jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2101963 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP GAFFET-MADELENNAT & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I) Par une requête enregistrée le 31 mai 2021 sous le n° 2101963, l'association Les Enraciné et M. B A, représentés par Me Gaffet, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du président du conseil départemental du Loiret du 9 avril 2021 refusant de leur délivrer l'autorisation d'ouvrir un lieu de vie et d'accueil sur la commune d'Ingré ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Loiret de réexaminer la demande d'autorisation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge du département du Loiret la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;
- l'adoption de la décision attaquée n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire au cours de laquelle ils auraient pu faire valoir des éléments favorables à leur projet ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreurs de droit et de fait ; l'autorisation ne dépend pas des besoins du département dans lequel le lieu de vie et d'accueil est installé ;
- elle porte atteinte au principe de liberté d'entreprendre ;
- le refus d'autorisation n'est pas fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, le département du Loiret conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que la décision contestée a été retirée par une décision du 3 août 2021 et que la requête est devenue sans objet.
II) Par une requête enregistrée le 14 septembre 2021 sous le n° 2103246, l'association Les Enraciné et M. B A, représentés par Me Gaffet, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du président du conseil départemental du Loiret du 3 août 2021 refusant de leur délivrer l'autorisation d'ouvrir un lieu de vie et d'accueil sur la commune d'Ingré ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Loiret de réexaminer la demande d'autorisation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge du département du Loiret la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d'erreurs de droit et de fait ; la critique du bien-fondé de leur projet ne peut fonder un refus d'autorisation ; l'absence de mixité ne peut motiver un refus ; la circonstance que leur lieu de vie et d'accueil soit destiné à accueillir les garçons scolarisés qui ne présentent pas de troubles ou de pathologiques psychiatriques ne peut justifier le refus qui leur est opposé ;
- la décision attaquée porte atteinte au principe constitutionnel de liberté d'entreprendre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Palis De Koninck,
- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Les Enraciné et M. A ont sollicité auprès du département du Loiret l'autorisation d'ouvrir un lieu de vie et d'accueil destiné à accueillir des mineurs sur le territoire de la commune d'Ingré. Par une première décision du 9 avril 2021, le président du conseil départemental a refusé de leur accorder cette autorisation. Puis, par une seconde décision du 3 août 2021, il a retiré sa précédente décision tout en refusant de nouveau d'accorder aux intéressés l'autorisation d'ouverture sollicitée. Par les requêtes ci-dessus analysées, l'association Les Enraciné et M. A demandent au tribunal d'annuler la décision du 9 avril 2021 et la décision du 3 août 2021 en tant uniquement qu'elle porte refus d'autorisation.
2. Les requêtes n° 2101963 et 2103246 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 9 avril 2021 :
3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet.
4. En l'espèce, la décision du président du conseil départemental du 9 avril 2021 a été retirée par une décision du 3 août 2021. Si cette dernière décision fait l'objet d'un recours contentieux, les requérants ne sollicitent son annulation qu'en tant qu'elle porte refus d'autorisation d'ouverture d'un lieu de vie et d'accueil. Le retrait de la décision du 9 avril 2021 n'a pas été contesté et est devenu définitif. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de celle-ci.
En ce qui concerne la décision du 3 août 2021 en tant qu'elle porte refus d'autorisation :
5. Aux termes du III de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles :
" Les lieux de vie et d'accueil qui ne constituent pas des établissements et services sociaux ou médico-sociaux au sens du I doivent faire application des articles L. 311-4 à L. 311-8. Ils sont également soumis à l'autorisation mentionnée à l'article L. 313-1 et aux dispositions des articles L. 313-13 à L. 313-25, dès lors qu'ils ne relèvent ni des dispositions prévues au titre II du livre IV relatives aux assistants maternels, ni de celles relatives aux particuliers accueillant des personnes âgées ou handicapées prévues au titre IV dudit livre. Un décret fixe le nombre minimal et maximal des personnes que ces structures peuvent accueillir et leurs règles de financement et de tarification. ". Aux termes de l'article L. 313-1-1 de ce code, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I.- Sont soumis à autorisation des autorités compétentes en application de l'article
L. 313-3 () les projets de lieux de vie et d'accueil () II. Sont exonérés de la procédure d'appel à projet mentionnée au I : () 6°) Les projets de création et d'extension des lieux de vie et d'accueil mentionnés au III du même article L. 312-1 ; () ". Selon l'article L. 313-3 du même code : " L'autorisation est délivrée : a) Par le président du conseil départemental, () pour les lieux de vie et d'accueil mentionnés au III du même article L. 312-1, lorsque les prestations qu'ils dispensent sont susceptibles d'être prises en charge par l'aide sociale départementale ou lorsque leurs interventions relèvent d'une compétence dévolue par la loi au département ; () ". Aux termes de l'article L. 313-4 de ce code : " L'autorisation est accordée si le projet : 1° Est compatible avec les objectifs et répond aux besoins sociaux et médico-sociaux fixés par le schéma régional de santé ou par le schéma d'organisation sociale et médico-sociale dont il relève et, pour les établissements visés au b du 5° du I de l'article L. 312-1, aux besoins et débouchés recensés en matière de formation professionnelle ; 2° Satisfait aux règles d'organisation et de fonctionnement prévues par le présent code et prévoit les démarches d'évaluation et les systèmes d'information respectivement prévus aux articles L. 312-8 et L. 312-9 ; 3° Répond au cahier des charges établi, dans des conditions fixées par décret, par les autorités qui délivrent l'autorisation, sauf en ce qui concerne les projets visés au II de l'article L. 313-1-1 ; 4° Est compatible, lorsqu'il en relève, avec le programme interdépartemental mentionné à l'article L. 312-5-1, et présente un coût de fonctionnement en année pleine compatible avec le montant des dotations mentionnées, selon le cas, aux articles L. 312-5-2, L. 313-8, L. 314-3, L. 314-3-2 et L. 314-4, au titre de l'exercice au cours duquel prend effet cette autorisation. L'autorisation fixe l'exercice au cours de laquelle elle prend effet. L'autorisation, ou son renouvellement, peuvent être assortis de conditions particulières imposées dans l'intérêt des personnes accueillies. Pour les projets ne relevant pas de financements publics, l'autorisation est accordée si le projet satisfait aux règles d'organisation et de fonctionnement prévues au présent code, et prévoit les démarches d'évaluation ".
