mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2102141 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP GERIGNY & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 juin 2021 et le 25 octobre 2022, Mme C B, représentée par la SCP Gerigny et associés, avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler le compte rendu définitif de son entretien professionnel établi au titre de l'année 2019, notifié le 14 avril 2021 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder à la révision de ce compte rendu dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi qu'elle a été informée, par écrit, au moins huit jours à l'avance, par son supérieur hiérarchique, de la date et de l'heure de son entretien annuel, conformément aux dispositions de l'article 2 du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- le compte rendu d'évaluation contesté repose sur des faits matériellement inexacts ;
- il est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses qualités et compétences ;
- il est également entaché de détournement de pouvoir en ce qu'il repose sur des observations subjectives liées à l'animosité de son supérieur hiérarchique à son encontre.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 août et 25 novembre 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Defranc-Dousset,
- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,
- et les observations de Me Nuret substituant Me Bouillaguet, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ingénieur d'études du ministère de l'éducation nationale, détachée dans le corps des attachés d'administration de l'Etat, affectée à la préfecture de la région Centre-Val de Loire a été nommée chargée de mission auprès de la directrice de cabinet, en charge de la communication interministérielle, par décision du 24 août 2017, avant d'être nommée cheffe du service de la communication régionale interministérielle à compter du 2 janvier 2018. Son entretien d'évaluation au titre de l'année 2019, mené par le directeur de cabinet, son supérieur hiérarchique direct, a eu lieu le 29 juin 2020. Mme B a demandé qu'il y apporte des modifications et s'est vu notifier le compte rendu modifié le 22 juillet 2020. Elle a formé un recours hiérarchique auprès du préfet demandant la révision de ce compte rendu et s'est vu opposer un refus au motif de l'absence de motivation de sa demande. Elle a alors demandé la saisine de la commission administrative paritaire locale, laquelle réunie le 23 mars 2021 a émis un avis défavorable sur sa demande de révision de ce compte rendu. Le 14 avril 2021 la préfète l'a informée de sa décision de suivre cet avis et lui a notifié le compte rendu d'évaluation définitif établi au titre de l'année 2019. Par la présente requête Mme B demande l'annulation de ce compte rendu.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance. ".
3. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un échange de courriels entre la requérante et le directeur de cabinet du préfet, daté du 17 juin 2020, que la date et l'heure de son entretien d'évaluation, prévu le 29 juin 2020, ont été fixées en concertation avec la secrétaire de celui-ci, en charge de la tenue de son agenda et que le délai de prévenance de 8 jours minimum a bien été respecté. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure suivie n'aurait pas respecté les dispositions de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010, rappelées au point précédent, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'évaluation professionnelle des fonctionnaires est prévue par l'article 55 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983. Cette appréciation de la valeur professionnelle de l'agent s'appuie sur un entretien annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct, dont l'objet est précisé par l'article 3 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat: " L'entretien professionnel porte principalement sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des perspectives d'évolution des conditions d'organisation et de fonctionnement du service ; / 3° La manière de servir du fonctionnaire ; / 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; / 5° Le cas échéant, la manière dont il exerce les fonctions d'encadrement qui lui ont été confiées ; / 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ; / 7° Ses perspectives d'évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité. ".
5. Aux termes de l'appréciation littérale formulée par le supérieur hiérarchique direct de la requérante, il est mentionné qu'elle a renforcé le degré de préparation à la gestion de crise du SRCI, lequel reste cependant fragile. Il lui est en revanche reproché de " n'être pas parvenue à concrétiser les ambitions qui avaient conduit à la création du service ", l'évaluateur soulignant que l'activité du service " reste insuffisamment pro-active " et " se concentre trop sur des tâches à faible valeur ajoutée ". Il indique également que le cloisonnement entre le niveau départemental et le niveau régional n'est pas adapté à la taille du service, lequel ne comporte que 3 équivalents temps plein (ETP). En outre, il mentionne qu'" une posture managériale en retrait " " n'a pas permis de résoudre les difficultés en termes de ressources humaines et a obéré le fonctionnement du service " et souligne qu'elle n'a pas réussi à améliorer le travail en réseau avec les autres services de l'Etat.
6. Pour contester son évaluation, la requérante se prévaut, d'une part, de ses évaluations établies au titre des années 2017 et 2018 par la précédente directrice de cabinet. Cependant, alors que la notation présente un caractère annuel, Mme B ne peut se prévaloir d'aucun droit acquis au maintien des résultats obtenus les années précédant la période en litige. Au demeurant, l'évaluation contestée relève un certain nombre de difficultés déjà observées dans l'évaluation établie au titre de l'année 2018 portant sur le renforcement de la dimension régionale et interministérielle du service de communication, la nécessité d'innover dans les contenus et dans leur format, de s'investir à fond dans les sujets traités, d'être pro-active et d'assurer le pilotage du service, son engagement professionnel étant alors regardé comme " à développer ".
