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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101914

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101914

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantABECASSIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 28 mai 2021, le 24 novembre 2022 et le 21 juillet 2023, M. B C, représenté par Me Petit, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2020 par laquelle le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) d'Orléans-Tours l'a informé qu'il avait été mis fin à son contrat par une décision n° 2018-063 et la décision du 2 avril 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au CROUS d'Orléans-Tours de le rétablir dans ses fonctions avec toutes conséquences de droit et, en tout état de cause, de lui remettre les documents de fin de contrat ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner le CROUS d'Orléans-Tours à lui verser la somme de 16 123,75 euros au titre de ses préjudices, augmentée des intérêts légaux et de la capitalisation des intérêts ;

4°) de mettre à la charge du CROUS d'Orléans-Tours une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'article 24 du décret n° 86-83 a été méconnu dès lors qu'il n'a pas reçu les courriers du CROUS et que par ailleurs, conformément à cet article, il avait bien fait part de sa volonté de renouveler son congé sans solde ;

- l'administration aurait dû lui téléphoner ou lui adresser un courriel ;

- il a subi un préjudice financier qui peut être établi sur le fondement de l'article 54 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- il a subi un préjudice moral qui peut être évalué à hauteur de 5 000 euros.

Par des mémoires enregistrés le 28 janvier 2022, le 24 avril 2023 et le 30 août 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 18 juillet 2023, le CROUS d'Orléans-Tours, représenté par Me Abecassis, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. C une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Best-De Gand,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Petit, représentant M. C et de Me Abecassis, représentant le CROUS d'Orléans-Tours.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a été recruté en contrat à durée indéterminée par le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) d'Orléans-Tours le 1er janvier 2005 pour occuper les fonctions de veilleur de nuit. A sa demande, il a été placé en position de congés sans solde pour la période comprise entre le 28 juillet 2008 et le 27 octobre 2008 puis du 1er octobre au 30 novembre 2010, et à partir du 27 novembre 2012 pour une durée d'une année renouvelée ensuite à chaque échéance annuelle. Le dernier arrêté le plaçant en position de congés sans solde portait sur la période comprise entre le 27 novembre 2015 et le 27 novembre 2016. M. C a saisi le CROUS le 15 septembre 2020 pour connaître sa situation administrative. Le CROUS d'Orléans-Tours l'a alors informé le 24 novembre 2020 qu'il confirmait la décision du 28 février 2018 n° 2018-063 ayant mis fin à son contrat après l'avoir radié des cadres le 21 février 2018. Le 4 avril 2021, le CROUS d'Orléans-Tours a rejeté le recours gracieux formé par M. C contre la décision de résiliation de son contrat. Par sa requête, M. C demande, à titre principal, l'annulation des décisions du 24 novembre 2020 et du 4 avril 2021 et à ce qu'il soit enjoint au CROUS d'Orléans-Tours de le rétablir dans ses droits et, en tout état de cause, de lui remettre les documents de fin de contrat, à titre subsidiaire la condamnation du CROUS d'Orléans-Tours à lui verser la somme de 16 123,75 euros au titre de ses préjudices.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Il est constant que les documents de fin de contrat ont été communiqués par le CROUS d'Orléans-Tours à M. C en cours d'instance. En conséquence, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint au CROUS de transmettre lesdits documents à M. C.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Aux termes de l'article 22 du décret n° 86-83 susvisé dans sa version applicable au litige : " L'agent non titulaire employé pour une durée indéterminée peut solliciter, dans la mesure compatible avec l'intérêt du service, un congé sans rémunération pour convenances personnelles, à condition de ne pas avoir bénéficié, d'un congé pour création d'entreprise ou d'un congé pour formation professionnelle d'une durée d'au moins six mois dans les six ans qui précèdent sa demande de congé. /Ce congé est accordé pour une durée maximale de trois ans renouvelable, dans la limite d'une durée totale de dix années pour l'ensemble des contrats conclus avec les administrations mentionnées à l'article 2 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée. / La demande initiale de ce congé doit être adressée à l'administration par lettre recommandée avec accusé de réception au moins deux mois avant le début du congé. ". Aux termes de l'article 24 du même décret : " I. - Pour les congés faisant l'objet des articles 20, 22 et 23, l'agent sollicite, au moins trois mois avant le terme du congé, le renouvellement de son congé ou sa demande de réemploi par lettre recommandée avec accusé de réception. /II. - Si l'agent, physiquement apte, a sollicité son réemploi dans le délai mentionné au I, il est réemployé, au terme du congé, dans les conditions définies à l'article 32. / Si l'agent n'a pas fait connaître sa décision dans le délai mentionné au I, l'agent est présumé renoncer à son emploi. L'administration informe sans délai par écrit l'agent des conséquences de son silence. En l'absence de réponse de l'agent dans un délai de quinze jours à compter de la réception de ce courrier, il est mis fin, de plein droit et sans indemnités, au terme du congé, au contrat de l'agent. () ".

