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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101787

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101787

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL GUILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mai 2021 et le 22 mars 2022, Mme G E, représentée par Me Guilbert, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 17 mars 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Loiret a rejeté son recours gracieux exercé contre la décision du 9 décembre 2020 par laquelle il lui avait retiré son agrément d'assistante maternelle ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Loiret de lui délivrer un nouvel agrément dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de condamner le département du Loiret à lui verser une indemnité de 10 950 euros au titre du préjudice matériel subi en raison du retrait de son agrément d'assistante familiale ;

4°) de mettre à la charge du département du Loiret les entiers dépens.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait, dès lors qu'elle ne repose que sur un rapport de visite inopinée à son domicile manquant d'objectivité ;

- le département du Loiret a entaché sa décision d'un vice de procédure, dès lors qu'elle a reçu son dossier trois jours seulement avant la tenue de la commission paritaire départementale et qu'elle n'a pas été destinataire des pièces complémentaires qu'elle a sollicitées auprès de cette commission ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses compétences et de son comportement auprès des enfants accueillis.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 décembre 2021, le 22 avril 2022 et le 16 juin 2022, le département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernard,

- les conclusions de M. Eric Gauthier, rapporteur public,

- et les observations de Mme D, représentant le département du Loiret.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G E était agréée en qualité d'assistante maternelle depuis le