7. D'autre part, la requérante soutient que l'évaluation contestée repose sur des faits matériellement inexacts. A ce titre, elle indique que " toutes les visites ministérielles ont été honorées dans un contexte d'urgence systématique et bien que le Loiret soit très sollicité ", que " le service n'a jamais été pris en défaut sur des demandes d'information et de communiqués de presse ", et souligne la satisfaction des interlocuteurs internes et des services gouvernementaux (SIG et DICOM) ainsi que de la presse régionale et départementale. Toutefois, aux termes de l'évaluation en litige, aucun reproche ne lui est fait sur ce plan. En revanche, les documents produits par la préfète, et notamment les échanges de courriels entre la requérante et le directeur de cabinet, montrent qu'ainsi que mentionné dans son compte rendu d'entretien, " l'action du service se fait trop en réaction aux sollicitations de la presse " et que " la production de contenu reste à renforcer ", le service se bornant à un rôle de transmetteur sans opérer de contrôle et sans apporter de véritable valeur ajoutée. De plus, contrairement à ce que Mme B affirme dans sa requête, ses relations très nombreuses tant avec les services internes à la préfecture qu'avec les services extérieurs, compte tenu du positionnement du service, sont jugées peu fluides avec les autres services de l'Etat et le SGAR, son supérieur relevant des difficultés de circulation de l'information et des incompréhensions. Alors que l'intéressée n'apporte aucune pièce, au-delà de ses seules allégations, propre à remettre en cause les griefs ainsi retenus, les erreurs de faits alléguées ne sont pas établies.
8. En troisième lieu, la requérante soutient que son évaluation professionnelle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, eu égard à ce qui vient d'être dit au point précédent, alors que les erreurs de faits alléguées ne sont pas établies et qu'aucun des documents produits par Mme A n'est de nature à remettre en cause les observations formulées par son supérieur hiérarchique, qu'en outre, les objectifs assignés ne sont jugés que comme " partiellement atteints " et que son engagement professionnel reste " à développer ", l'évaluation établie par son supérieur hiérarchique ne comporte aucune erreur manifeste dans l'appréciation de ses compétences et de sa manière de servir.
9. En dernier lieu, la requérante soutient que le compte rendu d'évaluation contesté est entaché de détournement de pouvoir en ce qu'il repose sur des observations subjectives liées à l'animosité de son supérieur hiérarchique à son encontre. A ce titre, elle indique que ses préconisations n'ont pas été suivies, citant en exemple le projet de service élaboré par ses soins dans lequel elle avait fait des propositions de réorganisation et de suppression de certaines tâches sans véritable valeur ajoutée telle la revue de presse. Elle expose en outre avoir été écartée par son supérieur hiérarchique des informations utiles à son service et avoir fait l'objet de la part de ce dernier de menaces physiques qui l'ont contrainte à demander à pouvoir exercer ses fonctions en télétravail. Toutefois, ses allégations concernant le projet de service ne sont pas établies. Par ailleurs, si elle affirme avoir été écartée de l'information nécessaire à l'exercice de ses fonctions, elle ne l'établit pas davantage. La seule production de courriels et d'une circulaire, sur laquelle elle n'apparaît pas dans la liste des destinataires portée en entête, n'est à ce titre aucunement significative. Il ne ressort pas davantage des éléments produits que les décisions prises par le directeur de cabinet s'appuieraient, au-delà de seuls arbitrages impliqués par sa fonction, sur un quelconque dessein de nuire à Mme B. Enfin, s'agissant des menaces physiques dont elle aurait été victime, il ressort des pièces du dossier que, bien que maladroite et sans doute inappropriée dans un contexte professionnel, l'expression " la boite à gifles est ouverte " utilisée par le directeur de cabinet ne saurait être assimilée à des menaces de violence physique à son endroit ainsi que cela ressort de l'ensemble des pièces du dossier. Il s'ensuit qu'alors que l'animosité de son supérieur hiérarchique à son endroit n'est pas établie et que les observations formulées par ce dernier dans le compte rendu d'évaluation contesté portent uniquement sur l'appréciation de ses aptitudes professionnelles aux fonctions confiées, le moyen tiré d'un détournement de pouvoir ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de son entretien d'évaluation professionnelle au titre de l'année 2019 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à Mme B une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Best De Gand, première conseillère,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.
La rapporteure,
Hélène DEFRANC-DOUSSET
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALe greffier,
Laurent BOUSSIERES
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026