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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102772

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102772

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BRIHI KOSKAS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juillet 2021 et

8 janvier 2024 sous le n° 2102772, M. B C et l'union départementale des syndicats force ouvrière de Loir-et-Cher représentés par Me Ilic, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'inspecteur du travail du 2 décembre 2020 accordant à la société Saint-Michel l'autorisation de procéder au licenciement de M. C, ensemble la décision implicite par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté son recours hiérarchique ;

2°) d'annuler la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 27 septembre 2021 annulant la décision de l'inspecteur du travail du 2 décembre 2020 et accordant à la société Saint-Michel l'autorisation de procéder à son licenciement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de M. C la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de l'union départementale des syndicats force ouvrière de Loir-et-Cher la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure de licenciement est irrégulière dans la mesure où M. C n'a pas pu être entendu par le conseil économique et social du fait d'un accident de trajet dont il a été victime ;

- la procédure de licenciement est irrégulière dans la mesure où tous les membre du CSE, en ce compris les membres suppléants, n'ont pas été convoqués à la réunion du 28 septembre 2020 ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait, l'altercation survenue le 28 avril 2020 ne trouvant pas sa cause dans l'ouverture ce jour-là d'un panneau syndical ; il n'est lui-même pas à l'origine de l'altercation ;

- la matérialité des faits n'est pas établie ; la ministre aurait dû solliciter la communication des images de vidéosurveillance pour s'en assurer ; le doute doit lui profiter en application des dispositions de l'article L. 1333-1 du code du travail ;

- la faute qui lui est reprochée n'est pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement ;

- son licenciement est en lien avec l'exercice de ses mandats.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens dirigés contre les deux décisions contestées sont inopérants dans la mesure où celles-ci ont disparu de l'ordonnancement juridique.

Par un mémoire, enregistré le 7 février 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Saint-Michel, représentée par Me Péquignot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et à la charge de l'union départementale des syndicats force ouvrière de Loir-et-Cher une somme de 3 000 euros au même titre.

Elle fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de cette requête dans la mesure où les décisions dont il est demandé l'annulation ont disparu de l'ordonnancement juridique.

II) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 novembre 2021 et

8 janvier 2024 sous le n° 2104273, M. B C, représenté par Me Ilic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 27 septembre 2021 annulant la décision de l'inspecteur du travail du 2 décembre 2020 et accordant à la société Saint-Michel l'autorisation de procéder à son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure de licenciement est irrégulière dans la mesure où il n'a pas pu être entendu par le conseil économique et social du fait d'un accident de trajet dont il a été victime ;

- la procédure de licenciement est irrégulière dans la mesure où tous les membre du CSE, en ce compris les membres suppléants, n'ont pas été convoqués à la réunion du 28 septembre 2020 ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait, l'altercation survenue le 28 avril 2020 ne trouvant pas sa cause dans l'ouverture ce jour-là d'un panneau syndical ; il n'est lui-même pas à l'origine de l'altercation ;

- la matérialité des faits n'est pas établie ; la ministre aurait dû solliciter la communication des images de vidéosurveillance pour s'en assurer ; le doute doit lui profiter en application des dispositions de l'article L. 1333-1 du code du travail ;

- la faute qui lui est reprochée n'est pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement ;

- son licenciement est en lien avec l'exercice de ses mandats.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 7 février 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Saint-Michel, représentée par Me Péquignot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et à la charge de l'union départementale des syndicats force ouvrière de Loir-et-Cher une somme de 3 000 euros au même titre.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Palis De Koninck,

- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public,

- et les observations de M. C et de Me Péquignot, représentant la société Saint-Michel.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a été recruté en 2017 par la SAS Saint-Michel et occupait un poste de conducteur de ligne de fabrication. Il était membre titulaire du comité social et économique (CSE) et défenseur syndical. Après entretien préalable et convocation du CSE, la société a sollicité de l'inspecteur du travail l'autorisation de procéder au licenciement pour faute de l'intéressé le 8 octobre 2020 lui reprochant d'avoir délibérément agressé physiquement un collègue le 28 avril 2020. Par une décision du 2 décembre 2020, l'inspecteur du travail a accordé à la société Saint-Michel l'autorisation de procéder au licenciement de M. C. Celui-ci a formé un recours hiérarchique auprès de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion qui a été implicitement rejeté. Par une décision du 27 septembre 2021, la ministre en charge du travail a finalement retiré sa décision implicite, annulé la décision de l'inspecteur du travail et accordé à la société Saint-Michel l'autorisation de procéder au licenciement de M. C. Par les requêtes ci-dessus analysées, M. C demande au tribunal d'annuler la décision de l'inspecteur du travail et les décisions implicite et explicite de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion.

2. Les requêtes n° 2102772 et 2104273 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision expresse de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 27 septembre 2021 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2421-9 du code du travail : " L'avis du comité social et économique est exprimé au scrutin secret après audition de l'intéressé ". En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a été convoqué devant le CSE par courrier remis en mains propres le 21 septembre 2020. La réunion du comité s'est déroulée le 28 septembre suivant. Le vendredi 25 septembre dans l'après-midi, soit la veille du week-end, M. C indique avoir été victime d'un accident de trajet. Il ressort du bulletin de situation du centre hospitalier produit à l'appui de la requête que l'intéressé a été admis aux urgences de l'établissement à 16 heures 45 pour une fracture de la jambe. Il est demeuré hospitalisé jusqu'au 5 octobre 2020. Si son hospitalisation ne permettait pas à M. C d'assister à la réunion du CSE et d'être auditionné, il n'est pas contesté qu'il n'a pas prévenu son employeur le 26, le 27 ou le 28 septembre au matin de son indisponibilité alors qu'il ne ressort nullement des pièces du dossier qu'il n'était pas en mesure de le faire. Son épouse n'est venue justifier de son absence que le 28 septembre en fin de journée après la réunion du CSE. Dans ces conditions, en s'abstenant de prévenir son employeur de son indisponibilité médicale, M. C ne l'a pas mis à même de reporter la réunion du CSE afin d'y être auditionné. Il n'est donc pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 2421-9 du code du travail.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2314-1 du code du travail : " () La délégation du personnel comporte un nombre égal de titulaires et de suppléants. Le suppléant assiste aux réunions en l'absence du titulaire () ". Aux termes de l'article 2.4 de l'accord relatif au fonctionnement du CSE de l'entreprise : " Le Comité Social et Economique est convoqué par son Président au moins trois jours avant la tenue de la réunion. La convocation est adressée à l'ensemble des membres du Comité (remise en main propre ou par mail). / L'ordre du jour est établi conjointement par le Président du CSE et le Secrétaire du Comité ou le cas échéant le Secrétaire adjoint. Toutefois, les consultations rendues obligatoires par une disposition législative ou règlementaire ou par un accord collectif de travail sont inscrites de plein droit à l'ordre du jour par le Président ou le Secrétaire. / En outre, les Suppléants participent aux réunions du Comité dès lors qu'ils remplacent un Titulaire absent, conformément aux dispositions légales en vigueur ". Aux termes de l'article 2.5.2 de cet accord : " Le remplacement du Titulaire absent se déroulera dans le strict respect des dispositions légales en vigueur (art. L2314-37 du Code du travail). / L'organisation du remplacement d'un Titulaire absent par un Suppléant est de la seule responsabilité des membres élus du CSE. En aucun cas, une carence dans l'organisation du remplacement ne peut entrainer le report d'une réunion du CSE. / Le Suppléant devient titulaire jusqu'au retour de celui qu'il remplace ou jusqu'au renouvellement de l'institution. ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'accord en vigueur au sein de l'entreprise Saint-Michel prévoyait la convocation de l'ensemble des membres du CSE sans distinction des titulaires et des suppléants. Ces dispositions prévoyaient également qu'il revenait aux membres du CSE d'organiser la suppléance en cas d'absence d'un titulaire. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. C, membre titulaire du CSE, était absent lors de la réunion du 28 septembre 2020 à la suite de son hospitalisation. Il n'est pas contesté que son suppléant n'a pas été convoqué à cette réunion. Toutefois, d'une part, il ne ressort nullement des pièces du dossier que M. C ait cherché à prévenir son suppléant de son indisponibilité. D'autre part, alors que le CSE, qui s'était déjà prononcé une première fois en faveur du licenciement du requérant comprend en principe onze membres, les dix membres présents lors de la réunion du 28 septembre 2020 ont voté unanimement en faveur de la mesure de licenciement. Dans ces conditions, le CSE a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation. Le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 2411-3 du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives, bénéficiant, dans l'intérêt des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle, ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution du mandat dont il est investi.

