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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102395

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102395

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2021 et le 31 janvier 2023, la SCI les Oliviers et la SAS Pagnutti Frères, représentées par Me Schmidt-Sarels, doivent être regardées comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la délibération du 27 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il classe les parcelles cadastrées B 895, 1942, 1943, 1872, 1873 et 2902 en zone N et qu'il grève les cinq dernières d'un espace boisé classé ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux formé le 12 mars 2021 ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing de convoquer le conseil communautaire afin de procéder à la révision du plan local d'urbanisme intercommunal tendant au classement des parcelles section BO n°s 28 et 60, anciennement cadastrées section B n°s 895, 1942, 1943, 1872, 1873 et 2902 en zone constructible, à savoir en zone Ub2 et aux fins de suppression de l'espace boisé classé (EBC) grevant ces parcelles, dans un délai de quatre mois à compter du jugement définitif à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing de convoquer le conseil communautaire afin de procéder à la révision du plan local d'urbanisme intercommunal tendant au classement des parcelles citées ci-dessus en zone constructible, à savoir en zone Ub2, dans un délai de quatre mois à compter du jugement définitif à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- le classement en zone naturelle des parcelles nouvellement cadastrées section BO n°s 28 et 60 est manifestement illégal, celles-ci constituant notamment une dent creuse ;

- le classement de ces parcelles en espace boisé classé est manifestement illégal ;

- le classement de ces parcelles révèle une incompatibilité entre le plan local d'urbanisme intercommunal et le schéma de cohérence territoriale du Montargois en Gâtinais, les parcelles constituant une dent creuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022 et un mémoire enregistré le 22 février 2023, non communiqué, la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing, représentée par Me Tissier-Lotz, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de chacune des sociétés requérantes une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours gracieux née le 12 mai 2021 sont irrecevables ;

- si les requérants demandent au président de la communauté d'agglomération de mettre en œuvre la procédure prévue à l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme, ce dernier n'est pas compétent pour ce faire ;

- les conclusions aux fins d'abrogation partielle de la délibération du 27 février 2020 sont irrecevables en ce qu'elles sont plus étendues que celles contenues dans le recours préalable ;

- les autres moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Saada-Dusart se substituant à Me Schmidt-Sarels et représentant les sociétés requérantes et de Me Tissier-Lotz, représentant la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing a, par une délibération du 27 juin 2019 arrêté le projet de plan local d'urbanisme intercommunal valant programme local de l'habitat et plan de déplacement urbain. Par une délibération du 27 février 2020, le conseil communautaire a approuvé ce plan local d'urbanisme intercommunal. Les sociétés requérantes ont formé le 12 mars 2021, un recours gracieux lequel a été rejeté. Par la requête ci-dessus analysée, les sociétés requérantes demandent l'annulation de la délibération du 27 février 2020 et de la décision de rejet du recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

4. Le plan local d'urbanisme intercommunal litigieux a classé les parcelles cadastrées section BO n°s 60 et 28 en zone naturelle. Il ressort des pièces du dossier que ces parcelles, qui sont largement boisées et dépourvues de toute construction, sont situées en continuité d'autres parcelles non bâties à l'Est, et ne sont séparées au sud d'un vaste espace agricole que par quelques habitations éparses. Ces parcelles, qui sont bordées par trois voies, forment un ensemble unique et homogène, situé à l'extérieur du centre de la ville. Si elles sont situées à proximité immédiate de zones bâties les bordant au Nord et à l'Ouest, cette circonstance ne fait pas obstacle à leur classement en zone naturelle. De même, la circonstance que ces parcelles ne soient pas identifiées au sein d'un réservoir de biodiversité ne s'oppose pas à un tel classement en zone naturelle. En outre, si le projet d'aménagement et de développement durables prévoit qu'au cœur de l'agglomération, où se situe la commune de Villemandeur, l'utilisation des dents creuses doit être favorisée, il prévoit également en son point 1.1 " Consolider et resserrer la structure urbaine, au bénéfice d'une enveloppe rurale confortée " d'affirmer l'armature verte de la ville agglomérée en poursuivant notamment la valorisation des sites naturels qui accompagnent et maillent la ville. Le règlement du PLUi définit la zone N comme une zone qui concerne les secteurs non urbanisés ainsi que les constructions isolées localisées dans les espaces naturels. Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, les parcelles litigieuses ne peuvent être regardées comme une dent creuse au regard notamment de la faible densité de l'urbanisation environnante et du fait qu'elles ne sont pas enserrées dans un tissu urbain. Par suite, eu égard à la configuration des lieux et aux objectifs du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme intercommunal, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la délibération attaquée a classé en zone naturelle ces parcelles.

