911 du 12 juillet 2021 du juge des référés du tribunal administratif d'Orléans ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution ;
- le code de l'environnement ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pajot,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société On Tower France a déposé le 2 octobre 2020 en mairie de Blois (Loir-et-Cher) une déclaration préalable pour l'ajout de trois antennes supplémentaires de téléphonie mobile et le déplacement d'antennes existantes. Le maire s'étant opposé à la déclaration préalable par un arrêté du 14 décembre 2020, la société pétitionnaire a formé un recours gracieux contre cette décision. Cette société et la société Free Mobile demandent au tribunal d'annuler la décision du 14 décembre 2020, ainsi que la décision implicite de rejet de ce recours gracieux.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Eu égard à son caractère provisoire, une telle décision peut être remise en cause par l'autorité administrative.
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 10 août 2021, par lequel le maire de la commune de Blois a abrogé la décision attaquée et a pris une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux présentée par la société On Tower France a été délivrée en exécution du réexamen ordonné par le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans dans son ordonnance du 12 juillet 2021. Dès lors, cet arrêté présente, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé et ne saurait avoir pour effet de priver d'objet les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2020.
4. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Blois doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
6. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la société On Tower France sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le maire de Blois s'est fondé sur les circonstances que le déploiement de la 5G fait potentiellement courir un risque sur la santé humaine, qu'aucune étude scientifique ne permet de rendre un avis définitif et éclairé sur les conséquences du déploiement de la 5G sur la santé humaine et qu'il est nécessaire par précaution de faire application des dispositions précitées. Toutefois, si la commune de Blois se prévaut d'un risque potentiel pour la santé, en citant notamment de manière générale des études ayant été réalisés en Autriche, en Pologne, en Egypte, et des enquêtes réalisées par l'association Santé Environnement France, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir l'existence d'un risque au regard de l'exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile 5G. Le maire de Blois ne fait d'ailleurs pas état, dans la décision attaquée, d'un risque établi à cet égard, se bornant à citer la délibération du conseil municipal de Blois du 28 septembre 2020 proposant de soutenir un moratoire sur les autorisations à délivrer aux opérateurs pour l'exploitation de la 5G dans l'attente d'études scientifiques, les termes de cette délibération se bornant au demeurant à indiquer que très peu d'études sanitaires ont porté sur les bandes d'ondes magnétiques utilisées par la technologie 5G et que le centre de recherche international contre le cancer a classifié les radiofréquences comme carcinogènes possibles. Il ne ressort en outre d'aucun élément versé au dossier que le projet serait de nature à porter atteinte à la sécurité publique. Dans ces conditions, les sociétés requérantes sont fondées à soutenir que le maire de Blois a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en s'opposant à la déclaration préalable déposée par la société On Tower France en application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de la Charte de l'environnement : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ". Aux termes des dispositions de l'article L. 110-1 du code de l'environnement : " I. - Les espaces, ressources et milieux naturels terrestres et marins, les sons et odeurs qui les caractérisent, les sites, les paysages diurnes et nocturnes, la qualité de l'air, la qualité de l'eau, les êtres vivants et la biodiversité font partie du patrimoine commun de la nation. Ce patrimoine génère des services écosystémiques et des valeurs d'usage. / Les processus biologiques, les sols et la géodiversité concourent à la constitution de ce patrimoine. / On entend par biodiversité, ou diversité biologique, la variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques, ainsi que les complexes écologiques dont ils font partie. Elle comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces, la diversité des écosystèmes ainsi que les interactions entre les organismes vivants. / On entend par géodiversité la diversité géologique, géomorphologique, hydrologique et pédologique ainsi que l'ensemble des processus dynamiques qui les régissent, y compris dans leurs interactions avec la faune, la flore et le climat. / II. - Leur connaissance, leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état, leur gestion, la préservation de leur capacité à évoluer et la sauvegarde des services qu'ils fournissent sont d'intérêt général et concourent à l'objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s'inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : / 1° Le principe de précaution, selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable ; () ".
8. S'il appartient à l'autorité administrative compétente de prendre en compte le principe de précaution lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, les dispositions de l'article 5 de la Charte de l'environnement ne permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés sur l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus d'autorisation.
9. A supposer que l'arrêté litigieux soit fondé sur la méconnaissance du principe de précaution, en se bornant à faire valoir qu'il existe un risque sanitaire pour les personnes habitant à proximité de l'antenne relais en raison des ondes émises par celle-ci, et alors qu'elle ne produit en défense aucune pièce établissant que le projet de la société On Tower France comporterait, en l'état des connaissances scientifiques, des risques, mêmes incertains, de dommages graves et irréversibles à l'environnement ou même de quelconques conséquences dommageable pour l'environnement, la commune de Blois ne démontre pas que son maire pouvait légalement s'opposer à la déclaration préalable déposée par la société requérante en se fondant sur l'article 5 de la Charte de l'environnement précité. La société On Tower France est donc fondée à soutenir que le maire de Blois a méconnu ces dispositions.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2020 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
12. Eu égard aux motifs qui la fonde, l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2020 implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le maire de Blois prenne une décision de non opposition à la déclaration préalable déposée par la société pétitionnaire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés On Tower France et Free mobile, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Blois demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune de Blois la somme demandée par les sociétés requérantes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 décembre 2020 du maire de Blois et la décision de rejet du recours gracieux formé à l'encontre de cet arrêté sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Blois de prendre une décision de non-opposition aux travaux déclarés par la société On Tower France dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par les sociétés On Tower France et Free mobile est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Blois au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société On Tower France, à la société Free mobile et à la commune de Blois.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026