7. Pour contester la matérialité des faits qui lui sont reprochés, M. C soutient qu'il n'est pas à l'origine de l'altercation survenue avec l'un de ses collègues membre de l'autre syndicat présent au sein de l'entreprise et qu'il ne l'a pas frappé.

8. Aux termes de la décision attaquée, la ministre du travail a retenu que le collègue de M. C l'a interpellé le 28 avril 2020 entre 11 heures 45 et 12 heures et qu'un vif échange verbal s'en est suivi, les conduisant à s'approcher tête contre tête. M. C a alors assené " un violent coup de tête qui a fait voler la visière du casque de M. A et dont la violence a projeté le salarié au sol ". La ministre a également retenu qu'après quelques secondes, M. C s'est à son tour laissé glisser au sol. Chacun des salariés s'est ensuite présenté devant le directeur de l'établissement et le directeur des ressources humaines, le collègue de M. C y étant allé en premier et ayant pu faire constater la présence d'une rougeur sur son front.

9. D'une part, si la ministre a à tort retenu que juste avant l'altercation, M. C avait ouvert le panneau syndical de l'autre syndicat auquel appartenait son collègue, il est constant que leur dispute trouvait bien son origine dans l'ouverture par le requérant du panneau syndical qui n'était pas le sien. Cet incident était survenu deux mois plus tôt et face aux dénégations de l'intéressé, avait donné lieu, quelques jours avant l'altercation, au visionnage des images de vidéo surveillance ayant permis d'identifier M. C en train d'ouvrir le panneau syndical. Aussi, si la décision comporte une erreur sur le déroulement chronologique des faits, celle-ci n'a aucune incidence sur l'appréciation portée par la ministre du travail sur la matérialité des faits en litige.

10. D'autre part, il ressort des témoignages concordants des salariés présents lors de l'altercation que M. A a interpellé le requérant, qu'ils se sont disputés et que le premier est tombé au sol après que la visière de son casque a volé, M. C s'étant laissé tomber au sol quelques secondes plus tard. Comme l'a retenu la ministre, c'est bien le collègue du requérant qui l'a interpellé en premier conduisant à la dispute. Toutefois, il ressort de ces mêmes pièces, qui ne laissent pas de place au doute, que c'est M. C qui lui a porté un violent coup de tête. Pour contredire les témoignages concordants des salariés présents, le requérant produit l'attestation d'un de ses collègues qui, toutefois, ne pouvait pas matériellement être présent sur les lieux dans la mesure où, au moment des faits, il prenait sa pause de trente minutes et qui fait d'ailleurs l'objet d'une procédure de licenciement pour avoir produit une fausse attestation en faveur de M. C. Ce dernier produit également l'attestation de deux autres salariés qui n'étaient pas présents et n'ont pas assisté à l'altercation litigieuse. S'il soutient que l'entreprise aurait dû fournir les images de vidéo surveillance, constituant la preuve irréfutable de ce qu'il n'avait pas frappé son collègue, la société indique, sans être contredite sur ce point, qu'il n'y a pas de caméra à cet endroit de l'usine. Aussi, les éléments produits par M. C ne sont pas de nature à remettre en cause la matérialité des faits retenus par la ministre du travail pour accorder l'autorisation de procéder à son licenciement. La circonstance qu'il ait effectivement porté plainte contre M. A, ce que ce dernier avait déjà fait, et qu'il ait fait constater des blessures à l'origine d'une incapacité temporaire de travail, incapacité dont a également souffert son collègue, ne permettent pas d'établir qu'il ne serait pas à l'origine du coup qui lui est reproché. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la ministre du travail aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en considérant que la matérialité des faits qui lui sont reprochés était établie.

