mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2102128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL GRIMALDI MOLINA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juin 2021 et 25 janvier 2022, Mme C A, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 mars 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Sancerre l'a placée en congé de maladie ordinaire du 28 mars 2020 au 19 mars 2021 et a mis à sa charge à hauteur de 6 767,02 euros le reversement d'un indu des sommes perçues sur cette période, ensemble la décision du 21 avril 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier a rejeté son recours gracieux contre cette première décision ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Sancerre d'annuler ces décisions, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Sancerre une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que les arrêts de travail qu'elle a connus sur la période du 28 mars 2020 au 19 mars 2021 sont imputables à l'accident de service dont elle a été victime le 28 mars 2020 ;
- elle doit à ce titre percevoir les rémunérations correspondantes et n'est donc pas redevable des sommes que lui réclame son employeur.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2021, le centre hospitalier de Sancerre, représenté par Me Marcantoni, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable du fait de l'imprécision des conclusions et des moyens ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 86-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bernard ;
- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public ;
- et les observations de Me Diss, substituant Me Marcantoni, représentant le centre hospitalier de Sancerre.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, née le 16 novembre 1983, aide-soignante employée au sein de l'établissement pour personnes âgées dépendantes du centre hospitalier de Sancerre, a déclaré un accident de service le 28 mars 2020 au titre d'un lumbago et d'une raideur lombaire, après avoir relevé un patient qui avait fait une chute. Un premier arrêt de travail a été prescrit le 28 mars 2020, puis régulièrement renouvelé jusqu'au 20 décembre 2020. Le centre hospitalier de Sancerre a placé en première intention Mme A en congé pour accident imputable au service, avec maintien de sa rémunération intégrale. Une expertise sollicitée par le centre hospitalier de Sancerre et réalisée le 11 décembre 2020, a conclu à la non-imputabilité au service des arrêts et des soins depuis le 28 mars 2020. Lors de sa séance du 16 février 2021, la commission de réforme a conclu, en revanche, à l'imputabilité au service de l'accident du 28 mars 2020. Par une décision du 16 mars 2021, le directeur du centre hospitalier de Sancerre a placé Mme A en congé maladie ordinaire avec effet rétroactif du 28 mars 2020 au 19 mars 2021 et remboursement du différentiel de rémunération correspondant. Par un courrier du 9 avril 2021, le directeur du centre hospitalier de Sancerre a informé Mme A qu'elle était redevable de la somme de 6 767,02 euros, correspondant au trop perçu de rémunération lors de son placement en congé de maladie imputable au service pour la période du 28 mars 2020 au 19 mars 2021. Mme A a formé le 10 avril 2021 un recours gracieux contre ces décisions, rejeté par le directeur du centre hospitalier de Sancerre le 21 avril 2021. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 16 mars 2021 et la décision du 21 avril 2021 prise sur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ". Constitue un accident de service, pour l'application de ces dispositions, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Il appartient au juge administratif, saisi d'un litige portant sur l'imputabilité au service d'un accident survenu en cours de service, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.
3. L'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique a institué un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " en insérant dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires un article 21 bis. L'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 a aussi, en conséquence de l'institution du congé pour invalidité temporaire imputable au service à l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, modifié des dispositions des lois du 11 janvier 1984, du 26 janvier 1984 et du 9 janvier 1986 régissant respectivement la fonction publique de l'Etat, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière. L'application de ces dispositions résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 était manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. L'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 n'est donc entré en vigueur, en tant qu'il s'applique à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 est demeuré applicable jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020.
4. Les droits des agents publics en matière d'accident de service étant réputés constitués à la date à laquelle l'accident est survenu, soit en l'espèce le 16 mars 2020, il s'ensuit que la situation de Mme A relève bien uniquement du régime fixé par les dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017.
5. Selon les dispositions de l'article 35-4 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " L'autorité investie du pouvoir de nomination qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : 1° Faire procéder à une expertise médicale du demandeur par un médecin agréé lorsque des circonstances particulières paraissent de nature à détacher l'accident du service ou lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée ; () ".
6. Aux termes de l'article 16 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " La commission départementale de réforme prévue par le décret du 26 décembre 2003 mentionné ci-dessus est notamment consultée sur l'octroi du congé de maladie ou de longue maladie susceptible
d'être accordé en application des dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et sur l'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans les conditions prévues au titre VI bis du présent décret. ".
7. Pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service des soins et arrêts de travail concernant l'accident de service du 28 mars 2020, le directeur du centre hospitalier s'est fondé sur l'expertise médicale qu'il a sollicitée conformément aux dispositions de l'article 35-4 du décret du 19 avril 1988 cité ci-dessus et rendue le 11 décembre 2020 par le docteur B. Cette expertise précise que la radiographie du rachis lombaire réalisée le 28 octobre 2020 et l'IRM du rachis lombaire réalisée le 10 novembre 2020, révèlent " un très important état antérieur quasi asymptomatique pour lequel aucun avis spécialisé n'a été demandé à ce jour ", précise que Mme A avait présenté, précédemment à l'accident, des lumbagos de courte durée et n'ayant pas nécessité d'arrêt de travail ni de traitement spécifique, et conclut que, du fait de cette antériorité, " les arrêts et les soins ne sont pas imputables à l'accident de service " du 28 mars 2020. Si la requérante se prévaut de l'avis rendu par la commission de réforme le 16 février 2021, qui a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail et des soins consécutifs à l'accident du 28 mars 2020, cet avis, purement consultatif, n'est pas motivé ni étayé par une quelconque analyse d'examens médicaux qui seraient de nature à infirmer les conclusions de l'expert sollicité par le centre hospitalier. Les certificats d'arrêt de travail établis par le médecin traitant de Mme A, les 28 mars, 16 avril, 29 mai, 19 juin, 17 juillet, 20 août, 18 septembre, 16 octobre et 20 novembre 2020, n'apportent pas davantage d'éléments de nature à infirmer l'analyse issue de l'expertise médicale réalisée le 11 décembre 2020. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le directeur du centre hospitalier de Sancerre aurait commis une erreur dans l'appréciation de sa situation en la plaçant, pour la période du 28 mars 2020 au 19 mars 2021, en congé de maladie ordinaire et en ordonnant le reversement des sommes indûment perçues à ce titre.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du directeur du centre hospitalier de Sancerre du 16 mars 2021 et de sa décision du 21 avril 2021 rejetant le recours gracieux de Mme A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l'établissement hospitalier en défense.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées par Mme A aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Sancerre, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à Mme A de la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du centre hospitalier de Sancerre présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier de Sancerre présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au centre hospitalier de Sancerre.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis De Koninck, première conseillère,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
Pauline BERNARD
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026