4. En premier lieu, M. C fait valoir que la procédure suivie ayant abouti à la résiliation unilatérale de son contrat est irrégulière et méconnaît l'article 24 précité dès lors que tous les courriers d'information et de rappel ont été adressés à son ancienne adresse et ne peuvent donc être regardés comme lui ayant été régulièrement notifiés.

5. Toutefois si M. C soutient avoir, le 26 septembre 2016, adressé au CROUS d'Orléans-Tours une demande datée du 8 août 2016 tendant à prolonger le congé sans solde dont il bénéficiait et mentionnant sa nouvelle adresse, le CROUS conteste avoir reçu ce courrier et le requérant, à qui il incombe d'en justifier, n'établit pas que le CROUS a reçu ce courrier envoyé sans accusé réception. Ainsi, M. C ne peut être regardé comme ayant régulièrement informé son employeur de son changement d'adresse.

6. Il est par ailleurs constant que le CROUS d'Orléans-Tours a, en conformité avec la procédure mentionnée à l'article 24 suscité, adressé à M. C des courriers, le 23 août 2017 sollicitant de sa part le renouvellement de congés sans solde ou sa réintégration, le 4 janvier 2018 renouvelant la demande du 23 août 2017, le 9 février 2018 l'informant des conséquences de son silence et le 28 février 2018 l'informant de la résiliation unilatérale de son contrat. Dès lors, le moyen tiré de ce que la résiliation unilatérale du contrat de M. C serait entachée d'irrégularité au vu de l'article 24 du décret n°86-83 doit être écarté.

7. En second lieu, il ne résulte pas des dispositions du décret n° 86-83 que l'administration aurait été tenue de contacter l'intéressé par d'autres moyens que les courriers recommandés notifiés à l'adresse dont elle avait connaissance.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

9. D'une part, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, le CROUS d'Orléans-Tours n'a entaché la procédure de résiliation du contrat de M. C d'aucune irrégularité. Par suite, les conclusions présentées à titre subsidiaire aux fins d'indemnisation à raison du préjudice né d'un licenciement irrégulier, ne peuvent qu'être rejetées.

10. D'autre part, les conclusions indemnitaires tirées de la transmission tardive des documents de fin de contrat au requérant ne peuvent qu'être rejetées dès lors qu'ainsi que mentionné au point 5, M. C ne peut être regardé comme ayant régulièrement informé son employeur de son changement d'adresse et alors qu'au surplus, le préjudice allégué n'est nullement établi.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CROUS d'Orléans-Tours, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le CROUS d'Orléans-Tours et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C tendant à ce que lui soient transmis les documents de fin de contrat.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : M. C versera une somme de 1 500 (mille cinq cent) euros au CROUS d'Orléans-Tours sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au comité régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) d'Orléans-Tours.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

Armelle BEST-DE GAND

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Mme A D

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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