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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102854

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102854

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 août 2021 et 26 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de l'agglomération montargoise de lui accorder la protection fonctionnelle ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise la somme de 2 500 euros au titre des frais liés au litige.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée en fait dès lors qu'elle n'expose pas les faits qui ont fondé la demande de protection fonctionnelle et ne précise pas les raisons qui justifient le refus ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'aucun dispositif de traitement et d'instruction de son signalement n'a été mis en œuvre préalablement à la décision de refus contestée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors qu'ayant fait l'objet d'agissements qualifiables de harcèlement moral et de dénonciation calomnieuse, elle remplissait les conditions d'octroi de la protection fonctionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise, représenté par Me Derec, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B de la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nehring,

- les conclusions de M. Eric Gauthier, rapporteur public,

- et les observations de Me Derec, représentant le centre hospitalier de l'agglomération montargoise.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ouvrière principale de seconde classe titulaire, a été affectée par voie de mutation au sein du service sécurité incendie du centre hospitalier de l'agglomération montargoise à compter du 26 octobre 2020. A la suite d'un accident survenu le 30 novembre 2020 sur son lieu de travail, elle a été placée en arrêt de travail. Estimant avoir été victime de harcèlement moral et de propos calomnieux de la part de plusieurs de ces collègues, elle a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle le 25 mai 2021. Par décision du 5 juin 2021, le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise a rejeté sa demande. Par la requête ci-dessus analysée, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision contestée vise la demande d'octroi de la protection fonctionnelle adressée par l'intéressée le 25 mai 2021 et indique que la matérialité des faits n'est pas établie. Elle comporte donc les considérations de fait sur lesquelles le centre hospitalier de l'agglomération montargoise s'est fondé pour rejeter la demande de Mme B.

4. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983, désormais codifié à l'article L. 135-6 du code général de la fonction publique : " Les administrations, collectivités et établissements publics mentionnés à l'article 2 mettent en place un dispositif de signalement qui a pour objet de recueillir les signalements des agents qui s'estiment victimes d'atteintes volontaires à leur intégrité physique, d'un acte de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel, d'agissements sexistes, de menaces ou de tout autre acte d'intimidation et de les orienter vers les autorités compétentes en matière d'accompagnement, de soutien et de protection des victimes et de traitement des faits signalés. " Aux termes de l'article 1er du décret du 13 mars 2020 relatif au dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans la fonction publique : " Le dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel et des agissements sexistes prévu par l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 susvisée comporte : 1° Une procédure de recueil des signalements effectués par les agents s'estimant victimes ou témoins de tels actes ou agissements ; 2° Une procédure d'orientation des agents s'estimant victimes de tels actes ou agissements vers les services et professionnels compétents chargés de leur accompagnement et de leur soutien ; 3° Une procédure d'orientation des agents s'estimant victimes ou témoins de tels actes ou agissements vers les autorités compétentes pour prendre toute mesure de protection fonctionnelle appropriée et assurer le traitement des faits signalés, notamment par la réalisation d'une enquête administrative. "

5. Si Mme B se prévaut des dispositions de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article 1er du décret du 13 mars 2020, lesquelles sont relatives à la mise en place d'un dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes prévoyant une procédure d'orientation vers les autorités compétentes, ces dispositions ne sauraient être regardées comme instituant une obligation pour l'administration de procéder à une enquête administrative dans le cadre de l'instruction d'une demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, tenant à l'absence de réalisation d'une enquête administrative et d'une procédure d'orientation, doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige et dont les dispositions sont désormais codifiées à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il résulte de ces dispositions que le harcèlement moral est constitué, indépendamment de l'intention de son auteur, dès lors que sont caractérisés des agissements répétés ayant pour effet une dégradation des conditions de travail susceptibles de porter atteinte aux droits et à la dignité de l'agent, d'altérer sa santé ou de compromettre son avenir professionnel.

7. Aux termes de l'article 11 de la même loi, applicable au litige et dont les dispositions sont désormais codifiées à l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions, d'une protection organisée par la collectivité publique dont ils dépendent, conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales. / () La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ". Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

8. Il en résulte que des agissements répétés de harcèlement moral peuvent permettre à l'agent public qui en est l'objet d'obtenir la protection fonctionnelle prévue par les dispositions précitées de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont les fonctionnaires et les agents publics non titulaires sont susceptibles d'être victimes à l'occasion de leurs fonctions.

9. En conséquence, d'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui.

10. En premier lieu, Mme B soutient avoir, dès le jour de son arrivée au sein du centre hospitalier de l'agglomération montargoise, été confrontée à des propos malveillants tenus par un de ses collègues à l'égard d'un autre agent. Toutefois cette circonstance, à la supposer démontrée, ne saurait présumer l'existence d'un harcèlement moral à son encontre.

11. En deuxième lieu, Mme B soutient avoir été victime de propos calomnieux et dénigrants tenus à son encontre par plusieurs de ses collègues lui reprochant notamment son refus supposé de vouloir effectuer une ronde dans l'établissement le 30 octobre 2020, de nombreux retards et absences durant les heures de service, d'avoir tenu des propos déplacés à un collègue alors qu'elle était seule avec lui et, au-delà, son attitude générale, qualifiée de déloyale, méprisante et insultante envers ses collègues et sa hiérarchie. Toutefois, si l'intéressée réfute les reproches et accusations qui lui ont été adressés par plusieurs de ses collègues, aucun élément du dossier ne permet de caractériser ces témoignages comme calomnieux.

12. En dernier lieu, Mme B reproche également à plusieurs de ses supérieurs hiérarchiques de l'avoir convoquée plusieurs fois en quelques jours dès les premières semaines de son affectation, afin de lui faire des reproches sur son attitude et au cours desquelles il lui aurait été fait des remarques vexatoires. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été convoquée par le directeur du patrimoine, des travaux et du service de sécurité incendie du centre hospitalier le 30 octobre 2020, puis le 2 novembre 2020 par la cheffe du service de sécurité incendie. S'il est constant que les deux responsables hiérarchiques ont fait des reproches à Mme B lors de ces entretiens sur sa manière de servir, il ne ressort pas des pièces du dossier que des propos injurieux, dénigrants ou intimidants ont été tenus. Ainsi, ces circonstances, qui n'excèdent pas l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, ne peuvent faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Au demeurant, si Mme B se prévaut de ses évaluations favorables rédigés par son ancien supérieur hiérarchique lorsqu'elle était en poste au centre hospitalier Paul Guiraud, ainsi que de nombreuses attestations d'anciens collègues soulignant son professionnalisme, ces éléments ne peuvent faire présumer l'existence d'un harcèlement moral de la part de ses collègues ou de sa hiérarchie au sein du centre hospitalier de l'agglomération montargoise.

13. Dans ces conditions, les faits mis en avant par Mme B ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral de ses collègues et de sa hiérarchie à son encontre.

14. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions dirigées contre la décision du 5 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé d'accorder à Mme B la protection fonctionnelle ainsi que les conclusions à fin d'injonction, qui en sont l'accessoire, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de Mme B présentées sur leur fondement. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier de l'agglomération montargoise au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier de l'agglomération montargoise, présentées en application l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de l'agglomération montargoise.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le rapporteur,

Virgile NEHRING

Le président,

Benoist GUEVEL

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au ministre délégué chargé de la santé et de la prévention, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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