3 août 2005. Son agrément l'autorisait à accueillir simultanément à son domicile quatre enfants mineurs à la journée, dont un de plus de quinze mois et un de plus de deux ans. Le 4 novembre 2020, à la suite du signalement d'un parent et d'une visite inopinée des services du département à son domicile, Mme E a été informée, par courrier, de l'examen de son dossier par la commission consultative paritaire départementale pouvant conduire au retrait de son agrément. Suite à l'avis de cette commission réunie le 1er décembre 2020, le président du conseil départemental du Loiret a prononcé, le 9 décembre 2020, le retrait de l'agrément de Mme E en qualité d'assistante maternelle. Le 17 mars 2021, il a rejeté la demande de Mme E, adressée le 19 janvier 2021, de lui restituer son agrément. Par sa requête ci-dessus analysée, Mme E demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner le département à lui verser une indemnité de 10 950 euros au titre du préjudice matériel subi en raison du retrait de son agrément d'assistante maternelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 17 mars 2021 a été signée par M. F C, directeur de la petite enfance, de l'enfance et de la famille, qui a reçu délégation de signature du président du conseil départemental du Loiret par une décision du 23 novembre 2020, régulièrement notifiée et rendue exécutoire, à l'effet " () de signer l'ensemble des documents relevant de ses attributions et des compétences dévolues à la Direction de la petite enfance, enfance et famille () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision du 9 décembre 2020, par laquelle le président du conseil départemental a retiré à Mme E son agrément d'assistante maternelle, vise les dispositions du code de l'action sociale et des familles, notamment ses articles L. 421-1 et suivants, R. 421-1 et suivants et son annexe 4-8. Elle indique que l'agrément de Mme E est retiré à compter de la notification de cette décision, compte tenu de l'" impossibilité actuelle de garantir la santé, la sécurité et l'épanouissement des mineurs accueillis au domicile de Mme G E du fait de de l'incapacité à assurer la sécurité physique des enfants et mise en danger d'un bébé lors d'un trajet en voiture () et de l'incapacité à percevoir et répondre aux besoins des enfants accueillis, notamment assurer la sécurité affective des enfants ". B décision mentionne également une rigidité et un comportement autoritaire de Mme E, inadapté à l'accueil des enfants, en particulier à l'égard de certains d'entre eux. La décision du 17 mars 2021 revient également sur deux faits, à savoir le transport en voiture d'un enfant qui était mal attaché dans son siège et le fait d'avoir frappé à la main un autre enfant. Il ressort des pièces du dossier que les faits qui lui sont reprochés, et qui ont conduit au retrait de son agrément, lui ont été exposés à la suite d'une visite inopinée réalisée par deux éducatrices des services départementaux et ayant donné lieu à l'établissement d'une fiche de suivi que Mme E produit elle-même à l'appui de sa requête, puis en commission consultative paritaire départementale réunie le 1er décembre 2020. Dans ces conditions, la décision en litige doit être regardée comme suffisamment motivée en fait et en droit. Le moyen tiré de l'absence de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E a sollicité la communication de son dossier le 9 puis le 16 novembre 2020, avant la séance de la commission consultative paritaire départementale qui s'est tenue le 1er décembre 2020 et qu'elle en a reçu communication le 24 novembre 2020 par l'intermédiaire de la responsable de l'accueil individuel du jeune enfant de la direction petite enfance du département du Loiret. Si Mme E soutient que le délai de consultation des pièces a été trop court et qu'elle n'a pas reçu communication de pièces complémentaires qu'elle a sollicitées, il ressort également des éléments produits à l'instance, et notamment du courrier qu'elle a adressé à la commission le 1er décembre 2020, qu'elle a eu connaissance des faits reprochés et que les précisions dont elle disposait étaient suffisantes pour lui permettre de les contester utilement et, ainsi, exercer ses droits à un débat contradictoire. Enfin, si Mme E conteste l'anonymisation de certaines déclarations figurant dans son dossier, le rapport de visite inopinée du 29 septembre 2020 mentionne les faits reprochés et ayant motivé le retrait de son agrément. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil général peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait () Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés () ". Aux termes de l'article R. 421-23 du même code : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'un signalement transmis par la mère d'un enfant accueilli par Mme E, une visite inopinée a été réalisée à son domicile par deux éducatrices des services départementaux. Le compte-rendu de cette visite, visé par deux professionnelles de la petite enfance, mentionne que Mme E a réalisé un trajet en voiture sans attacher selon les consignes de sécurité requises pour le siège utilisé l'un des enfants qu'elle accueillait, âgé de cinq mois. La requérante a indiqué à cet égard : " j'ai fait une faute, je le sais () J'aurais pu renoncer à cette sortie mais je ne voulais pas priver les autres enfants ". A faisant, l'intéressée a méconnu les dispositions de l'article R. 412-2 du code de la route qui prévoit que : " le conducteur doit s'assurer que tout enfant de moins de dix ans est retenu par un système homologué de retenue pour enfant adapté à sa morphologie et à son poids () ". Mme E, qui a reconnu les faits, ne peut utilement invoquer pour justifier son comportement ni le prétendu mauvais fonctionnement du siège en question ni la nécessité qu'il y aurait eu pour le bien-être des enfants de réaliser une sortie dans un parc ni, enfin, l'absence de solution pertinente apportée par les collègues assistantes maternelles qu'elle a sollicitées au cours de cette sortie pour l'aider à résoudre cette difficulté. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que les professionnelles ayant réalisé la visite inopinée au domicile de Mme E ont constaté une attitude insuffisamment adaptée vis-à-vis des enfants présents et hostile à leur encontre ainsi que des déclarations contradictoires de Mme E quant aux faits reprochés, qu'elle a niés ou reconnus selon les interlocuteurs et les occasions. En outre, un courrier produit à l'appui de sa requête et rédigé par les parents d'un autre enfant accueilli, bien que relativisant les faits, mentionne que Mme E a reconnu avoir à une occasion frappé la main d'un enfant lors d'un passage de consigne. Enfin, la fiche de synthèse de la commission consultative paritaire départementale mentionne un comportement inadapté de Mme E durant ses présences au relais des assistantes maternelles et un traitement différencié de sa part selon les enfants accueillis, faisant preuve vis-à-vis de certains d'une excessive rigueur. Par suite, le président du conseil départemental du Loiret, en prononçant le retrait de l'agrément d'assistante maternelle de la requérante, n'a pas entaché sa décision d'une erreur dans l'appréciation du comportement et des compétences de cette dernière. Le moyen doit, par suite, être écarté.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

7. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander la condamnation du département du Loiret à l'indemniser de son préjudice matériel. En tout état de cause, et selon les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, ces conclusions ne sont pas recevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande préalable en ce sens, formulée auprès du département.

Sur les frais liés à l'instance :

8. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions formées à ce titre sont sans objet et doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E et au département du Loiret.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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