11. En quatrième lieu, M. C soutient que la faute commise, à la supposer établie, ne justifie pas son licenciement dans la mesure où il n'est pas à l'origine de l'altercation et que les relations existant entre les deux syndicats étaient très tendues. S'il ressort effectivement des pièces du dossier qu'un conflit important existait entre les deux syndicats, ayant même conduit l'entreprise à organiser une médiation, il ressort des pièces du dossier que c'est le comportement de M. C, dont les images de vidéo surveillance ont permis d'établir qu'il avait ouvert le panneau syndical qui n'appartenait pas à son syndicat, qui est à l'origine de la dispute. Il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il a donné un violent coup de tête à son collègue faisant voler la visière de son casque avant de le faire tomber au sol, lui occasionnant des blessures à l'origine d'une incapacité temporaire de travail de cinq jours. Aussi, bien qu'il n'ait pas été suspendu après l'incident et qu'il n'ait pas provoqué l'échange verbal initial, son comportement violent peut être regardé comme constituant une faute d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise la ministre du travail ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, M. C soutient qu'il existe un lien entre son licenciement et l'exercice de ses mandats syndicaux. Cela ne ressort toutefois d'aucune des pièces du dossier. La circonstance que le collègue qu'il a frappé n'ait pas fait l'objet d'une sanction disciplinaire n'est pas révélatrice d'une discrimination syndicale. En effet, si celui-ci a interpelé M. C, il ne lui a pas porté de coup. En outre, la seule attestation produite émanant d'un collègue indiquant que les chefs d'équipe avaient été invités à noter tous les écarts dont le requérant se rendrait coupable, n'est pas de nature à établir l'existence d'un lien entre l'exercice de ses mandats et la procédure de licenciement pour avoir frappé un collègue. Enfin, le fait qu'il ait fait l'objet d'une précédente procédure de licenciement qui n'a pas été menée à son terme et qu'il n'ait pas été autorisé à faire visiter l'usine à des membres de son syndicat extérieurs à l'entreprise à l'occasion des portes ouvertes réservées aux membres des familles des salariés, ne sont pas révélateurs de la discrimination syndicale alléguée. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la ministre du travail a considéré que le lien invoqué par le requérant entre son licenciement et l'exercice de ses mandats n'était pas établi.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 27 septembre 2021 doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision implicite de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion :

14. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

15. La décision par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a implicitement rejeté le recours gracieux formé par M. C à l'encontre de la décision de l'inspecteur du travail du 2 décembre 2020 a été retirée par la décision expresse du 27 septembre 2021. Les conclusions tendant à l'annulation de cette dernière décision sont rejetées par le présent jugement. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion.

En ce qui concerne la décision de l'inspecteur du travail :

16. La décision de l'inspecteur du travail du 2 décembre 2020 a été annulée par la décision expresse de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 27 septembre 2021. Les conclusions tendant à l'annulation de cette dernière décision sont rejetées par le présent jugement. Par suite, la décision de l'inspecteur du travail a définitivement disparu de l'ordonnancement juridique. En conséquence, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son annulation.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C et l'union départementale des syndicats force ouvrière de Loir-et-Cher au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C et de l'union départementale des syndicats force ouvrière de Loir-et-Cher la somme demandée par la société Saint-Michel au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n°2102772 tendant à l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail du 2 décembre 2020 et de la décision implicite de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion rejetant le recours hiérarchique de M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n°2102772 et la requête n° 2104273 présentée par M. C sont rejetés.

Article 3 : Les conclusions présentées par la société Saint-Michel sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à l'union départementale des syndicats force ouvrière de Loir-et-Cher, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la SAS Saint-Michel.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2102772

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