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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101883

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101883

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 4ème chambre
Avocat requérantVEAUVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mai et 9 août 2021, Mme B A, représentée par Me Mongis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 21 mai 2021 par laquelle le service départemental d'incendie et de secours d'Indre-et-Loire (SDIS 37) a refusé de l'indemniser ;

2°) de condamner le SDIS 37 au paiement de la somme de 1 916,64 euros en réparation du préjudice matériel qu'elle estime avoir subi ;

3°) de mettre à la charge du SDIS 37 le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 21 mai 2021 ne mentionne pas la date de l'instance décisionnaire ayant rejeté sa demande indemnitaire ;

- la responsabilité pour faute du SDIS 37 est engagée ; ce service a commis une faute dans l'organisation du service dès lors que les pompiers n'ont pas pris d'échelle pour réaliser leur intervention ; le sergent C a commis une faute de service en escaladant la fontaine ce qui a entraîné sa destruction ;

- elle a subi un préjudice matériel qui s'élève à la somme totale de 1 916,64 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juin et 31 août 2021, le service départemental d'incendie et de secours d'Indre-et-Loire, représenté par Me Cebron de Lisle, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle ne comporte pas de conclusions indemnitaires chiffrées ;

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas dirigée contre une décision comme le prévoit l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- la requérante ne justifie pas de l'existence d'un lien de causalité entre l'intervention du SDIS, le 3 juin 2020, et la dégradation de la fontaine ;

- Mme A n'établit pas être la propriétaire de la fontaine en litige ;

- l'intervention du SDIS a été exécutée dans le cadre d'un contexte d'urgence et les agents du SDIS n'ont pas eu le temps de s'assurer de la solidité de la fontaine ;

- la requérante leur a affirmé que la fontaine était scellée au sol et solide ;

- le SDIS peut être exonéré de sa responsabilité en raison de l'existence d'un événement de force majeure et d'une faute imputable à la victime.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rouault-Chalier,

- et les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 juin 2020, le service départemental d'incendie et de secours d'Indre-et-Loire (SDIS 37) a été appelé pour intervenir pour une suspicion de début d'incendie au sein de l'immeuble situé au 12 rue Auguste Chevalier à Sainte-Maure-de-Touraine (37). Les occupants de l'immeuble n'ayant pas répondu aux sapeurs-pompiers, Mme B A, une voisine, a proposé au sergent C de passer par sa propriété, située au 10 rue Auguste Chevalier et disposant d'une cour communiquant avec l'immeuble objet de l'intervention. Afin d'avoir une meilleure visibilité de l'immeuble où l'intervention devait avoir lieu, l'un des pompiers, le sergent C, a utilisé la fontaine posée contre le mur séparant les deux propriétés comme un marchepied. La fontaine a toutefois cédé sous le poids du sergent et s'est fendue en deux morceaux. Mme A a alors adressé une demande indemnitaire au SDIS 37 par un courrier du 12 juin 2020 auquel elle a joint un devis de réparation de la fontaine. Le 23 avril 2021, elle a proposé un nouveau devis de réparation au SDIS 37, dont le coût était moins élevé que le premier. Par un courrier du 21 mai 2021, le SDIS 37 a rejeté la demande d'indemnisation de Mme A au motif qu'elle n'établissait pas la responsabilité des sapeurs-pompiers dans la dégradation de la fontaine. Par sa requête ci-dessus analysée, Mme A demande au tribunal de condamner le SDIS 37 à l'indemniser du préjudice matériel subi.

Sur les fins de non-recevoir opposées par le SDIS 37 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. () Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. ".

3. Le SDIS 37 reproche à Mme A de ne pas avoir chiffré ses conclusions indemnitaires. Toutefois, la requérante a versé, dès l'introduction de sa requête, un devis relatif aux frais de réparation de la fontaine endommagée, également envoyé au SDIS 37 le 22 septembre 2020, s'élevant à la somme de 1 916,64 euros. Elle précise, en outre, dans son second mémoire, qu'elle souhaite obtenir la condamnation du SDIS 37 au versement de la somme en cause. Par suite, la requérante ayant chiffré sa demande d'indemnisation, la fin de non-recevoir opposée par le SDIS 37 doit être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

5. Le SDIS 37 soutient que le recours formé par Mme A n'est dirigé contre aucune décision. Toutefois, la requérante ayant saisi le tribunal d'un recours de plein contentieux tendant au paiement d'une somme d'argent en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi, il ne doit pas être dirigé contre une décision mais n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalable formée devant elle. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A a adressé une demande indemnitaire au SDIS 37 par un courrier du 12 juin 2020. Par un courrier du 21 mai 2021, ce dernier a rejeté cette demande d'indemnisation. Par suite, le contentieux étant lié, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 mai 2021 :

6. Si la requérante demande l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil d'administration du SDIS 37 a rejeté sa réclamation préalable et soulève à cet effet un moyen tenant à un vice propre dont serait entachée cette décision, celle-ci a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme A qui, en formulant les conclusions analysées ci-dessus, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision contestée qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Est, par suite, inopérant le moyen tiré de l'absence de mention de la date à laquelle l'instance ayant pris la décision rejetant la demande préalable de la requérante s'est prononcée.