6. D'une part, il résulte de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles que les lieux de vie et d'accueil, qui ne constituent pas des établissements et services sociaux ou médicaux-sociaux au sens du I de cet article sont néanmoins, en vertu du III du même article, soumis à plusieurs des obligations imposées à ces établissements et services, y compris notamment, lorsqu'ils ne relèvent pas des dispositions relatives aux assistants maternels ou aux particuliers accueillant des personnes âgées ou handicapées, à l'autorisation mentionnée à l'article L. 313-1. Le législateur a entendu que cette autorisation prévue à l'article L. 313-1 ne peut être refusée que pour l'un ou plusieurs des motifs que l'article L. 313-4 énumère.
7. D'autre part, il résulte des dispositions des articles L. 312-5 et L. 312-5-1 du code de l'action sociale et des familles que les lieux de vie et d'accueil, qui ne revêtent pas le caractère d'établissement ou service social ou médico-social, n'ont à être prévus ni par un schéma régional de santé, ni par un schéma d'organisation sociale et médico-sociale ni par un programme interdépartemental d'accompagnement des handicaps et de la perte d'autonomie. Ces établissements ne relèvent pas, dès lors, des conditions posées au 1° et au 4° de l'article
L. 313-4 du code de l'action sociale et des familles, s'agissant de la compatibilité du projet avec le schéma régional de santé, le schéma d'organisation sociale et médico-sociale ou le programme interdépartemental mentionné à l'article L. 312-5-1. Dans la mesure où, en application des dispositions du II de l'article L. 313-1-1 du code de l'action sociale et des familles, les projets de création de lieu de vie et d'accueil sont exonérés de la procédure d'appel à projet, la condition posée au 3° de l'article L. 313-4 de ce code ne peut pas plus être opposée pour refuser d'accorder une autorisation d'ouverture.
8. Pour refuser aux requérants l'autorisation d'ouvrir un lieu de vie et d'accueil, le président du conseil départemental du Loiret a considéré que leur projet ne proposait pas une réponse adaptée aux besoins des publics qui pourraient leur être confiés, et plus spécifiquement des mineurs relevant de la protection de l'enfance, " tant sur les aspects éducatifs et pédagogiques, que sur la prise en compte de la diversité des profils, des parcours personnels et des pathologies que peuvent présenter les mineurs et qui nécessitent un accompagnement spécifique ". Il a retenu que ledit projet se restreignait à l'accueil de garçons scolarisés ne présentant pas de troubles ou de pathologies psychiatriques autour d'un projet monothématique relatif au cinéma, qu'il n'était pas prévu la possibilité d'accueillir des enfants en urgence et que l'accueil, en chambre double, était subordonné à une période d'essai de deux semaines. Un tel motif de refus lié aux besoins spécifiques des mineurs relevant de la protection de l'enfance ne figure pas parmi les critères applicables aux lieux de vie et d'accueil énumérés à l'article L. 313-4 du code de l'action sociale et des familles et seuls susceptibles de fonder un refus d'autorisation. A supposer que le président du conseil départemental ait entendu considérer que le projet présenté ne satisfait pas aux règles d'organisation et de fonctionnement prévues par le code de l'action sociale et des familles au sens du 2° de l'article L. 313-4 précité, il ne ressort pas des dispositions de ce code, le département ne s'en prévalant au demeurant d'aucune, que les responsables d'un projet de lieu de vie et d'accueil ne pourraient délimiter les catégories de personnes accueillies, déterminer un projet d'accueil monothématique, prévoir une période d'essai et accueillir des enfants dans des chambres doubles. Par suite, le motif retenu par le président du conseil départemental ne pouvait légalement fonder sa décision de refus.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 3 août 2021 portant refus d'autorisation d'ouverture du lieu de vie et d'accueil doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental du Loiret de procéder au réexamen de la demande d'autorisation d'ouverture d'un lieu de vie et d'accueil présentée par l'association Les Enraciné et M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du département du Loiret une somme de 1 500 euros au titre des frais engagés par l'association Les Enraciné et M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du président du conseil départemental du Loiret du 9 avril 2021.
Article 2 : La décision du président du conseil départemental du Loiret du 3 août 2021 est annulée en tant qu'elle porte refus d'autorisation d'ouverture d'un lieu de vie et d'accueil.
Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental du Loiret de procéder à un nouvel examen de la demande de l'association Les Enraciné et de M. A tendant à être autorisés à créer un lieu de vie et d'accueil dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le conseil départemental du Loiret versera à l'association Les Enraciné et à M. A une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les Enraciné, à M. B A et au département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis De Koninck, première conseillère,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La rapporteure,
Mélanie PALIS DE KONINCK
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2101963
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026