jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2102441 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 29 juillet 2021, M. C B, représenté par Me Orhant, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif depuis sa suspension, ce dans un délai de trois jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, ou, à défaut, à son profit sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et ne fait aucune mention de son état de santé ; en outre elle vise des dispositions abrogées depuis le 1er mai 2021 ;
- faute pour l'administration de produire la délégation permettant à Mme A de signer la décision attaquée, celle-ci devra être annulée pour incompétence ;
- il n'a pas bénéficié de l'entretien de vulnérabilité prévu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il appartiendra à l'OFII d'apporter la preuve qu'il a eu la possibilité de faire valoir ses observations dans un délai de quinze jours ;
- la décision attaquée, fondée sur les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont désormais relatives au régime de la rétention administrative, est entachée d'erreur de droit ; de plus, ni les anciennes dispositions de l'article L. 744-7 ni celles de l'article L. 551-15 désormais en vigueur ne prévoient de possibilité de suspendre les conditions matérielles d'accueil ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle entraîne des conséquences d'une gravité excessive sur sa situation eu égard à son état de santé et alors qu'il avait l'intention de se rendre à son lieu d'hébergement mais a raté son bus.
Par un mémoire enregistré le 5 juin 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
L'OFII, qui demande que, si besoin, les articles L. 551-16 et R. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soient substitués aux articles L. 744-7 et R. 744-9 du même code comme base légale de la décision attaquée, fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- la décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat statuant au contentieux ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Dorlencourt.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. M. B a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2021. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. B, ressortissant afghan né le 1er septembre 1992, s'est présenté au guichet unique des demandeurs d'asile le 6 avril 2021 pour y faire enregistrer sa demande d'asile. Il a été muni d'une attestation de demande d'asile en procédure normale et une proposition d'hébergement lui a été faite. Toutefois, l'intéressé n'ayant pas rejoint le lieu d'hébergement qui lui était proposé, situé à Montargis, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié, par un courrier du 15 avril 2021, son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil en application des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du point 18 de la décision n° 428530 rendue le 31 juillet 2019 par le Conseil d'Etat statuant au contentieux. M. B demande l'annulation de la décision du 10 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII a effectivement prononcé cette suspension.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ". Aux termes de l'article R. 744-9 du même code, dans sa rédaction issue du décret du 14 décembre 2018, pris pour l'application de la loi du 10 septembre 2018 : " () II. - Pour l'application du quatrième alinéa de l'article L. 744-7, un demandeur d'asile est considéré comme ayant quitté son lieu d'hébergement s'il s'en absente plus d'une semaine sans justification valable. / Dans ce cas, le gestionnaire du lieu en informe sans délai, en application de l'article L. 744-4, l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui met fin aux conditions matérielles d'accueil ". Par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé certaines dispositions réglementaires prises pour leur application. Toutefois, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il restait possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui avait refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui était également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur avait quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction, issue de l'ordonnance du 16 décembre 2020 portant partie législative de ce code, en vigueur à compter du 1er mai 2021 : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article R. 552-8 du même code, dans sa rédaction en vigueur à compter de la même date : " () Le demandeur d'asile qui ne s'est pas présenté au gestionnaire du lieu d'hébergement dans les cinq jours suivant la décision de l'office est considéré comme ayant refusé l'offre d'hébergement ".
5. La décision du 10 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil de M. B a été prise sur le fondement des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction antérieure au 1er mai 2021, ainsi que sur le fondement du point 18 de la décision n° 428530 du Conseil d'Etat. Toutefois, à la date à laquelle elle est intervenue, cette décision ne pouvait être légalement fondée sur les dispositions précitées, qui avaient en tout état de cause été abrogées, ni sur la décision du Conseil d'Etat, qui ne trouvait à s'appliquer que dans l'attente de la modification des dispositions législatives figurant aux articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Dans son mémoire en défense, l'OFII demande au tribunal de substituer à cette base légale erronée les articles " L. 551-16 " et R. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il doit être regardé comme invoquant en fait l'article L. 551-15 de ce code, dont il cite les dispositions relatives aux conséquences d'un refus d'hébergement. Toutefois, si les dispositions des articles L. 551-15 et R. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 4 ci-dessus, permettaient au directeur général de l'OFII de refuser, totalement ou partiellement, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en l'absence de présentation du demandeur au gestionnaire du lieu d'hébergement dans les cinq jours, elles ne lui permettaient pas de prendre la décision de suspension en litige. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 mai 2021 susvisée du directeur général de l'OFII.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif d'annulation retenu, que le directeur général de l'OFII procède au rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. B, et notamment au versement de l'allocation pour demandeur d'asile, ce à compter du 10 mai 2021 et jusqu'au terme de la période au cours de laquelle le requérant en a été indûment privé. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce rétablissement dans un délai d'un mois. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 1 500 euros à Me Orhant dans les conditions prévues par ces dispositions et celles de l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 10 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. B est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. B à compter du 10 mai 2021 et jusqu'au terme de la période au cours de laquelle il en a été indûment privé.
Article 4 : L'Etat versera à Me Orhant, avocate de M. B, une somme de 1 500 euros dans les conditions prévues par l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.
Article 5 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Hélène LE TOULLEC
Le président-rapporteur,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026