Sur la responsabilité du SDIS 37 :

7. Aux termes de l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales : " Les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. / () Dans le cadre de leurs compétences, ils exercent les missions suivantes : / () 3° La protection des personnes, des biens () ; / 4° Les secours d'urgence aux personnes victimes d'accidents, de sinistres ou de catastrophes ainsi que leur évacuation ". La responsabilité d'un service départemental d'incendie et de secours est susceptible d'être engagée dans l'hypothèse d'une faute commise dans le fonctionnement du service ou dans la gestion des moyens humains ou matériels mis en œuvre pour lutter contre l'incendie.

8. Il résulte de l'instruction que le 3 juin 2020, M. D A a appelé le SDIS 37 pour une suspicion d'incendie sur l'immeuble voisin de sa propriété, dans lequel une personne se trouvait potentiellement en danger. Devant l'absence de réponse des occupants de l'immeuble, les pompiers ont cherché à pénétrer par tous moyens. Mme A, après leur avoir indiqué que les cours des deux immeubles étaient communicantes et uniquement séparées par un mur, a autorisé les pompiers à passer par sa propriété. Il résulte de l'instruction, et notamment du compte-rendu d'incident établi le 2 juin 2021 par le sergent responsable de l'équipe d'intervention, que ce dernier a pris la décision d'escalader une fontaine servant de jardinière afin d'avoir une meilleure vision de la cour de l'immeuble voisin, avant de se rendre compte que l'accès y était impossible et de redescendre par le même chemin. Il ajoute que c'est à ce moment-là que la fontaine a cédé sous son poids et s'est cassée en deux parties. Toutefois, en sa double qualité de professionnel des services de secours et de responsable de l'équipe d'intervention, le sapeur-pompier aurait dû, avant de grimper sur la fontaine, s'assurer par lui-même que celle-ci était susceptible de supporter son poids et, en cas de doute, privilégier une autre solution. Par suite, en s'abstenant d'effectuer une telle vérification, le pompier a commis une faute dans l'exercice de ses fonctions qui est rattachable au service et de nature, dès lors, à engager la responsabilité du SDIS 37 à l'égard de Mme A.

9. Si le SDIS 37 invoque un cas de force majeure, l'urgence dont il se prévaut, qui est le propre de toute intervention des services de secours, n'est pas de nature à l'exonérer de sa responsabilité. Par ailleurs, et quand bien même Mme A, en réponse à l'interrogation du pompier, lui aurait indiqué que la fontaine était scellée au sol et l'aurait assuré de sa résistance, aucune faute ne peut être imputée à la requérante qui, n'étant pas une professionnelle, ne saurait se voir reprocher de ne pas avoir anticipé le manque de solidité de cet équipement.

Sur le préjudice :

10. Il résulte de l'instruction, et notamment du compte rendu d'incident, que la fontaine s'est cassée lorsque le sergent est redescendu du mur après avoir constaté qu'il ne pouvait accéder à l'immeuble voisin par cette voie. Aucune pièce versée aux débats ne permet d'établir que la fontaine, dont il ressort des photos produites qu'elle n'était pas détériorée avant l'intervention des pompiers, aurait été déjà endommagée ou fragilisée avant l'incident. Le lien de causalité entre le dommage subi et l'intervention du SDIS 37 doit donc être regardé comme établi.

11. Il résulte de l'instruction que la fontaine, objet du litige, se situe au 10 rue Auguste Chevalier sur un terrain dont la requérante établit être la propriétaire en indivision. Cet équipement ayant été détruit, Mme A est fondée à demander la réparation de son préjudice matériel à hauteur du coût de son remplacement fixé, sur la base d'un devis non contesté du 21 avril 2021 de l'entreprise Simon Touraine paysages, à la somme de 1 916,64 euros. Il y a lieu, dès lors, de condamner le SDIS 37 à verser ce montant à Mme A.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le SDIS 37 demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du SDIS 37 une somme de 1 500 euros à verser à Mme A au même titre.

DECIDE :

Article 1er : Le service départemental d'incendie et de secours d'Indre-et-Loire est condamné à verser à Mme A la somme de 1 916,64 euros.

Article 2 : Le service départemental d'incendie et de secours d'Indre-et-Loire versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions du service départemental d'incendie et de secours présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au service départemental d'incendie et de secours d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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