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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102653

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102653

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantRENDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 juillet 2021 et le 13 septembre 2021, Mme C B, représentée par Me Renda, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée au regard du troisième alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et aucun examen attentif de sa situation personnelle n'a été réalisé, en l'absence de considérations de fait dans l'arrêté en cause ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 dès lors que les stipulations de l'article 6 de l'accord n'imposent pas une condition de communauté de vie effective entre les époux lors de la première année ;

- dès lors qu'elle est entrée régulièrement sur le territoire français, elle peut se voir délivrer un certificat de résidence en qualité de conjointe d'un ressortissant étranger en situation régulière ;

- la préfète a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations tant du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il ne ressort pas des mentions de l'arrêté attaqué que la préfète d'Eure-et-Loir aurait examiné cette demande, dès lors que l'arrêté se borne à viser cet article sans se prononcer sur les circonstances exceptionnelles et les motifs humanitaires qu'elle avançait : la préfète a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement : elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 9 septembre 2021, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a assigné Mme B à résidence dans le département d'Eure-et-Loir ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, de nationalité algérienne, née en 1990 a épousé le 19 mars 2018 en Algérie un ressortissant mauritanien, titulaire d'un titre de séjour français. Elle est entrée en France le 9 mai 2018 sous couvert d'un visa C valable trente jours du 12 février 2018 au 10 août 2018. Par un arrêté du 28 juin 2021, dont Mme B demande l'annulation, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme B aux fins d'admission exceptionnelle en qualité de conjointe d'un ressortissant étranger en situation régulière, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un arrêté du 21 octobre 2021, intervenu en cours d'instance la préfète d'Eure-et-Loir a assigné Mme B à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement du 26 octobre 2021, rendu à la suite de cette assignation, la magistrate désignée du Tribunal administratif d'Orléans a annulé l'arrêté du 28 juin 2021 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et qu'il fixe le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Dès lors, il n'appartient à la formation collégiale que de se prononcer sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour et les conclusions accessoires.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. En l'espèce, Mme B se prévaut de ses attaches familiales sur le territoire français, de ses qualifications professionnelles et de sa maîtrise de la langue française. Il ressort des pièces du dossier qu'elle est mariée avec un ressortissant mauritanien en situation régulière, qu'ils sont parents d'un petit garçon né le 23 mars 2019 et d'une petite fille née le 3 mars 2021, avant la décision attaquée, que son époux a participé à la prise en charge de patients atteints du COVID-19 durant la période d'urgence sanitaire et qu'il prend part activement, en qualité de praticien hospitalier attaché au service de radiologie et d'imagerie médicale, au fonctionnement du service du centre hospitalier de Dreux en y assumant notamment des périodes de garde. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante dispose en France de plusieurs membres de sa famille qui ont la nationalité française et qu'elle maîtrise la langue française. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard plus particulièrement à l'âge de ses enfants et à la situation de son époux, qui a vocation à rester durablement en France en raison de son activité professionnelle, et à ses autres attaches sur le territoire français, le refus de séjour attaqué porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante. La préfète d'Eure-et-Loire, en prenant la décision attaquée a dès lors méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision du 28 juin 2021 doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement, eu égard à ses motifs, implique nécessairement, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que, sauf changement de circonstances de droit ou de fait sur la situation du requérant, la préfète d'Eure-et-Loir délivre à Mme B une carte de séjour " mention vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loire d'y procéder dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La présente affaire n'ayant pas généré de dépens, les conclusions visant à mettre ces frais à la charge de l'Etat, dépourvues d'objet, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 juin 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Chartres.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Bertrand, première conseillère,

Mme Bailleul, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.

La rapporteure,

Clotilde A

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRE

La greffière,

Martine DESSOLAS

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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