5. En deuxième lieu, selon l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements ".

6. Les parcelles litigieuses ont également été grevées d'une servitude d'espace boisé classé. Compte tenu de leurs caractéristiques et de la zone d'implantation, décrites au point 4, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la délibération attaquée a institué sur celles-ci une servitude d'espace boisé classée.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : / 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'à l'exception des cas limitativement prévus par la loi dans lesquels les schémas de cohérence territoriale peuvent contenir des normes prescriptives, ceux-ci doivent se borner à fixer des orientations et des objectifs. Les plans locaux d'urbanisme sont soumis à une simple obligation de compatibilité avec ces orientations et objectifs. Si ces derniers peuvent être en partie exprimés sous forme quantitative, il appartient aux auteurs des plans locaux d'urbanisme, qui déterminent les partis d'aménagement à retenir en prenant en compte la situation existante et les perspectives d'avenir, d'assurer, ainsi qu'il a été dit, non leur conformité aux énonciations des schémas de cohérence territoriale, mais leur compatibilité avec les orientations générales et les objectifs qu'ils définissent.

9. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un schéma de cohérence territoriale, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire pertinent en prenant en compte les prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

10. Les requérantes soutiennent que le classement de leurs parcelles par le plan local d'urbanisme intercommunal est incompatible avec le schéma de cohérence territoriale (SCoT) du Montargois-Gâtinais s'agissant de l'objectif tendant à optimiser les enveloppes urbaines existantes notamment par le comblement de dents creuses. En l'espèce, d'une part, le schéma de cohérence territoriale (SCoT) et notamment son projet d'aménagement et de développement durables, adopté par une délibération du conseil le 1er juin 2017 du conseil du Montargois-en-Gâtinais, distingue au sein de l'armature territoriale trois échelles de polarités existantes au sein desquelles doit être favorisé l'accueil de population et la première échelle est constituée par le cœur de l'agglomération montargoise dont fait partie la commune de Villemandeur. Pour " privilégier l'optimisation des enveloppes urbaines et villageoises existantes ", le document d'orientation et d'objectifs de ce schéma envisage notamment le comblement de dents creuses. Le document d'orientation et d'objectifs afin de " Préserver et valoriser les espaces naturels majeurs, ou " cœurs de biodiversité " prévoit également de ne pas urbaniser les réservoirs de biodiversité, de gérer l'extension des urbanisations afin de maîtriser le contact avec les espaces naturels et agricoles environnants et de ne pas développer les espaces bâtis existants compris dans ces espaces. En outre, dans son point 3.1.4 " Favoriser le concept de nature en ville ", le DOO indique que le SCoT entend permettre l'identification par les PLU des espaces naturels dits " proximité ". Il ressort de ce qui a été dit au point 4 que les parcelles litigieuses ne constituent pas une dent creuse, ne se caractérisant pas en tant que discontinuité dans la morphologie urbaine environnante. Dans ces conditions, le classement en zone N de ces parcelles ne saurait remettre en cause l'objectif, prévu par le schéma de cohérence territoriale du Montargois-en-Gâtinais, de conforter le cœur d'agglomération en ayant pour objectif d'y accueillir 20% des populations nouvelles sur la durée du SCoT. Par ailleurs, la circonstance invoquée par les sociétés requérantes selon laquelle les parcelles litigieuses ne sont pas explicitement identifiées au sein d'un réservoir de biodiversité devant être protégées de l'urbanisation dans le rapport de présentation du SCoT ne fait pas obstacle à leur classement en zone naturelle. D'une part, un tel classement n'est pas obligatoirement lié à l'identification d'un réservoir de biodiversité et d'autre part, le SCoT prévoit que les documents locaux d'urbanisme pourront identifier et localiser de tels réservoirs à l'échelle locale (3.1.2 du DOO). Par suite, le moyen tiré de l'incompatibilité de ce classement en zone N avec ce schéma doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par les sociétés requérantes tendant à l'annulation de la délibération du 27 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal et de la décision de rejet de leur recours gracieux doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées, sans qu'il soit non plus besoin d'examiner leur recevabilité.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SCI des Oliviers et la SAS Pagnutti Frères une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI des Oliviers et la SAS Pagnutti Frères une somme de 750 euros à verser chacune à la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI les Oliviers et la SAS Pagnutti est rejetée.

Article 2 : La SCI des Oliviers et la SAS Pagnutti Frères verseront chacune une somme de 750 euros à la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI des Oliviers, à la SAS Pagnutti Frères et à la communauté d'agglomération Montargoise et Rives du Loing.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

M. Joos, premier conseiller,

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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