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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102698

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102698

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMAHBOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 juillet 2021, 30 septembre 2021 et 7 février 2022, Mme C A, représentée par Me Mahbouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2021 par laquelle la préfète du Loiret a classé sans suite sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle satisfait à l'ensemble des conditions requises par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de la durée de son séjour sur le territoire et de ses attaches familiales en France dont elle justifie et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète a décidé de classer sa demande sans l'informer du caractère non complet de sa demande et sans lui réclamer les pièces dont l'absence aurait fait obstacle à l'instruction de sa demande ;

- la décision attaquée méconnaît les articles 3-1 et 9-3 de la convention internationale des droits de l'enfant en ce qu'elle l'expose à une mesure d'éloignement et dès lors au risque d'être séparée de son enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Cano, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'en l'absence d'un dossier complet, elle ne saurait s'analyser comme un refus de titre de séjour ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 30 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 20 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante kosovare née le 14 avril 1986, déclare être entrée en France le 7 juillet 2017 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 4 mars 2019, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté attaqué du 27 mai 2021, la préfète du Loiret a classé sans suite la demande de titre de séjour présentée par Mme A.

Sur la fin de non recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Selon l'article R. 431-11 du même code, l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé à ce code.

3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En outre, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

4. D'une part, en décidant de classer sans suite la demande de titre de séjour présentée par Mme A au motif qu'elle ne justifiait pas d'éléments nouveaux, la préfète du Loiret doit être regardée comme ayant refusé de poursuivre l'instruction et de se prononcer sur la demande. D'autre part, si la préfète du Loiret fait valoir que le dossier de demande de titre était incomplet, elle n'en justifie pas par les pièces qu'elle produit qui, tout au contraire, font état de la présentation par Mme A des pièces supplémentaires requises par les services de la préfecture, telles que l'attestation de vie commune, l'attestation de Mme A justifiant qu'elle participe à l'entretien et à l'éducation du fils, de nationalité française, de son époux ou encore la pièce d'identité ainsi que le certificat de scolarité de cet enfant. Il ne ressort dès lors pas des pièces du dossier que la demande de titre présentée par Mme A était incomplète. Il s'ensuit que la décision attaquée fait grief à la requérante qui est, dès lors, recevable à en demander l'annulation. La fin de non-recevoir opposée par la préfète du Loiret doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions en annulation :

5. Ainsi qu'il a été dit au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de titre de séjour présentée par Mme A était incomplète. Il s'ensuit que la préfète du Loiret a entaché d'une erreur de droit sa décision de classer sans suite la demande de la requérante. Le moyen doit, par suite, être accueilli.

6. Il résulte de de ce qui précède que les conclusions en annulation de la décision attaquée doivent être accueillies.

Sur les conclusions en injonction :

7. Le présent jugement implique seulement que la préfète du Loiret examine la demande de titre de séjour de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par l'Etat et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète du Loiret du 27 mai 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret d'examiner la demande de titre de séjour de Mme A dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Loiret.

Copie en sera adressée pour information au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Orléans.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Montes-Derouet, première conseillère,

Mme Dumand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

La rapporteure,

Isabelle B

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRELa greffière,

Martine DESSOLAS

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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