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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102785

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102785

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantAIT-TALEB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021 sous le n° 2102785, M. C A, représenté par Me Toubale, puis par Me Aït-Taleb, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021, par lequel la préfète d'Eure-et-Loir lui a retiré son titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors que toute sa famille réside en France.

Par un mémoire enregistré le 4 août 2021, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II - Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021 sous le n° 2103075, M. A, représenté par Me Aït Taleb, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir lui a retiré son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui restituer son titre de séjour délivré le 11 octobre 2019 dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé tant en fait qu'en droit en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; la motivation de la menace à l'ordre public est insuffisante au regard des dispositions des 1°, 2° et 3° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 28 de la directive n° 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa qualité de parent de deux enfants français, alors qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de ces enfants ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa qualité de conjoint de ressortissante française, depuis au moins 3 ans ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il justifie résider régulièrement en France depuis plus de 10 ans ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il justifie résider régulièrement en France depuis plus de 10 ans et d'un mariage depuis au moins 4 ans avec une française ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il justifie résider régulièrement en France depuis plus de 10 ans et être parent d'un enfant français ;

- l'arrêté porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'ancienneté et de l'intensité de ses attaches en France en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est contraire à l'intérêt de ses enfants en méconnaissance des stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant

La préfète d'Eure-et-Loir, à qui la requête a été communiquée le 1er septembre 2021, n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure en date du 3 décembre 2021.

Par ordonnance du 4 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 avril 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2102785 et n° 2103075 émanent du même requérant, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. C A, ressortissant marocain né le 2 avril 1985, est entré régulièrement en France le 20 mars 2008. Le 19 juin 2008, il a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de ressortissante française, carte régulièrement renouvelée jusqu'en 2016. Le 21 mars 2017, il a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 26 juillet 2021, la préfète d'Eure-et-Loir a retiré à M. A son titre de séjour au motif d'une menace actuelle et grave pour l'ordre public. Par ses requêtes, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Le caractère suffisant de la motivation d'une décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs.

4. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions dont la préfète d'Eure-et-Loir a fait application, notamment les articles L. 432-4, L. 432-6 et R. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose précisément les motifs, tirés de la commission en récidive des délits de transport, détention et importation de stupéfiants à l'origine de sa condamnation à une peine de 3 ans d'emprisonnement prononcée par le tribunal correctionnel de Blois le 13 décembre 2019, pour lesquels la préfète, qui n'était pas tenue d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation familiale et personnelle du requérant, a estimé devoir retirer à M. A son titre de séjour. L'arrêté litigieux est, par suite, suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et notamment pas des éléments déjà exposés au point 4 que la préfète d'Eure-et-Loir ne se serait pas livrée à un examen particulier de la situation de M. A. Le moyen doit donc également être écarté.

6. En troisième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir d'une violation des dispositions de l'article 28 de la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 qui institue une protection contre l'éloignement au bénéfice d'un membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne, dès lors que l'arrêté de retrait attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner du territoire français.

7. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants à l'encontre de l'arrêté portant retrait de la carte de séjour pluriannuelle, qui n'a ni pour objet ni pour effet d'expulser M. A hors du territoire français.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A fait valoir qu'il a quitté son pays d'origine depuis plus de 14 ans, qu'il a épousé une ressortissante française le 5 décembre 2007 et qu'il est le père de deux enfants français nés de son union conjugale. Toutefois, l'intéressé, incarcéré à la suite de sa condamnation par le tribunal correctionnel de Blois le 13 décembre 2019 à une peine de 3 ans d'emprisonnement notamment pour des faits de transport, détention et importation non autorisée de stupéfiants commis en état de récidive légale, ne démontre pas avoir maintenu des liens étroits et stables avec son épouse, ni contribuer à l'entretien et l'éducation de ses deux enfants mineurs. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, eu égard à la nature et la gravité des faits pour lesquels M. A a été condamné, leur actualité et leur répétition, la décision contestée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, la préfète d'Eure-et-Loir n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au profit du conseil de M. A au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes présentées par M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

Emmanuel B

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2103075

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