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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102078

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102078

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET LAVAL FIRKOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 juin 2021, le 30 novembre 2021 et le 23 août 2024, M. B A, représenté par Me Hervois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 13 avril 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier régional d'Orléans a mis fin à son stage de technicien hospitalier, ainsi que les quatre décisions du 20 avril 2021 par lesquelles d'une part, son stage a été prolongé du 6 janvier au 15 avril 2021 inclus, d'autre part, il a été mis fin à son détachement, à compter du 16 avril 2021, en qualité de technicien hospitalier pour effectuer un stage et il a été prononcé sa réintégration dans le grade d'ouvrier principal deuxième classe, et enfin, il a été mis fin respectivement à l'attribution de l'indemnitaire forfaitaire technique et à l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire à compter de la même date ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire d'Orléans, à titre principal, de le titulariser dans le grade de technicien hospitalier, et à titre subsidiaire, de prolonger de sept mois son stage en le faisant bénéficier de la formation d'adaptation à l'emploi et de deux autres formations complémentaires, avant de réexaminer ses aptitudes professionnelles pour le grade auquel il prétend ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire d'Orléans de lui verser les sommes correspondant à l'indemnité forfaitaire technique et à la nouvelle bonification indiciaire depuis le 16 avril 2021 ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Orléans le versement d'une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas pu bénéficier d'une formation complète à laquelle il avait droit en vertu de l'article 3 du décret du 7 juin 2011 portant statut particulier du corps des techniciens et techniciens supérieurs hospitaliers et de l'arrêté du 21 août 2013 fixant l'organisation et le contenu de la formation d'adaptation à l'emploi des membres du corps des techniciens et techniciens supérieurs hospitaliers ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elles se fondent sur des informations partielles et erronées, lui imputant des difficultés relationnelles, de positionnement et de loyauté, et ne tiennent pas compte des consignes qui lui ont été données, du manque d'accompagnement et de la partialité de sa supérieure hiérarchique à son égard ;

- les décisions du 20 avril 2021 mettant fin au versement de l'indemnité forfaitaire technique et de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 16 avril 2021 sont dépourvues de base légale du fait de l'illégalité des autres décisions attaquées.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2021, le centre hospitalier régional d'Orléans conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°2011-744 du 7 juin 2011 ;

- l'arrêté du 21 août 2013 fixant l'organisation et le contenu de la formation d'adaptation à l'emploi des membres du corps des techniciens et techniciens supérieures hospitaliers ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernard ;

- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public ;

- et les observations de Me Hervois, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été recruté par le centre hospitalier régional d'Orléans en qualité d'agent de service intérieur, par un contrat du 6 mai 1991 et a été titularisé le 1er septembre 1996. Depuis le 1er janvier 2017, il occupait le grade d'ouvrier principal de deuxième classe. A la suite de son admission au concours externe sur titres de technicien hospitalier le 20 novembre 2019, et par une décision en date du 26 décembre 2019 du directeur général du centre hospitalier régional d'Orléans, il a été détaché dans le grade de technicien hospitalier en qualité de stagiaire à compter du 6 janvier 2020. Par une décision du 13 avril 2021, le directeur général du centre hospitalier régional d'Orléans a mis fin au stage de M. A. Par une nouvelle décision du 20 avril 2021, le directeur général du centre hospitalier a prolongé le stage de M. A du 6 janvier au 15 avril 2021 inclus. Par une décision du même jour, il a mis fin au détachement de M. A pour effectuer un stage de technicien hospitalier, à compter du 16 avril 2021, et l'a réintégré dans son grade antérieur d'ouvrier principal deuxième classe. Enfin par deux dernières décisions du même jour, il a été mis fin à l'attribution de l'indemnité forfaitaire technique et de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 16 avril 2021. Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière : " La durée normale du stage et les conditions dans lesquelles elle peut éventuellement être prorogée sont fixées par le statut particulier du corps dans lequel l'agent stagiaire a vocation à être titularisé. / Sous réserve de dispositions contraires des statuts particuliers et du présent décret, la durée normale du stage est fixée à un an. / Sauf disposition contraire du statut particulier, le stage ne peut être prolongé d'une durée excédant celle du stage normal () ". Aux termes de l'article 9 de ce décret : " L'agent stagiaire ne peut être licencié pour insuffisance professionnelle que lorsqu'il a accompli un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage () Lorsque l'agent stagiaire a la qualité de fonctionnaire titulaire dans un autre corps, cadre d'emplois ou emploi, il est mis fin à son détachement et l'intéressé est réintégré dans son administration d'origine dans les conditions prévues par le statut dont il relève ". Aux termes du V de l'article 3 du décret du 7 juin 2011 portant statut particulier du corps des techniciens et techniciens supérieurs hospitaliers : " Les membres du corps des techniciens et techniciens supérieurs hospitaliers bénéficient d'une formation d'adaptation à l'emploi propre aux fonctions qui leur sont confiées, dont l'organisation et le contenu sont fixés par arrêté du ministre chargé de la santé ". Selon l'article 2 de l'arrêté du 21 août 2013 fixant l'organisation et le contenu de la formation d'adaptation à l'emploi des membres du corps des techniciens et techniciens supérieurs hospitaliers : " La formation d'adaptation à l'emploi des membres du corps des techniciens et techniciens supérieurs hospitaliers doit être achevée à l'issue de l'année qui suit la nomination, le détachement ou l'intégration directe dans le corps. / Elle peut être organisée en périodes discontinues pour permettre l'alternance entre formation et exercice professionnel ". L'article 3 du même arrêté fixe à 189 heures la durée de cette formation et en définit le contenu. L'article 5 met à la charge des établissements employeurs la mise en œuvre de cette formation.

