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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102248

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102248

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCPA PIELBERG-KOLENC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 22 juin 2021, le 1er avril 2022 et le 27 juin 2023, M. B A, représenté par la société civile professionnelle (SCP) KPL avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 avril 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques d'Indre-et-Loire a refusé de reconnaître comme imputables au service les deux accidents qu'il a déclarés au titre des faits survenus les 19 février et 12 mars 2018 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la relance de reconnaître imputables au service les deux accidents dont il a été victime ainsi que la pathologie qui en est découlée et de régulariser sa situation tant administrative que financière en lui versant l'intégralité de son traitement et en prenant en charge les frais et honoraires médicaux liés à son accident de service à compter du 12 février 2018 dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- la procédure a été viciée dès lors que la commission de réforme ne comportait pas de médecin spécialiste de la pathologie dont il souffre ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait.

Par un mémoire enregistré le 25 mars 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions aux fins d'injonction sont irrecevables ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de de ce que le tribunal est susceptible de substituer d'office aux dispositions de l'article 34 de de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 celles de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.

Par un mémoire enregistré le 16 octobre 2023, M. A a répondu au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 modifié ;

- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Best-De Gand,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, recruté au sein de l'administration fiscale le 1er septembre 2002 puis titularisé dans le grade des inspecteurs des impôts le 1er septembre 2004, ledit grade ayant lui-même été intégré dans celui des inspecteurs des finances publiques à compter du 1er septembre 2011, a été affecté au pôle de contrôle et d'expertise (PCE) de Tours (Indre-et-Loire) à compter du 1er juillet 2013 jusqu'au 12 mars 2018. Il a été placé en position de congé de longue durée à compter du 12 mars 2018. Par deux lettres du 29 janvier 2020, M. A a déclaré deux accidents de travail subis les 19 février et 12 mars 2018. La commission de réforme a rendu un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service des accidents déclarés. Le directeur départemental des finances publiques d'Indre-et-Loire a par une décision du 21 avril 2021 refusé de reconnaître l'imputabilité au service des deux accidents déclarés. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision du 21 avril 2021 et à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de reconnaître imputables au service les deux accidents dont il a été victime ainsi que la pathologie qui en est découlée et de régulariser sa situation tant administrative que financière en lui versant l'intégralité de son traitement et en prenant en charge les frais et honoraires médicaux liés à son accident de service à compter du 12 février 2018.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 21 avril 2021 attaquée mentionne la loi du 11 janvier 1984 et l'avis de la commission de réforme et précise que suite à l'examen de son dossier, les accidents déclarés par M. A ne sont pas reconnus comme imputables au travail et relèvent d'un congé de longue maladie-congé de longue durée (CLM-CLD). Ainsi, elle comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et elle est suffisamment motivée. Le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable : " La commission de réforme est consultée notamment sur : () / 5. La réalité des infirmités résultant d'un accident de service (), la preuve de leur imputabilité au service () ". Aux termes de l'article 12 du même décret : " Dans chaque département, il est institué une commission de réforme départementale compétente à l'égard des personnels mentionnés à l'article 15. Cette commission, placée sous la présidence du préfet ou de son représentant, qui dirige les délibérations mais ne participe pas aux votes, est composée comme suit : () / 4. Les membres du comité médical prévu à l'article 6 du présent décret () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 5 de ce décret qui précise la composition du comité médical ministériel, auquel renvoie sur ce point le deuxième alinéa de l'article 6 relatif au comité médical départemental : " Ce comité comprend deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, pour l'examen des cas relevant de sa qualification, un spécialiste de l'affection pour laquelle est demandé le bénéfice du congé de longue maladie ou de longue durée prévu à l'article 34 (3e et 4e) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ". Enfin, aux termes de l'article 19 de ce décret : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. / Les avis sont émis à la majorité des membres présents. / Lorsqu'un médecin spécialiste participe à la délibération conjointement avec les deux praticiens de médecine générale, l'un de ces deux derniers s'abstient en cas de vote () ". Il résulte de ces dispositions que doit être présent, au sein de la commission de réforme appelée à statuer sur l'imputabilité au service de la maladie contractée par un agent, en plus des deux praticiens de médecine générale, un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par l'agent qui, s'il participe aux échanges de la commission, ne prend pas part au vote de son avis.

4. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Il est constant que, lors de sa séance du 8 avril 2021, la commission de réforme départementale d'Indre-et-Loire, saisie de la demande d'imputabilité au service de l'accident de M. A, était composée de deux praticiens de médecine générale et qu'elle ne s'est pas adjointe de médecin psychiatre. Toutefois, il résulte des pièces du dossier que la commission de réforme disposait d'un rapport d'expertise d'un psychiatre ayant examiné l'intéressé le 1er mars 2021 en vue de se prononcer sur l'imputabilité au service de ses accidents survenus les 19 février 2018 et 12 mars 2018. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, l'absence d'un spécialiste en psychiatrie au sein de la commission de réforme n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision, prise à la suite de cet avis, et n'a pas privé l'intéressé d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de réforme doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : [] / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident [] ".

7. Il ressort notamment des motifs de la décision attaquée que le directeur départemental des finances publiques s'est fondé sur la loi du 11 janvier 1984 pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service des accidents déclarés par M. A. Si M. A soutient que les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 auraient dû être appliquées, les droits des agents publics en matière d'accident de service sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu. En l'espèce, les accidents en cause se sont déroulés les 19 février et 12 mars 2018. A cette date, les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, crées par l'ordonnance n°2017-53 du 19 janvier 2017, n'étaient pas encore entrées en vigueur en l'absence des textes réglementaires devant être pris pour leur application. Par suite, c'est sans erreur de droit que la décision attaquée se fonde sur la loi du 11 janvier 1984.

8. En quatrième lieu, constitue un accident de service pour l'application des dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

9. M. A fait valoir qu'il a subi deux chocs psychologiques à son travail ayant déclenché chez lui un état dépressif et anxieux profonds, le premier, le 19 février 2018, à l'issue d'un entretien avec ses supérieurs au cours duquel il aurait été rudement mis en accusation sans qu'il puisse se préparer et le second, le 12 mars 2018, alors qu'il aurait dû prendre de nouvelles fonctions sans rapport avec ses qualifications professionnelles, la perspective de cette prise de poste, vécue comme une sanction déguisée, ayant déclenché chez lui une crise d'angoisse majeure.

10. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'entretien du 19 février 2018 était un entretien sollicité par la hiérarchie de M. A qui souhaitait recadrer ce dernier au regard de manquements professionnels constatés. M. A ne conteste pas la matérialité des faits qui lui ont alors été reprochés tenant d'une part en ce qu'il avait irrégulièrement et en toute connaissance de cause procédé à la consultation de la base de données des dossiers fiscaux afin d'obtenir des renseignements sur sa sœur et le compagnon de cette dernière et d'autre part en ce qu'il avait souscrit entre le 8 décembre 2014 et le 21 octobre 2016 une dizaine de prêts d'un montant total supérieur à 10 000 euros auprès d'un autre agent du service, qu'il avait omis de déclarer auprès de l'administration fiscale bien qu'agent des finances publiques. Un tel entretien, justifié, qui ressort de relations hiérarchiques normales ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur M. A.

11. Par ailleurs, alors que M. A a été averti le 19 février 2018 qu'il serait amené à occuper de nouvelles fonctions à partir du 12 mars 2018, sa prise de poste ledit 12 mars 2018 ne peut être regardé comme constituant un évènement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service.

12. Il résulte de ce qui précède que le directeur départemental des finances publiques d'Indre-et-Loire n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 en refusant de reconnaître des accidents déclarés au service. La décision attaquée n'est pas entachée d'erreur de fait. Elle n'est pas plus entachée d'erreur d'appréciation.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, de même que par voie de conséquence que ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'économie, des finances et de la relance.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La rapporteure,

Armelle BEST-DE GAND

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

Le greffier

Vincent DUNET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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