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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101912

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101912

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP CEBRON DE LISLE-BENZEKRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2021, Mme B A, représentée par Me Gentilhomme, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 23 novembre 2020 par laquelle le maire de Tours l'a déclarée apte à reprendre ses fonctions, lui a demandé de reprendre le travail dans les meilleurs délais dans ses fonctions d'auxiliaire de puériculture et l'a placée en congés annuels à compter du 23 octobre 2020, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux formé le 25 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Tours de la replacer en congés de maladie professionnelle à compter du 22 octobre 2020 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire d'enjoindre à la commune de Tours de procéder à une nouvelle instruction de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision attaquée aurait disposé d'une délégation de signature régulière lui donnant compétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'avis de la commission de réforme est également insuffisamment motivé ;

- le médecin de prévention n'a pas été alerté en amont de la réunion de la commission de réforme et de son objet ;

- la décision est entachée d'incompétence négative : l'autorité territoriale n'était pas liée par l'avis de la commission de réforme ;

- la décision est entachée d'erreur de droit : la maladie professionnelle a été reconnue ; l'existence d'un état antérieur n'est pas un frein à la reconnaissance d'une maladie professionnelle ; le lien entre l'état de santé et la maladie professionnelle n'a pas à être exclusif ; la consolidation ne veut pas dire aptitude aux fonctions : en assimilant les deux la commune a commis une erreur de droit : son inaptitude était flagrante, à la supposée consolidée, elle n'était pas apte à reprendre le travail ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation pour les mêmes motifs qu'elle est entachée d'erreur de droit ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir : la décision est fondée sur le postulat selon lequel la maladie professionnelle n'aurait jamais dû être admise ; des démarches de reclassement auraient dû être engagées par la commune de Tours ; la consolidation ou la guérison ne peut provenir que du certificat du médecin de l'agent conformément à l'article 37-17 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987.

Par des mémoires enregistrés le 17 décembre 2021 et le 21 juillet 2023 et un mémoire déposé le 13 octobre 2023, la commune de Tours représentée par Me Veauvy conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Best-De Gand,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Veauvy représentant la commune de Tours.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est auxiliaire de puériculture, affectée dans les services de la commune de Tours au sein de la crèche Giraudeau. Le 14 janvier 2016, la pathologie lombaire dont elle souffre a été reconnue comme imputable au service. Le médecin l'ayant examinée en 2017 l'avait déclarée inapte définitivement à son poste et avait préconisé un reclassement. Un nouvel expert médical sollicité par la commune ayant examiné Mme A en 2020 a considéré que l'inaptitude définitive n'était pas établie. La commission de réforme saisie par la commune de Tours a rendu le 22 octobre 2020 un avis favorable à une prise en charge des arrêts de travail de Mme A à compter de juillet 2020 en congé de maladie ordinaire, à ce que les soins prescrits postérieurement soient regardés comme n'étant plus rattachés à la maladie pour laquelle Mme A a été regardée comme consolidée et à ce qu'elle soit reconnue apte à la reprise de ses fonctions. Par une décision du 23 novembre 2020, le maire de la commune de Tours a déclaré Mme A apte à reprendre ses fonctions, lui a demandé de reprendre le travail dans les meilleurs délais dans ses fonctions d'auxiliaire de puériculture et l'a placée en congés annuels à compter du 23 octobre 2020. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cette décision du 23 novembre 2020 ainsi que de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours gracieux qu'elle a formé le 21 janvier 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ".

3. La décision du 23 novembre 2020 dont la date exacte de notification à Mme A ne ressort d'aucune pièce du dossier, empêchant par là même les délais de recours de courir, a fait l'objet d'un recours gracieux qui a été réceptionné par les services de la commune de Tours, ainsi qu'en atteste l'accusé réception postal, le 26 janvier 2021. Une décision implicite de rejet est née au bout de deux mois. Par suite, la requête de Mme A enregistrée le 26 mai 2021, deux mois après la naissance d'une décision implicite de rejet, n'est pas tardive. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive, pour la fonction publique territoriale, le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. Lorsque la commission statue sur le cas d'un sapeur-pompier professionnel, son secrétariat informe le médecin de sapeurs-pompiers désigné par le préfet sur proposition du directeur départemental des services d'incendie et de

secours. Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous. ". Aux termes de l'article 21 du même arrêté : " La commission de réforme donne son avis sur l'imputabilité au service ou à l'un des actes de dévouement prévus aux articles 31 et 36 du décret du 26 décembre 2003 susvisé de l'infirmité pouvant donner droit aux différents avantages énumérés à l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisé et aux articles 41 et 41-1 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. / Elle doit également donner son avis sur le caractère provisoire ou définitif de l'inaptitude constatée et, le cas échéant, sur l'aptitude de l'intéressé à occuper un emploi adapté à son état physique qui peut lui être offert par l'autorité investie du pouvoir de nomination ou, le cas échéant, pour la fonction publique territoriale, par le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion. ".

5. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que la commission de réforme s'est réunie le 22 octobre 2020 pour examiner notamment l'aptitude de Mme A à exercer les fonctions d'auxiliaire de puériculture. Ainsi que le soutient Mme A, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le médecin de prévention aurait été informé par le secrétariat de la commission de la réunion prochaine de la commission de réforme aux fins d'examen de son dossier, en méconnaissance de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 précité. Par suite, et alors qu'il revient à la commune d'établir que les diligences réglementaires ont été respectées, la consultation de la commission de réforme doit être regardée comme ayant été irrégulièrement menée. L'absence d'information du médecin de prévention a été, en l'espèce, et contrairement à ce que soutient la commune de Tours, de nature à priver effectivement Mme A d'une garantie.

7. En second lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'après avoir cité intégralement l'avis rendu par la commission de réforme, cette décision se borne ensuite à préciser " en conséquence, je vous informe que vous devez reprendre votre poste d'auxiliaire de puériculture ". Ainsi, le maire de la commune de Tours s'est cru lié, à tort, par l'avis de la commission de réforme et a méconnu sa propre compétence. Mme A est dès lors fondée à soutenir que la décision 23 novembre 2020 est entachée d'erreur de droit pour ce motif.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que la décision du 23 novembre 2020 doit être annulée, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique seulement pour son exécution, alors qu'en l'état du dossier aucun autre moyen d'annulation n'est susceptible d'être accueilli, qu'il soit enjoint à la commune de Tours de procéder au réexamen de la situation de Mme A, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Tours la somme 1 500 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 23 novembre 2020 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Tours de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La commune de Tours versera une somme de 1 500 (mille cinq cent) euros à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Tours tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Tours.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

Armelle BEST-DE GAND

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALe greffier,

Vincent DUNET

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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