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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102737

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102737

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGOURAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 26 juillet 2021, le 20 mars 2022 et le 27 avril 2023, M. A représenté par Me Blevin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 10 décembre 2020 par laquelle le conseil municipal de Champhol a prononcé le retrait de la délibération du 4 juin 2020 approuvant la cession d'un bien situé 2 rue de la mairie sur le territoire de cette commune et a autorisé le maire à signer le contrat de vente portant sur ce bien ainsi que le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Champhol d'exécuter la délibération du conseil municipal du 4 juin 2020 en application des dispositions de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Champhol une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet de son recours gracieux est insuffisamment motivée ;

- la délibération est illégale et dépourvue de caractère exécutoire faute de publication et de notification ;

- la délibération du 10 décembre 2020 est intervenue plus de quatre mois à compter de la date de la délibération du 4 juin 2020 et méconnait les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, la commune de Champhol, représentée par Me Gouraud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est tardive et par suite irrecevable, les requérants n'ayant pas intérêt à agir, et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Dumand rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 4 juin 2020, la commune de Champhol (Eure-et-Loir) a décidé de céder un immeuble situé 2 rue de la mairie sur le territoire de cette même commune. Se fondant sur son illégalité, la commune de Champhol a décidé de prononcer son retrait par une délibération du 10 décembre 2020. M. A, qui avait présenté une offre d'achat de ce bien, demande l'annulation de cette dernière délibération.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Selon l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " Aux termes de l'article R. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". L'article R. 112-5 de ce même code dispose que : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / 2° La désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; / 3° Le cas échéant, les informations mentionnées à l'article L. 114-5, dans les conditions prévues par cet article. / Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. Dans le second cas, il mentionne la possibilité offerte au demandeur de se voir délivrer l'attestation prévue à l'article L. 232-3 ".

3. Il résulte de ces dispositions combinées qu'en l'absence d'un accusé de réception comportant les mentions prévues par ces dernières dispositions, les délais de recours contentieux contre une décision implicite de rejet ne sont pas opposables à son destinataire. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. La présentation, dans le délai imparti pour introduire un recours contentieux contre une décision administrative, d'un recours administratif, gracieux ou hiérarchique, contre cette décision a pour effet d'interrompre ce délai. Il en va notamment ainsi lorsque, faute de respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, le délai dont dispose le destinataire de la décision pour exercer le recours juridictionnel est le délai découlant de la règle énoncée au point 3. Lorsque le recours administratif fait l'objet d'une décision explicite de rejet, un nouveau délai de recours commence à courir à compter de la date de notification de cette décision. Si la notification de la décision de rejet du recours administratif n'est pas elle-même assortie d'une information sur les voies et délais de recours, l'intéressé dispose de nouveau, à compter de cette notification, du délai découlant de la règle énoncée au point 3 pour saisir le juge. En cas de silence gardé par l'administration sur le recours administratif, le délai de recours contentieux de droit commun contre la décision administrative contestée recommence à courir dès la naissance d'une décision implicite de rejet du recours administratif lorsque l'autorité administrative a accusé réception de ce dernier recours et que l'accusé de réception comporte les indications prévues à l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration. A défaut, l'intéressé dispose, pour introduire son recours contentieux contre la décision administrative qu'il conteste, à compter du jour où il a eu connaissance de la décision implicite de rejet de son recours administratif, du délai raisonnable découlant de la règle énoncée au point 3.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a adressé à la commune de Champhol, le 4 février 2021 soit dans le délai de recours, un recours gracieux à l'encontre de la délibération du 10 décembre 2020 dont la commune a accusé réception le 11 février 2021. Il est constant que cet accusé de réception ne comportait pas les mentions prévues à l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration de sorte que le délai de recours de deux mois, qui s'est trouvé prorogé par l'exercice du recours gracieux, n'a pas commencé à courir. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'intéressé a eu connaissance de l'existence de cette décision à compter du 25 mai 2021 date à laquelle il a demandé la communication des motifs de cette décision. En application des principes rappelés ci-dessus, M. A disposait alors, à compter de cette dernière date, d'un délai raisonnable d'un an pour exercer son recours contentieux. Il en résulte que la requête introduite le 26 juillet 2021 n'était pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article 1582 du code civil : " La vente est une convention par laquelle l'un s'oblige à livrer une chose, et l'autre à la payer. Elle peut être faite par acte authentique ou sous seing privé ". Aux termes de l'article 1583 de ce code : " Elle est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès qu'on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n'ait pas encore été livrée ni le prix payé ". Aux termes de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut retirer () un acte non réglementaire non créateur de droits que s'il est illégal et si le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant son édiction ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la délibération du 4 juin 2020 ne mentionnait ni le prix de la cession ni la consistance précise du bien cédé. Dans ces conditions, cette délibération ne peut être regardée comme exprimant l'accord de la commune sur la chose cédée et son prix. Il s'ensuit que la vente n'était pas parfaite et n'a donc pas créé de droit. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la délibération de retrait attaquée a été adoptée le 10 décembre 2020, soit plus de quatre mois après la délibération du 4 juin 2020, en méconnaissance de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à soutenir que la délibération du 10 décembre 2020 est entachée d'illégalité pour ce motif.

8. Il résulte de ce qui précède que la délibération du 10 décembre 2020 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision rejetant le recours gracieux de M. A.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que la délibération du 4 juin 2020 n'était pas créatrice de droit. Dans ces conditions, les conclusions tendant à ce que le tribunal enjoigne à la commune d'exécuter cette délibération, ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les frais non-compris dans les dépens :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune au titre des frais non-compris dans les dépens.

11. En revanche, en application de ces dispositions, il y lieu de mettre à la charge de la commune de Champhol, une somme de 1 500 euros à verser à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 10 décembre 2020 et la décision implicite de rejet du recours gracieux sont annulées.

Article 2 : La commune de Champhol versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la commune de Champhol.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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