3. M. A soutient que son employeur n'a pas respecté ses obligations en matière de formation dès lors qu'il n'a pas été mis à même, avant l'issue de son stage, de bénéficier de l'intégralité de la formation d'adaptation à l'emploi. Il ressort en effet des pièces du dossier et en particulier de l'attestation de fin de formation délivrée par l'organisme de formation, que M. A n'a assisté qu'à dix-sept journées de formation, entre le 4 novembre 2020 et le 4 mars 2021, soit un total de 119 heures sur les 189 prévues par l'arrêté du 21 août 2013. Toutefois, le requérant ne conteste pas que l'organisation de cette formation a été compliquée par le contexte épidémique national, qu'à la suite de l'annulation de plusieurs sessions de formation, il lui a été proposé de rattraper, alors qu'il était encore en stage jusqu'au 15 avril 2021, les enseignements qu'il a manqués mais qu'il n'a pas pu y assister du fait de son positionnement en congé de maladie. Il en résulte que M. A n'est pas fondé à soutenir que le centre hospitalier régional d'Orléans n'aurait pas rempli, avant l'issue de son stage, ses obligations en matière de formation obligatoire d'adaptation à l'emploi des membres du corps des techniciens et techniciens supérieurs hospitaliers.

4. En deuxième lieu, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

5. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

6. Il ressort des termes de la décision attaquée mettant fin au stage de M. A, que pour justifier le refus de titulariser l'intéressé à l'issue de son stage, le directeur général du centre hospitalier régional d'Orléans a retenu à son encontre " des difficultés majeures dans l'exercice de [ses] fonctions d'encadrant ". Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport de fin de stage du 18 février 2021 rédigé par la responsable du service central des archives où il était affecté ainsi que du rapport d'entretien du 11 mars 2021 signé de la directrice des ressources humaines, que M. A rappelait à l'envie à ses collègues sa réussite au concours de technicien hospitalier induisant respect et obéissance de la part des agents, qu'il a exprimé des désaccords avec sa supérieure hiérarchique concernant les temps de pause et d'organisation du temps de travail des agents du service, qu'il a pris parti pour un agent contractuel, dont le contrat n'a pas été renouvelé, à la suite d'une altercation avec deux fonctionnaires du service, qu'il s'est au fil du stage éloigné des agents qu'il était censé encadrer tout en sollicitant en leur nom le versement de la prime exceptionnelle liée au Covid, pendant les congés de sa supérieure hiérarchique et sans son accord.

7. Selon le II de l'article 3 du décret du 27 juin 2011 visé ci-dessus : " Les techniciens hospitaliers peuvent se voir confier l'animation d'une équipe ainsi que la coordination d'un ou plusieurs ateliers ou unités de production impliquant la mise en œuvre de techniques ou de qualifications particulières. / Ils peuvent également participer à la formation des personnels ouvriers ". M. A fait valoir que la responsable du service central des archives l'a insuffisamment formé et l'a même empêché d'exercer certaines des attributions qui lui revenaient en l'éloignant physiquement de l'équipe et en l'affectant à la saisie de dossiers patients, et qu'elle n'a rédigé son rapport de fin de stage que dans l'intention de lui nuire. Il ressort toutefois des pièces du dossier et n'est pas contesté que l'intéressé a été étroitement associé, par la responsable du service, à tous les sujets en début de son stage mais qu'il a rapidement exprimé des désaccords quant à l'organisation du service et a fait preuve d'un positionnement inapproprié tant à l'égard de celle-ci que des agents avec lesquels il pouvait se monter soit autoritaire, tout en manquant d'exemplarité, soit familier en partageant des informations personnelles. Son comportement, source de tensions internes, a rendu nécessaire qu'il ne participe pas aux entretiens d'évaluation annuels ni ne gère leur planning. Quant à son affectation dans un bureau éloigné du service, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. A s'est plaint de devoir travailler dans un espace, partagé avec la responsable du service, qui servait également de lieu de réception des fax de commandes et surtout de lieu de détente des agents. Dans ces circonstances, et en admettant même qu'il n'ait pas entendu solliciter le versement à une partie de l'équipe de la prime exceptionnelle liée au Covid-19 sans l'accord de sa responsable mais seulement obtenir des renseignements à ce sujet, le directeur général du centre hospitalier régional d'Orléans n'a pas, d'une part, en mettant fin à son stage à l'issue de celui-ci, et d'autre part, en mettant fin à son détachement et en prononçant sa réintégration dans son grade antérieur d'ouvrier principal de deuxième classe, commis d'erreur de droit ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur la manière de servir de M. A.

8. En troisième lieu, ces décisions n'étant entachées d'aucune illégalité, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions mettant fin à la perception de l'indemnité forfaitaire technique et de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 16 avril 2021 par la voie de l'exception d'illégalité.

9. En dernier lieu, les moyens invoqués par M. A au soutien de sa requête sont inopérants à l'encontre de la décision prononçant la prolongation de son stage du 6 janvier au 15 avril 2021.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision du 13 avril 2021 et des quatre décisions du 20 avril 2021 du directeur du centre hospitalier régional d'Orléans doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions du requérant à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Orléans, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 euros à verser au centre hospitalier universitaire d'Orléans en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera au centre hospitalier universitaire d'Orléans la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier universitaire d'Orléans.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure

Pauline BERNARD

La présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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