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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102895

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102895

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL DA COSTA DOS REIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2021, M. A B, représenté par la société d'avocats Da Costa-Dos Reis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a imposé de se présenter chaque lundi et mercredi à 9h30 à la brigade de gendarmerie de Jargeau afin de faire constater qu'il respecte la mesure et pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une carte de séjour temporaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence dès lors qu'il n'est pas démontré que son signataire disposait d'une délégation de signature et que celle-ci ait été publiée ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son état de santé ;

- il méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 27 août 2021, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé à M. B par une décision du 15 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant centrafricain né le 27 juillet 1977, est, selon ses déclarations, entré en France en 2007 muni d'un passeport dépourvu de visa. Il a fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière le 21 septembre 2008 qu'il a contesté devant le tribunal de céans. Son recours a été rejeté par un jugement du 24 septembre 2008. Il s'est ensuite vu délivrer un titre de séjour pour raison de santé valable du 23 décembre 2008 au 22 décembre 2009. Par trois arrêtés successifs du 4 mai 2010, du 15 décembre 2014 et du 5 mars 2015, le préfet du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B n'a déféré à aucun de ces arrêtés. Le 17 mai 2017, il s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour pour raison de santé valable à compter du 17 mai 2017 et renouvelée jusqu'au 28 décembre 2017. Il a ensuite obtenu un titre de séjour valable du 3 septembre 2018 au 2 septembre 2019 pour raison de santé. Le 30 août 2019, M. B a sollicité des services de la préfecture du Loiret le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 21 janvier 2020, le préfet du Loiret a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il a contesté cet arrêté devant ce tribunal. Par un jugement du 11 janvier 2021, son recours a été rejeté. Son appel formé contre ce jugement est toujours pendant devant la cour administrative d'appel de Versailles. S'étant maintenu sur le territoire, le 27 juillet 2021, il a été entendu par les services de la gendarmerie nationale pour vérification de son droit au séjour et a fait l'objet le lendemain de l'arrêté de la préfète du Loiret contesté, notifié en mains propres le 31 juillet 2021, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint de la préfecture du Loiret, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté de la préfète du Loiret du 27 juillet 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture et disponible sur le site internet de la préfecture, lui permettant de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Benoit Lemaire, secrétaire général de la préfecture, " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel l'étranger est éloigné. Il n'est pas établi ni même allégué que le secrétaire général n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté contesté, qui retrace les conditions d'entrée et de séjour du requérant ainsi que sa situation personnelle et familiale, que le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation par la préfète, au demeurant non assorti de précisions, doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. B en faisant valoir que la préfète du Loiret a commis, d'une part, une erreur de droit en ne démontrant pas qu'il pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et d'autre part, une erreur manifeste d'appréciation eu égard à son état de santé, doit être regardé comme soulevant un moyen tiré de la violation des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant celles de l'ancien article L. 511-4 (10°) du même code, qui prévoit que " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des certificats médicaux produits, dont l'un est d'ailleurs postérieur à la décision contestée, que la pathologie dont M. B est atteint nécessite des soins dont le défaut dans son pays d'origine, au demeurant non établi par le requérant, pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour son état de santé, alors qu'il ressort de l'avis du 14 novembre 2019 rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pris en compte par le préfet dans sa décision du 20 janvier 2021 portant refus de titre de séjour, que le défaut de prise en charge des pathologies dont M. B souffre n'était pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si M. B entend soutenir que depuis que cet avis a été rendu, son état de santé s'est aggravé, il n'apporte à l'appui de ses allégations aucun élément probant, l'ordonnance datée du 2 août 2021 produite à l'instance correspondant au traitement de son affection de longue durée. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précités de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celui tiré de l'erreur d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, M. B fait valoir que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que l'essentiel de la famille de l'intéressé réside en France, M. B, qui est arrivé sur le territoire français alors qu'il avait déjà trente ans, n'établit pas, malgré une présence alléguée de plus de quinze ans, s'y être socialement intégré. Il ressort d'ailleurs du procès-verbal d'audition de la gendarmerie nationale qu'il ne maîtrise que très imparfaitement la langue française, sa sœur lui ayant servi d'interprète. Dès lors, célibataire et sans charge de famille, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet en prenant l'arrêté contesté aurait porté une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale normale.

7. En dernier lieu, M. B soutient que l'arrêté contesté serait entaché d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine du suivi médical nécessaire au traitement de ses pathologies. Toutefois, M. B n'apporte à l'appui de ces allégations aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait pas bénéficier de l'offre de soins nécessaires à son suivi médical dans son pays d'origine. Dès lors le moyen tiré d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées. Il doit en être de même de ses conclusions relatives à la charge des dépens, qui sont en tout état de cause dépourvues d'objet.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Bailleul, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le rapporteur,

Stéphane C

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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